Daniel AC Mathieu
Administrateur civil
Abonné·e de Mediapart

297 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 nov. 2021

Russie, violences : « Tout est encore à venir »

Comment refaire sa vie en Russie, après avoir tué son mari, seule avec deux enfants, sans jambes, sans argent, sans travail et sans logement.

Daniel AC Mathieu
Administrateur civil
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Comme je l'avais fait avec cet article de Dmitri Alechkovski, je commence ici la traduction d'un autre récit de Takie Dela, Toujours en avant Всё впереди»]. C'est un texte exceptionnel, l'histoire d'une femme battue qui a tué son mari, et dont les juges russes ont reconnu qu'elle s'était défendue. C'est un texte aussi d'une grande dureté, qui permet, je crois, de comprendre quelque chose non seulement de la Russie, mais aussi de l'homme, de la femme, tout autant que de ce que l'on pourrait appeler des déterminismes sociaux, et donc, aussi, de la France. C'est aussi un monument du journalisme social, ce projet qui inspire une partie des médias russes, et sur lequel je reviendrai. Le récit est de Ievguenia Volounkova, les photos qui l'accompagnent et que le lecteur pourra voir ici.

En juillet [2019] un tribunal du Kraï de Transbaïkalie a rendu un verdict inhabituel en Russie. Larissa Kochel, mère de deux enfants, habitant le village de Kourort Darasoun, condamnée par le tribunal de district de Karymski à huit ans et demi de prison pour avoir tué de son mari, a été remise en liberté. Après avoir examiné son appel, le tribunal a substitué à la qualification « de meurtre » celle « d’excès de légitime défense » et l’a condamnée à un an et demi d’assignation à résidence. Larissa ne peut pas quitter son appartement de dix heures du soir à six heures du matin, elle ne peut s’absenter de la ville sans l'autorisation des services chargés de surveiller l’application de sa peine, et une fois par mois, elle doit se présenter au commissariat. Elle, qui n'espérait pas pouvoir rentrer chez elle, pense qu’elle a été acquittée. Ses anciens compagnons de cellule voient dans cette sentence un miracle. Les parents de celui qu’elle a tué, Dmitri Kochel, lui ont souhaité, après ce jugement d’une clémence inattendue, de commencer une nouvelle vie.

« J'ai tué Dima » 

Extrait de la décision prise en appel par le tribunal du kraï de Transbaïkalie :

« La condamnée Kochel L.M. est une personne handicapée du deuxième groupe, elle se déplace à l'aide de prothèses des jambes. Elle était systématiquement maltraitée par son mari. La victime, en état d'ébriété alcoolique, a eu un comportement agressif dans la journée, a insulté et humilié la condamnée et l'a battue ainsi que sa fille de trois ans. Kochel L.M. a alors appelé à deux reprises des policiers pour faire cesser ces actes contraires au droit. Malgré cela, vers 22 heures, le mari, menaçant de la tuer, s'en est pris à nouveau à la condamnée qui dormait avec ses enfants sur le canapé. Il a alors commis des actes violents à l’encontre de Kochel L.M., lui serrant le cou de ses mains et lui tirant les cheveux, ainsi qu’à l’encontre de son fils de cinq ans qui la protégeait. Sans prothèses, la condamnée ne pouvait fuir. Pour se protéger ainsi que son enfant, elle a demandé à son fils d'apporter un couteau, avec lequel elle a infligé deux blessures à son mari, puis a jeté le couteau. Comme cela n’avait pas mis fin aux actes agressifs, elle a demandé à son fils d'apporter un autre couteau et a à nouveau poignardé à mort son mari ».

Après l’homicide, Larissa a envoyé un SMS à sa sœur Marina : « J'ai tué Dima, viens chercher les enfants ». Elle a passé plusieurs coups de fil, le premier à la mère de son mari, Tatiana Kochel : « C’est comme si j’avais tué Dimka ». Elle a demandé à un voisin d'appeler la police et une ambulance. Et elle s’est assise devant le porche pour attendre.

