Covid-19 : où en est la Russie ?

Un point sur la situation épidémiologique russe, avec comme principal constat qu’on ne sait pas vraiment quel est le nombre exact de personnes vaccinées.

J’avais repris dans ce billet, il y a un peu plus de trois semaines, le chiffre de 800 000 personnes vaccinées contre le covid-19 en Russie et j’attendais, pour faire un point d’ensemble sur la deuxième vague épidémique de connaitre son évolution. J’attends toujours, et je ne suis pas le seul, beaucoup en Russie se demandent quel est le nombre réel des vaccinations.

J’y reviens dans la suite de ce billet. Commençons par ce qui est plus positif, il y en a. La Russie semble en effet sortir de la deuxième vague, comme je montre le graphique suivant (je porte également la France, cela permet de situer les ordres de grandeur, il s’agit donc des statistiques par million d’habitants.

 © Daniel Mathieu - Données Our world in data © Daniel Mathieu - Données Our world in data

En chiffres absolus, le nombre de nouveaux cas confirmés est repassé sous les 20 000, soit en dessous du niveau de la fin octobre.Il n’y a pas de raison de douter de la véracité de ces chiffres. Le nombre de tests, qui commande celui des cas dépistés, se situe toujours à un niveau élevé en Russie, et la baisse de la part des tests positifs confirme plutôt le recul de l’épidémie.

Les autorités — dont Vladimir Poutine, qui a communiqué sur la « stabilisation » de la situation −, se félicitent donc de ce recul, le maire de Moscou vient d’annoncer l’assouplissement des mesures de prévention, et notamment la possibilité pour les bars et les restaurants de rouvrir une partie de la nuit.

Le profil de la courbe montre que la montée et la décrue de l’incidence de l’épidémie sont plus lentes qu’en France, c’est aussi la conséquence de la taille du pays, toutes les régions ne sont pas touchées en même temps. Reste à savoir si, ou quand la Russie connaîtra une troisième vague.

Passons au graphique des décès ayant pour cause le covid-19. Celui-là doit être lu avec prudence, on sait, je l’ai écrit moi-même plusieurs fois dans ce blog, que la statistique publiée quotidiennement par l’état major de crise sanitaire russe, et transmise à l’OMS, est sous-estimée d’un facteur 2 ou 3. Contrairement à ce qu’indique ce deuxième graphique, le nombre réel des décès par million d’habitants doit donc y être actuellement à un niveau supérieur à celui de la France.

 © Daniel Mathieu - Données Our world in data © Daniel Mathieu - Données Our world in data

Il reste possible d’interpréter les évolutions, et ont voit que le nombre des décès n’est pour le moment pas orienté à la baisse : il y a un décalage par rapport aux infections, et la question de savoir si le système de santé russe est en capacité de faire face à la deuxième vague, notamment dans les régions excentrées, est toujours posée.

Venons-en aux vaccinations. Dans ce dernier graphique, ce n’est plus la moyenne mobile sur 7 jours qui est portée, mais un cumul. Et il s’agit de doses administrées, rappelons qu’il faut deux doses pour être vacciné, et qu’une personne qui a reçu deux doses ne compte pas pour deux, mais pour une.

 © Daniel Mathieu - Données Our world in data © Daniel Mathieu - Données Our world in data

Le 13 janvier, Vladimir Poutine a annoncé que la « vaccination de masse » débuterait le 18 janvier dans toute la Russie. Le nombre de doses administrées était de 52 000 le 22 décembre, de 800 000 le 2 janvier, et de 1 000 000 le 13 janvier. Depuis, aucun chiffre de publié, mais ne série de déclarations successives, qui ne peuvent être vérifiées, et auxquelles peu croient : le 10 janvier, ce seraient au total 1,5 millions de personnes qui auraient été vaccinés dans le monde entier, le 16 janvier, 1,6 en Russie, 2, le 17 toujours en Russie, et la vaccination de 60 à 70 % des Russes serait promise pour la fin de l’été.

Ce qui est sûr, comme le montre une enquête faite par le journal Meduza, c’est qu’une grande partie des régions n’étaient pas organisée pour une vaccination de masse la semaine dernière.

Ce qui est possible, sinon probable, comme cela a été reconstitué sur la base de statistiques fournies par une partie des régions, c’est qu’il devait y avoir à la fin décembre 300 000 personnes vaccinées quand le ministère de la santé russe en annonçait 800 000. Mais le dispositif russe se met en place, au moins à Moscou, et il y est cette semaine plus facile de s’y faire vacciner qu’en France.

L’enjeu est de taille, il s’agit d’éviter une troisième vague, les semaines qu’a gagnée la Russie il y a un an en contenant plus longtemps le démarrage de l’épidémie, et le mois d’avance qu’ils ont eu ou aurait pu avoir avoir dans l’engagement de la campagne vaccinale, peuvent le permettre.

Pourquoi mentir, alors, de petits ou de gros mensonges ? Sans doute par habitude, parce que c’est la marque et l’apanage de ce pouvoir, parce que les injonctions présidentielles doivent être précédées de leurs effets. Mais aussi parce que les autorités communiquent aussi sur l’utilisation du vaccin russe dans les autres pays. À juste titre, d’ailleurs : en Argentine, qui recourt à Spoutnik V, ce sont par exemple 300 000 doses qui ont déjà été administrées. Ce sont aussi autant de doses qui ne sont pas disponibles pour les Russes. Autant leur dire que « tout est fait » pour qu’ils soient eux aussi vaccinés.

Interfax (25 janvier 2021) - MKru (25 janvier 2021) - Meduza (18, 19 et 20 janvier 2021) - Novaïa gazeta (16 janvier 2021)

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