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Billet de blog 30 janvier 2021

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Russie, république des Maris : un projet d'agrément des assistantes maternelles

Il favorise le travail des femmes, plutôt que faire la promotion de la famille traditionnelle.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce billet me donne l’occasion de parler de la république des Maris, ou Mari El. C’est un des sujets de la fédération de Russie. Elle est située en Russie d’Europe, entre Nijni Novgorod et Kazan. Les Maris ont été soumis à la Russie par Ivan le terrible au début du XVIe siècle. Ils sont de langue et de tradition finno-ougrienne, et ont maintenu une certaine identité culturelle, malgré plusieurs vagues de russification, impériales et soviétiques. La capitale de la république est Iochkar-Ola, elle est jumelée avec Bourges, cela ajoute à son originalité. 

Avant de nous y rendre, quelques informations sur la situation démographique de l'ensemble de la fédération. Elles sont très récentes, puisque l’estimation de la population russe au 1er janvier 2021 par l’agence fédérale des statistiques, Rosttat, est parue le 28 janvier. Avec 146 238 185 habitants, elle est en recul de 510 500 personnes par rapport à 2020. Cette baisse est particulièrement élevée, c’est la plus forte depuis 2006. Elle fait de plus suite, après les baisses plus limitées de 2019 et de 2020, à neuf années consécutives de hausse, entre 2010 et 2018. Je reviendrais plus en détail sur ces évolutions dans un prochain billet. Signalons cependant que le principal facteur d’explication est la chute du nombre des femmes en âge d’avoir un enfant. La pandémie de covid-19 a été aussi, cf. ce billet, la cause de plus de 100 000 décès supplémentaires.

C'est en tout cas un échec cinglant pour le pouvoir, qui a fait du redressement démographique de la Russie une de ses première priorités, celle à laquelle il attache la dimension symbolique la plus importante. La politique démographique russe repose sur des mesures de santé publique, dont l'objectif est d’augmenter une espérance de vie encore très en deçà des autres pays d’Europe, et sur des aides à la famille. 

Ces dernières ont d'abord une finalité sociale, elles ont d'abord pour effet de diminuer la pauvreté. Elles font aussi l'objet d'une instrumentalisation idéologique par les traditionalistes, qui cherchent à les mettre au service de la promotion d’une conception de la famille où la femme est au foyer et les enfants nombreux. Il faut probablement voir dans cette représentation, très décalée par rapport aux aspirations économiques et sociétales des Russes, la raison de l'inefficacité de ces mesures sur le plan démographique.

Un autre modèle de politique familiale, promu notamment par les libéraux, promeut le développement du travail des femmes, déjà important en Russie : il accroit le revenu du foyer, il augmente et valorise le « capital humain » et la productivité de l'économie. Mais, en Russie, comme ailleurs, plus qu’ailleurs, puisque l’école n’est obligatoire qu’à partir de 6 ans, cette stratégie suppose de développer des solutions de garde des enfants. 

Le ministère fédéral du travail et de la protection sociale, et la chambre sociale de la fédération de Russie (l’équivalent de notre conseil économique, social et environnemental) ont ainsi organisé l’expérimentation, dans 7 régions pilotes, d’un dispositif de professionnalisation et d’agrément des assistantes maternelles, en s'inspirant pour partie du système français. Une mesure, comme je l’indiquais dans le chapeau de ce billet, qui permet aux mères de continuer à travailler, et crée des emplois pour d’autres femmes. 

Nous voila revenus à Iochkar-Ola. C’est là que s’est tenu, le 27 janvier, en distanciel, le séminaire de lancement de ce dispositif dans la république des Maris. La ministre du développement sociale de la République, Marina Ovtrovskaïa, y participait, avec Sergueï Rybaltchenko, président de la commission de la démographie, de la protection des familles, des enfants et des valeurs familiales traditionnelles de la chambre sociale de la Fédération de Russie.

Ministère du développement social de Mari El (27 janvier 2021) 

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