Larissa Kochel a ensuite passé cinq mois dans le centre de détention provisoire. Ses beaux-parents ont vendu la maison du village de Kourort Darasoun où elle vivait avec son mari et ses enfants. N’ayant nulle part où aller, elle s’est rendue à Sretensk, sa ville natale où vivent ses sœurs.

Il y a près de quatre cents kilomètres de la capitale de Transbaïkalie, Tchita, à Sretensk. Sept heures de trajet, pendant lesquelles les passagers du bus somnolent calmement, serrés dans leur fauteuil, avec en boucle cette chanson de taulard :

Moi toujours sous escorte
Toujours en détention
Seules tes lettres me font
Oublier, une seconde
Les murs de la prison

[Il s'agit d'une chanson d'Arkadi Kobiakov, А над лагерем ночь. Je reprends la traduction de Marina Louchtchenko]

Larissa habite à l’autre bout de la ville, il faut une heure encore pour arriver chez elle. Au premier étage, deux petites pièces, comme confort, le chauffage et l’eau non potable. À la place des toilettes, il y a un seau dans le couloir.

Larissa est seule chez elle, Micha, cinq ans, et Katia, trois ans, sont à la maternelle. Quand je m'assieds à la table de la cuisine, Larissa attrape le couteau qui s’y trouve et le cache dans un tiroir. « Je n'aime pas qu’il y ait un couteau ici. C'est mal ».  Quand elle parle d'elle et de ce qui lui est arrivé, elle fume beaucoup. Et lorsqu'elle se souvient de cette nuit où elle a tué son mari, elle sanglote à la dérobée. Elle revient encore et encore sur la scène du meurtre, la racontant dans les moindres détails, regrettant et s'excusant.

Affreuse

Larissa a vécu à Sretensk presque toute sa vie. Elle est d’une famille nombreuse, la mère, le père, les sœurs. Elle a étudié au Collège pédagogique de Sretensk pour enseigner en école primaire. Elle n'a pas travaillé longtemps : elle s'est mariée, et a eu deux filles.

Elle évoque sa jeunesse avec un sourire, tend une photo en noir et blanc. On y voit une fille aux cheveux bouclés, aux yeux expressifs. « J’étais comme cela ! – dit-elle avec fierté. – Et maintenant, comme on dit, je suis devenue « affreuse ».

Elle a 43 ans, mais en paraît plus. Ses yeux bleu vif se détachent des rides et des cicatrices. Encore maintenant, après tout ce qu’elle a traversé, ils brillent.

 Le premier mari de Larissa, Evgueni, a commencé à boire après le mariage. « J'ai laissé faire », se souvient Larissa. – « Il m'a frappé au ventre quand j’étais enceinte, et le reste aussi. Maman me disait : « Lara, quitte-le », mais je l'aimais. Il me demandait à chaque fois pardon, il disait, qu’il était jaloux, qu’il ne pouvait se contrôler, qu’il me trouvait si belle ! Vous ne pouvez savoir comme il était jaloux. Nous sortions la rue, un homme me saluait, je répondais. On rentrait à la maison, il buvait et commençais à me battre : « Tu lui as souri, tu l’as salué ».  Mais je pardonnais ... ».

Après la mort de sa mère, Larissa a commencé à boire avec son mari : « Maman est morte - et tout a déraillé. J'étais tourmentée, et un jour mon mari est arrivé avec des amis : « Assieds-toi avec nous, à quoi cela sert-il de souffrir ? Je me suis assise une fois, deux fois - et c'est comme ça que j’ai plongé. Et puis mon père est mort presque en même temps et Genia [Evgueni, son mari] s'est pendu dans la grange. J'ai plongé ».

Sans parents, sans mari, avec deux jeunes enfants, Larissa a commencé à boire sérieusement. Elle s’est reprise quand les services sociaux lui ont retiré ses enfants.

