Russie, tuberculose, covid

Dans l'Oural, en Sibérie, et dans l'Extrême-Orient russe, le nombre des décès de tuberculose a augmenté en 2020.

À plusieurs reprises, j’ai mentionné dans ce blog les conséquences de la pression faite par l’épidémie de covid-19 sur le système de santé russe. Et, sans prendre d’option dans le débat sur la dissimulation d’une partie des décès liés à cette épidémie — dont je pense qu’il est presque clos, cf. ce billet —, j’ai indiqué qu’une partie de la surmortalité 2020 en Russie pouvait être liée à la désorganisation des hôpitaux et de l’offre de soins. 

Des déclarations faites récemment par Irina Vassilieva, médecin conseil fédéral, experte en chef du ministère de la santé pour la tuberculose, et directrice du centre national de recherche médicale sur les affections phtisio-pulmonaires et les maladies infectieuses vont dans ces sens. Elle a indiqué dans une conférence de presse tenue 23 mars que la mortalité liée à la tuberculose avait augmenté dans les districts fédéraux de l’Extrême-Orient, de Sibérie et de l’Oural. La situation est critique dans plusieurs régions, où la prévalence de la tuberculose et de l’infection par le VIH est élevée : il s’agit de l’oblast de Kemerovo, du kraï de Perm, des oblasts de Sverdlovsk, de Kaliningrad, de Tcheliabinsk, de Tioumen et d’Irkoutsk. 

Derrière ces chiffres, qui ne sont pas encore publiés, il y a probablement des ruptures de traitement — les situations où les médicaments ne sont pas disponibles sont récurrentes en `Russie —, les inégalités géographiques entre régions, et bien sûr la crise sanitaire et sociale liée à l’épidémie de covid.

Il s’inscrivent cependant, selon Irina Vassilieva, dans le cadre d’une baisse globale et continue de la mortalité liée à la tuberculose en Russie. Elle aurait reculé de 9,8 % par rapport à 2019, et l’incidence de la maladie aurait elle même diminué de 21 % — on sait cependant que cet indicateur, qui rapporte le nombre de nouveaux cas diagnostiqués à la population, dépend de la capacité à diagnostiquer. 

Le recul, sur longue période, de la tuberculose en Russie est confirmé par l’OMS, notamment dans la fiche pays, ici, en français, annexé à son rapport mondial sur la tubercule pour 2020. Elle devrait quitter la liste noire des 22 pays les plus touchés par la maladie, et ce succès notable est en partie lié au travail fait avec le bureau Europe de l’OMS. 

Il n’empêche que 73 328 nouveaux cas et rechutes de tuberculose ont été notifiés à l’OMS pour 2019, et surtout, que 89 % de ces nouveaux cas le sont par des souches bactériennes résistant à la Rifampicine, un antibiotique à large spectre utilisé en première ligne. Selon le rapport 2020 de l’OMS sur la tuberculose dans le monde, « les 3 pays représentant la plus grande part de la charge mondiale [d’antibiorésistance] étaient l’Inde (27%), la Chine (14%) et la Fédération de Russie (8%) ».

Spid tsentr (24 mars 2021) - Spid tsentr (24 mars 2021) -  Tass (23 mars 2021) - Tass (23 mars 2021) - Rapport 2020 de l’OMS sur la tuberculose dans le monde

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