Russie, éco-activisme, internationalisme

Un rapport de l’association D’EST sur les actions et mouvements de défense de l’environnement en Russie.

J’avais dans un précédent billet signalé un rapport de l’association D’EST sur le système pénitentiaire russe. Je continue aujourd’hui sur cette lancée, en évoquant un nouveau rapport qu’elle vient de publier sous la plume de Nina Zakharkina-Berezner et de Nataliia Gladkova, sur l’éco-activisme en Russie. Il en analyse les formes, le rôle et les stratégies, et malheureusement aborde aussi longuement la façon dont il est réprimé, à l’heure, pour reprendre le titre du document, des « agents de l’étranger, des élections à la sauvette et de l’interdiction du militantisme ».

J’invite le lecteur à le lire, il est ici, dans sa version française.

Pour le lecteur rétif au clic, signalons que ce rapport contient une présentation détaillée des différentes formes prises par les actions et mouvements de défense de l’environnement en Russie. La gestion des déchets en a été dans la période récente un des principaux enjeux. Elle a donné lieu à une mobilisation couronnée de succès contre la création d’une décharge à Shies — un Larzac d’Arkhangelsk, en quelque sorte —, une lutte évoquée à plusieurs reprises dans la presse française, notamment par Reporterre [auquel j'emprunte la photo qui illustre ce billet] et dans cet article de Perrine Poupin dans ÉchoGéo. D’autres actions sont intervenues, contre l’abattage d’arbres, contre des opérations immobilières dans des espaces verts ou des parcs en zone urbaine, contre la pollution atmosphérique, ou encore le commerce de mammifères marins. Le développement d’une économie verte et du recyclage est également un champ d’innovation collective.

Etc. Allez voir ici, donc. J’en viens pour ma part à ce qui me semble important de signaler dans ce blog, la question de échanges et des coopérations avec nous, associations, activistes et militants de l’Europe de l’Ouest, et du Centre. Le rapport de D’EST donne pour exemple de coopération réussie une visite du site du chantier de la décharge de Shies par une experte suédoise, Ingrid Hostad, représentante de la société suédoise d’architecture et d’ingénierie Sweco International AB. Elle a, prenant le contrepied de déclarations du maître d’ouvrage selon lequel le projet était conforme aux normes suédoises, rendu un rapport en établissant la non-conformité. Ce texte a été largement diffusé dans les médias russes, et a contribué à établir un rapport de force favorable aux adversaires du projet dans leurs échanges avec les autorités.

Autre exemple cité dans le rapport, celui de trois ONG allemandes, dont LibMod, centre fondé par Ralf Fucks, ancien co-président des Verts allemands, qui ont, par leurs échanges avec les principales organisation russes de défense des droits de l’homme et de l’environnement, et selon-celles-ci, alimenté leur réflexion sur la démocratisation, la situation environnementale et le développement durable en Russie. Elles — les trois ONG allemandes —, viennent d'être déclarées « indésirables » par la justice russe, ce qui empêche la poursuite de cette collaboration. 

Il n’empêche. La porte est fermée, il faut rentrer par la fenêtre, c’est cela l’internationalisme. Pourquoi pas des Français, pour prendre le relai de ce qui a été fait par les Suédois ou les Allemands ? Nous avons certainement des choses à apprendre ou à dire en Russie. Et c’est aussi un des intérêts du rapport de D’EST d’inviter à le faire, et de donner aussi un mode d’emploi des lois sur les agents de l’étranger à ceux qui voudraient ainsi être partenaires de l’éco-activisme russe.

Page FaceBook de D'EST - L’éco-activisme en Russie (rapport)

Chiïes nach (Shies est à nous) © Courtoisie Reporterre Chiïes nach (Shies est à nous) © Courtoisie Reporterre

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