« On m'a donné un mois pour réagir et trouver un travail. Je me suis ressaisie, j’ai arrêté de boire. Je suis allée à l'école pour chercher un travail à faire. Et ils m'ont dit là-bas : « Nous te connaissons, tu es une ivrogne, tes enfants t’ont été retirés, nous ne te prendrons pas ». J’ai répondu : « Je ne bois plus, donnez un coup de main, aidez-moi à sortir de cette impasse ! » Et ils m'ont mis dehors, sans plus. J’étais sous le choc, je n'ai pas dormi, et c’est en pleine nuit que c’est arrivé. J’ai entendu une voix dans ma tête : « Va à l'église toute nue, les enfants t'y attendent ». J'ai mis une doudoune sur mon slip et mon soutien-gorge, et j’y suis allée pieds nus. Il n'y avait personne dans l'église, et j’ai continué. C'était l'hiver, j'ai marché sans chaussures dans la neige toute la nuit et toute la journée. Les gens m'ont vue, mais personne ne m'a arrêtée, personne n'a appelé la police, personne ne m’a proposé de l’aide. Personne n'a rien fait... Je suis rentrée avec les jambes gelées. L'ambulance n'est pas venue, un voisin m'a donné de la graisse d'oie, j’en ai enduit mes jambes. Finalement, le généraliste est arrivé. Il a regardé et a appelé l’ambulance. Les médecins m'ont emmené à l'hôpital et là on m'a coupé les pieds ».

« Et alors il y a eu Dima »

Après l'amputation, Larissa a vécu longtemps avec sa sœur, de déplaçant sur ses genoux. Elle n’arrivait pas à avoir des prothèses. Elle n'a compris pourquoi que quand sa sœur lui a écrit qu’elle n’en avait pas demandé : « Elle percevait ma pension d'invalidité. Elle cherchait probablement à ce que je ne la quitte pas ». Les enfants de Larissa ont été envoyés dans un orphelinat. Alena, la plus jeune, en a été retirée par le frère de son mari, l’ainée, Sveta est restée dans l’établissement. Larissa ne comprend pas que ses filles aient été séparées, elle a voulu les reprendre avec elle, mais n'a pas pu.

Tante Valia, une voisine, l’a invité à vivre chez elle, elle s’est occupée d'elle et a fait une demande de prothèse à Tchita. C’est au centre orthopédique de Tchita que Larissa a rencontré son futur mari, Dmitri Kochel, venu aussi pour une prothèse : comme Larissa, sa jambe avait gelée et il l’avait perdue. « Il m’a semblé si bon, si beau ! Nous avons juste parlé, sans même échanger nos numéros. Mais il a réussi à m’appeler quand je suis revenue à Sretensk. Bon, voilà ... Nous avons commencé à nous voir. Quand j'ai perdu mes jambes, je pensais que personne n'aurait plus besoin de moi, je pensais que je ne valais plus rien. Et alors il y a eu Dima. Il m'a emmené chez lui à Darasoun, et j’y suis restée ».

Dmitri et Larissa se sont installés dans une maison privée appartenant à sa mère. Ils en ont fait une ferme, avec des chèvres, des cochons, des poulets et un jardin. Dmitri travaillait comme soudeur, il se déplaçait à la demande. Tous deux touchaient une pension d'invalidité. Les poulets rendaient bien, les chèvres donnaient du lait, les pommes de terre poussaient – c’était suffisant pour vivre.

Derrière la palissade

 « Au début, nous vivions bien. Comme les autres. J'adorais m’occuper de la ferme, j'aime beaucoup ça, depuis l'enfance. Micha est né, puis Katia, nous nous sommes mariés civilement. Il a commencé à boire, et puis j'ai remarqué qu'il fumait et faisait pousser de l'herbe dans le garage. Je l'ai attrapé, le ton a monté, et il a levé la main sur moi. Ensuite, il a commencé à pinailler sur tout : tantôt c’était la tasse qui n’était pas posée comme cela, tantôt encore autre chose. J’étais couverte de bleus, j’avais honte d'emmener les enfants à la maternelle.

