Près de la moitié des Russes mécontents des services de santé et sociaux

Les plus insatisfaits seraient les sympathisants du parti communiste, les personnes âgées, les personnes à faible revenu et les habitants du district fédéral du Caucase du Nord.

Je reviens sur un point que j’ai déjà évoqué dans ce blog, notamment dans ce billet : l’insatisfaction des Russes à l’encontre de leur système de santé et des services sociaux dont ils bénéficient. Je le fais cette fois avec une autre source que le centre Levada. Il s’agit du centre de recherche sur la société civile et le secteur non lucratif de l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou. 

Ce centre a interrogé 2000 personnes de plus de 18 ans sur la qualité des services de soins, d’action sociale, d’éducation et de culture apportés aux citoyens russes. 

Les résultats du sondage sont cruels pour les services de santé et sociaux : leur état est considéré comme mauvais par 43  % et 45 % — respectivement — des répondants, et seuls 10 et 11 % les considèrent comme bons.

Les réponses varient en fonction de l’âge, du lieu de résidence, de la situation financière, de la religion et de l’opinion politique. Les plus mécontents sont les personnes proches du parti communiste de la fédération de Russie, les personnes âgées, les personnes à faible revenu et les habitants du district fédéral du Caucase du Nord. Je ne développe pas plus, je n’ai pas les résultats détaillés de l’enquête, et ils m’intéressent. Je vais essayer de les retrouver. J’en ferai un graphique.

Mais faisons sans attendre un lien avec avec la situation internationale. Elle a conduit à imposer de nouvelles sanctions à la Russie, et maintenant à la Biélorussie. Ces sanctions semblent inévitables et nécessaires. Il faut aussi qu’elles soient efficaces, et celles qui le seront pénaliseront probablement aussi le peuple russe.

Il faut alors aussi se poser la question de leur légitimité aux yeux de ce peuple, et de la légitimité des pays occidentaux à les imposer. Ils ne la trouveront qu’en étant exemplaires, au regard de valeurs reconnues par lui. 

Quelles valeurs ? Probablement pas celles du libéralisme économique et du chacun pour soi, les Russes connaissent, et leur ont déjà payé tribut dans les années 1990. Ni non plus la loi du plus fort ou de celui qui vend le plus d’armes, leur pouvoir est plus fin à ce jeu et sait les convaincre de sa puissance. Ni encore la répression des mouvements sociaux, l’invention de nouvelles formes de contrôle de l’individu, le mélange de la communication et de la propagande. Pour cela l’élève ne dépassera pas le maitre. 

Quelles valeurs ? Peut-être ces valeurs démocratiques que nous promouvons à l’extérieur, à condition de les respecter et de le développer dans nos propres pays, où elle sont aussi menacées, et les Russes le voient aussi bien que nous. Ainsi en est-il par exemple des décisions de la Cour européenne des droits de l’homme, en passe de devenir un des derniers remparts du droit en Russie : appliquons donc ces décisions quand c’est notre pays qui est condamné.

Quelles valeurs ? Peut-être, plus encore sans doute, les valeurs sociales : c’est à cela que je veux en venir dans ce billet, et c’est pour cela que j’ai évoqué plus haut l’attente qu’on les Russes d’être mieux soignés et d’être mieux protégés par leurs services sociaux.

La force du régime soviétique, qu’il faut honnir, était de faire croire à la possibilité d’une société meilleure et plus juste. Mais ce sont les vieilles démocraties d’Europe qui ont inventé la sécurité sociale. En sacrifiant ce modèle, en laissant se développer des situations où on peut, par exemple, parler d’une « crise de la protection de l’enfance » — quelle honte pour un pays qui est le sixième au monde par son produit intérieur brut —, nous donnons l’impression que le projet de l’occident est celui de plus d’inégalité et plus d’injustice. Ce n’est pas comme cela que nous convaincrons. Non, montrons au contraire que nous sommes capables de plus de solidarité, d'en faire un bien collectif, et d’être en cela aussi une puissance mondiale. À donner cette image de nous-même, nous gagnerions en légitimité aux yeux des peuples et des nations.

ASI (22 avril 2021) 

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