N. B. (28 octobre 2020) : Les sources statistiques utilisées dans ce billet sont incomplètes (cf. mon commentaire), je reviendrais sur le sujet.
J’ai évoqué dans un précédent billet la situation de migrants ouzbeks, quittant le territoire russe à la suite de l’épidémie de covid-19, et bloqués à la frontière kazakh. La question des migrations de travail nous parait familière, et nous pensons facilement, à partir de notre connaissance ou de notre méconnaissance de la situation française, comprendre ce qui se passe dans les autres pays. Pour sortir, un peu, des présomptions et des idées reçues, je voudrais donner ici quelques statistiques sur l’immigration de travail en Russie. Ce ne sont que des chiffres, ils permettent au moins d’avoir en tête des ordres de grandeur. Comme indiqué dans le chapeau, ceux-là sont issus des statistiques du ministère de l’intérieur russe. La source en est les autorisations de travail accordées à des citoyens étrangers. Ils ne comprennent donc pas l’immigration clandestine.
Le nombre de travailleurs étrangers travaillant légalement en Russie était à la fin de 2019 de 1,69 millions. Il a connu une nette augmentation à partir de 2006/2008, jusque’à un pic de 2,87 millions en 2014, puis une baisse, pour revenir à son niveau actuel, qui semble être un étiage.
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La population active est 75,4 millions, les travailleurs étrangers en représentent donc un peu plus de 2 %. En France, pour une population active plus de deux fois moindre, la part des travailleurs étrangers est de 6,6%.
Dans leur grande majorité, les travailleurs étrangers sont originaires des pays de la CEI (Communauté des États indépendants), et donc de l’ex-URSS. Ce sont, dans l’ordre, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, l'Ukraine, le Kirghizistan et la Moldavie. Avant 2006, ils étaient en majorité Ukrainiens, mais les Ouzbeks et des Tadjikss ont maintenant les plus nombreux.
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Avec l’épidémie de covid-19, il est prévisible que le nombre travailleurs étrangers aura baissé d’ici la fin de l’année, du fait des retours au pays, suite à la contraction de l’emploi et aussi pour être sûr de bénéficier d’une couverture médicale en cas de maladie. Dans un contexte de diminution tendancielle de la population en âge d’activité en Russie, cette évolution est perçue comme une menace par les entreprises et les organisations d’employeurs. Celles-ci prennent régulièrement positon en faveur d’un assouplissement des règles d’introduction de la main d’oeuvre étrangère, indispensable à leur fonctionnement, et de plus moins bien rémunérée. Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a pronostiqué que cette baisse serait de 40 % dans la capitale, en incluant dans ce chiffre les travailleurs migrants russes, venant d'autres régions de la Fédération.
Demoscope Weekly (16/29 mars 2020) - Novaïa gazeta (18 octobre 2020)