Quand il buvait, il me forçait à marcher nue devant lui, ou pire encore… Vous ne pouvez savoir comme c’est effrayant, quelle humiliation c’était ! Je vais dans la chambre pour lui échapper, et il m'attrape par les cheveux et me traîne dans la cuisine, et là il peut me donner des coups de pieds, me battre, me jeter dehors, qu’il neige ou pas ...  Les cicatrices sur mon visage, c’est sa bague : il me donnait des coups de poing, m’éclatait la tête, les lèvres... Je n'ai jamais rendu les coups. Il me frappe, et je me protège de mes mains et m'allonge au sol. Il me tape jusqu'à ce qu'il soit fatigué, jusqu'à ce que toute la colère soit partie. Ensuite, je me glisse dans la bania, j'y passe la nuit, il y faisait chaud. Quand il s'est endormi, je reviens sans bruit et me couche avec les enfants. Le matin, il demandait généralement pardon ».

Larissa et Dmitri avaient souvent la visite de Tchita de sa mère, Tatiana Kochel. Selon Larissa, Dmitri était plus calme quand elle était là, mais il pouvait aussi lever la main sur elles deux. Larissa se plaignait constamment des coups aux parents de son mari. Le frère de Dmitri, Andreï Lasker, l’appelait régulièrement au téléphone et Dmitri promettait que cela ne se reproduirait plus.

Larissa ne cache pas qu'elle buvait aussi. « Pas des alcools forts, mais de la bière. Mais les enfants ne m'ont jamais vu boire ! Je buvais parce que c'était dur pour moi. Physiquement et moralement. Vous voyez, c'est tout à faire, les enfants, je m’occupais de tout, j'étais très fatiguée. Et Dima, même sobre, me rabaissait. Je commence à allumer le poêle, et il me dit : « P*** d'idiote, tu ne comprends rien, ce n’est pas comme cela qu’on met une buche ! ». Il va travailler, il revient, il faudrait plutôt se réjouir : mon mari est revenu avec sa paie ! Et je pense : « Eh bien, ça y est, maintenant ça va recommencer, être encore humiliée, être encore battue ». C'en est arrivé au point que la petite Katia, quand papa est allé chercher une bouteille, me demande : « Maman, est-ce que papa va encore te battre ? ».

Larissa n’avait jamais appelé la police avant le jour du meurtre. Elle dit qu'elle avait peur que son mari soit emprisonné. Dmitri a déjà été en prison pour avoir battu sa première femme. Lorsque Larissa l’avait appris, elle ne s’en était pas inquiétée, car Dmitri lui avait que sa femme buvait beaucoup et ne lui laissait pas en paix.

Larissa pensait à partir après chaque passage à tabac. Mais elle n'avait nulle part où aller, cela lui faisait de ma peine de quitter la ferme et la maison, et les enfants, « qui aimaient beaucoup papa », avaient besoin d'un père. « Je pensais qu'il allait s'arrêter, se reprendre. Un jour où j’avais décidé de partir, il m’a supplié de rester, il a promis de ne pas boire. Et il s'est arrêté. Il a tenu deux mois ». 

Les bruits des cris et des coups continuaient, les voisins entendaient tout, mais ne sont jamais intervenus. Une seule fois, alors que Dmitri battait Larissa dans le jardin, un homme est sorti d'une maison éloignée et a menacé d’appeler la police. Le reste du temps, tout ce qui se passait derrière la palissade de la maison Kochel y restait caché.

« Papa, pardonne-nous ! »

Qui peut savoir combien de temps Larissa aurait pu encore supporter cela, si son mari n'avait pas commencé à battre les enfants. « Peu de temps avant [Note de Takie dela : avant la mort de son mari] j’avais trait les chèvres. Je suis rentrée, mon mari tenait Micha par la jambe et le battait avec une ceinture. J’ai attrapé Micha. Il avait le dos si balafré ! Et puis, le même jour, il a battu Katia... La veille, nous nous étions disputés à propos d’un crédit. J'en avais pris un par bêtise, pour un téléphone, à la demande d'une amie. Elle m’avait promis de payer les traites, mais elle a disparu. La dette a commencé à grossir, les huissiers ont appelé et m’ont menacé. Et j'ai aussi fait un emprunt pour la maison : j'ai acheté un canapé, une commode pour les enfants, on a mis une fenêtre dans la cuisine, et il y a eu l'appareil à souder pour Dima... À la fin du mois j’arrivais en général à rembourser ».

