Russie : baisse des budgets de la santé, du social et des transferts aux régions

Le gouvernement russe a fortement réduit les dépenses de santé, de politique sociale et les transferts aux régions, tout en continuant à accumuler un excédent dans le budget fédéral.

Le ministère fédéral des finances a rendu public l’exécution du budget de l’État pour le premier semestre 2021. Il est toujours difficile pour un non spécialiste de commenter ce type de documents, tout particulièrement dans le cas de la Russie, et des dépenses sociales et de santé, qui sont caractérisées par des transferts importants et souvent difficile à appréhender entre le budget fédéral, ceux des régions, sujets de la Fédération de Russie, qui ont une compétence de droit commun pour ces dépenses, et les fonds de la sécurité sociale. Néanmoins, ce qui est dit dans la presse spécialisée semble édifiant : 

Les recettes budgétaires du 1er semestre 2021 se sont élevées à 11,264 billions (mille milliards) de roubles. Elles sont en hausse de 2,1 billions de roubles, soit 23 %, par rapport au 1er semestre 2020, celui du démarrage de l’épidémie de Covid-19 en Russie. Cette augmentation est liée au retour des recettes pétrolières et gazières au niveau d’avant-crise, à la forte hausse des droits de douanes et de la TVA collectée à l’importation (+ 38 %). D’autres recettes y ont contribué, notamment la TVA (+ 27 %) et l’impôt sur les sociétés (+ 18 %).

Les dépenses budgétaires sont également en hausse de semestre à semestre, de 6 %, soit un niveau proche de la hausse des prix. Certains postes ont significativement augmenté : c’est le cas pour les travaux d’infrastructures, pour l’enseignement supérieur et pour les crédits de soutien à l’économie nationale.

Le budget de la défense nationale a été de facto gelé, il est de 1,6 billions de roubles. Les dépenses du ministère de l’intérieur, des structures responsables de la sécurité nationale et de la justice ont augmenté de 3,5 %. Ces deux budgets, défense nationale et sécurité nationale et application de la loi, représentent un quart tu total de la dépense de l’État.

La dépense de santé s'est élevée de 573 milliards de roubles au 1er semestre 2021. Malgré la pandémie, elle est en baisse de 81 milliards de roubles, soit - 13 %. Les transferts aux régions, dont l’essentiel porte sur les dépenses sociales et de santé, diminuent de près d’un tiers, passant de 710 milliards au 1er semestre 2020 à 490,9 milliards au 1er semestre 2021. Les dépenses liées à la protection et l’aide sociale sont en diminution de 4,8 %, à cause de la baisse des dépenses de retraites (cf ce récent billet), mais aussi de celle des aides aux familles et aux enfants.

Le solde d’exécution du budget est positif, l’excédent est de 625 milliards de roubles.

Il s’agit d’une situation d’exécution à la mi-année, ces chiffres bougeront d'ici la fin de l'année, d’autant plus que la perspective des élections d’automne à la Douma d’État va probablement accélérer un certain nombre de dépenses aussi sociales qu'électorales. Mais, même avec des ajustements, elle reflète des caractéristiques structurelles de la politique budgétaire russe :

- recherche à tout prix d’une excédent budgétaire, moins pour des raisons idéologiques que pour écarter la possibilité d’une crise monétaire, qui, probablement, ôterait au pouvoir tout soutien de la population. Choix regrettable, à l’évidence la situation économique russe appelle une politique keynésienne et de développement économique et social, plutôt qu'une gestion patriarcale de la rente pétrolière.
- Clientélisme à l’égard de l’appareil sécuritaire, mais aussi des lobbies économiques. 

- Acceptation désinvolte, ou cynique, du sous-dimensionnement des dépenses sociales et de santé. 

Ministère des finances de la Fédération de Russie (12 juillet 2020) - finanz.ru (14 juillet 2021)
 

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