Larissa dit avoir envoyé Dima payer une mensualité. Il avait mis l'argent sur sa carte à elle, et elle a été bloquée. Il était furieux, a crié après Larissa et il est parti au magasin acheter de la vodka. Larissa s’est mise à pleurer. « Dima, n’en prend pas, il ne faut pas ! Tu es un bon gars, en pleine forme, tu n'as pas mal à la tête, il y a à manger à la maison... N'y va pas, n’en prend pas ».

« Il buvait et je me suis couchée avec les enfants. Les chèvres étaient dans la maison, il les avait laissé entrer. Le bruit m’a réveillée, j'ai mis mes prothèses, j'ai rassemblé les bêtes. Dima a alors crié : « et maintenant, salope, viens ici ! ».  Je me suis réfugiée dans la bania et j’y suis restée jusqu'au matin. Le matin, il a couru chercher une bouteille. J'étais dans la rue quand il a commencé à battre Katia. Il la frappe sur les fesses et me dit : « regarde comment élever les enfants ! ». Je ne pouvais plus supporter tout cela. J'ai couru chez la voisine et je lui ai demandé d’appeler la police. Ils sont venus, ils sont entrés, j'ai dit ce qui se passait. Qu'il était ivre, me frappait moi et les enfants. J'ai fait une déposition écrite. Et ils ont discuté avec lui, ils ont dit, pourquoi se comporter comme cela, tu as une bonne femme, des enfants. Va au garage, et restes-y tranquillement. Ils lui ont dit aussi : « Nous n'utiliserons pas la déposition, mais si elle nous rappelle, nous ouvrirons un dossier ».

Aussitôt la police partie, Dmitri, selon Larissa, a attrapé une louche et a commencé à la frapper sur la tête. « Il l’a pliée, il m'a cassé la figure. Il m’a passée à tabac, et il s’est couché. Il a cuvé, et il est reparti chercher à boire. J'ai pensé qu’il allait à nouveau me battre. Je me suis enfermée à la maison, je pense que je ne le laisserai pas entrer, même pour dormir dans la bania. Quand il est revenu, je lui ai dit, comme ça, je ne te laisserai pas entrer, j'ai peur de toi. Va au garage, allume-toi le poêle. Et il a attrapé une hache et a commencé à frapper sur la fenêtre. J'ai téléphoné à la voisine et j'ai demandé d’appeler à nouveau la police. Quand ils sont arrivés, je leur ai montré ma tête en sang et j'ai demandé qu’on l'emmène quelque part, et j'ai écrit une deuxième déposition. Et il leur a à nouveau donné sa parole qu'il ne me toucherait pas : « Les gars, tout ira bien, je vais me coucher maintenant ». Ils m'ont proposé de m'emmener, moi et les enfants, à l'hôpital pour la nuit. Ce n’est pas plus facile de l'emmener lui, plutôt que moi et mes deux enfants ? Où vais-je aller avec eux ? J’ai refusé ».

Lorsque la police est partie, Larissa a retiré ses prothèses et s'est endormie sur le canapé avec les enfants. Dmitri a continué à boire dans la cuisine. Et puis il a fait irruption dans la pièce en disant : « Attends, salope, maintenant je vais te défoncer les jambes ! ».

« Il s'est jeté sur moi, m'a attrapé à la gorge. Les enfants se sont réveillés, ils crient : « Papa, ne touche pas à maman ! Pardonne-nous ! » Dans le noir, il s'est trompé, il a attrapé la jambe de Micha, il a commencé à la tordre. Micha a crié. Et j’ai craqué. J'ai attrapé la jambe de Micha, je l’ai remise droite, j’ai pesé de tout mon poids sur Dima, j'ai crié « Micha, apporte un couteau ! ». Il l'a apporté, et je l'ai enfoncé deux fois, je ne pouvais même pas voir où. J’ai jeté le couteau, et il s’est redressé. Et il a crié : « Là je vais te tuer ! ». Et je comprends qu'il va se mettre debout et nous tuer, c’est tout. Micha m'a apporté un autre couteau, et je l'ai enfoncé à nouveau... Je me souviens seulement que j'avais affreusement peur... Quand j'ai compris qu'il était mort, je suis passée par-dessus lui, j’ai mis mes prothèses, je suis allée dans la cuisine, et j’étais si bien, si soulagée… J'ai demandé à la voisine d'appeler la police et une ambulance. Quand la police est arrivée, ils ont demandé ce que j’avais fait. Et moi je leur avais demandé de l’emmener, ils avaient vu ma tête en sang ! Ils m'ont mis les menottes, ont emmené les enfants, m'ont emmenée à la maison d’arrêt. Voilà, c’est fini ».

[Il y a une suite, c'est mon prochain billet]

Takie dela (5 novembre 2019)

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Pouvoir d'achat
« Et Macron, il pense aux familles nombreuses quand tout augmente ? »
En avril 2022, selon l’Insee, les prix des produits de grande consommation vendus dans la grande distribution ont augmenté de 1,3 %. Une hausse des prix que subissent de plein fouet les plus modestes. À Roubaix, ville populaire du nord de la France, la débrouille règne.
par Faïza Zerouala
Journal
Élisabeth Borne, une négociatrice compétente et raide au service du président
Ces deux dernières années, celle qui vient de devenir première ministre était affectée au ministère du travail. Tous les responsables syndicaux reconnaissent sa capacité de travail et sa propension à les recevoir, mais ont aussi constaté l’infime marge de manœuvre qu’elle leur accordait.
par Dan Israel
Journal
Élisabeth Borne et l’écologie : un certain savoir-rien-faire
La première ministre tout juste nommée a exercé depuis huit ans de nombreuses responsabilités en lien direct avec l’écologie. Mais son bilan est bien maigre : elle a soit exécuté les volontés de l’Élysée, soit directement contribué à des arbitrages problématiques.
par Mickaël Correia et Jade Lindgaard
Journal
Affaire Jérôme Peyrat : « Le problème, c’est qu’ils s’en foutent »
Condamné pour violences conjugales en 2020, Jérôme Peyrat a fini par retirer sa candidature aux élections législatives pour la majorité présidentielle à deux jours de la date limite. Il était pourtant toujours soutenu par les responsables de La République en marche, qui minimisent les faits.
par À l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Qu’est-ce qu’un premier ministre ?
Notre pays a donc désormais un premier ministre – ou, plutôt, une première ministre. La nomination d’E. Borne aux fonctions de premier ministre par E. Macron nous incite à une réflexion sur le rôle du premier ministre dans notre pays
par Bernard Lamizet
Billet de blog
Qui est vraiment Élisabeth Borne ?
Depuis sa nomination, Élisabeth Borne est célébrée par de nombreux commentateurs comme étant enfin le virage à gauche tant attendu d'Emmanuel Macron. Qu'elle se dise de gauche, on ne peut lui retirer, mais en la matière, les actes comptent plus que les mots. Mais son bilan dit tout le contraire de ce qu'on entend en ce moment sur les plateaux.
par François Malaussena
Billet de blog
De l'art de dire n'importe quoi en politique
Le problème le plus saisissant de notre démocratie, c’est que beaucoup de gens votent pour autre chose que leurs idées parce que tout est devenu tellement confus, tout n’est tellement plus qu’une question d’image et de communication, qu’il est bien difficile, de savoir vraiment pour quoi on vote. Il serait peut-être temps que ça change.
par Jonathan Cornillon
Billet de blog
par Fred Sochard