Russie : Monsieur le président, je vous fais une lettre ...

Une autre histoire d'huissier et de retraité

J’ai commencé à aborder le sujet de l’endettement en Russie, notamment en ce qui concerne les retraités. Je voudrais y revenir, il me semble qu’il s’agit à la fois, pour de nombreuses personnes, d'une question cruciale dans leur vie quotidienne, et aussi de ce que j’appelle, dans ces informations que je livre sur la Russie, un fait social.

Il faudrait en donner ici des illustrations concrètes, sans céder à la facilité — mon dernier billet, un peu rapide, me laisse de ce point de vue un sentiment d’insatisfaction. Et aussi rendre compte des causes des dettes contractées, par les retraités, souvent pour le compte de leurs enfants ou petits enfants, parce qu’ils sont les seuls à avoir un revenu stable ou déclaré, ou rappeler la possibilité que leur donne depuis l’été dernier une des lois prises en raison de la crise sanitaire de de demander un délai allant jusqu’à deux dans pour le remboursement de leurs dettes

Continuons, donc. Et restons pour ce billet dans le registre de l’indignation, il correspond probablement à l’état d’esprit d’une partie de l’opinion russe.

En octobre 2017, Anatoli Nikilaïevitch Vertiprakhov, un retraité alors âgé de 72 ans, résidant dans le kraï Transbaïkalie, écrivait en ces termes au président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine.

« Monsieur le Président, je vous prie de donner au gouverneur du kraï de Transbaïkalie, au chef du district de Olovianninsiki et au chef de la colonie rurale de Ianninskoïe l’ordre de me creuser une tombe et de m’acheter un cercueil ».

L’intégralité de sa pension de retraite, 8 516 roubles et 13 kopecks [94 euros au cours actuel] venait d’être saisie sur son compte bancaire, et il n’y restait plus que 495 roubles [5 euros 50 centimes]. Anatoli Vertiprakhov et son épouse ne disposaient donc d'aucun moyen de subsistance. La saisie avait en revanche permis aux services communaux de récupérer la dette d’Anatoli Vertiprakhov, qui avait cessé de payer les factures de chauffage et les charges de son deux pièces à Kroutchtchev.

Le courrier a eu un retentissement certain, et plusieurs articles de presse, dont deux sur le site de Radio Svoboda, lui ont été consacrés. Cette publicité a provoqué différentes interventions, de la Douma d’État, du Conseil pour les droits de l’homme placé auprès du président de la Fédération, d’un député local, … Saisi, le parquet du kraï a considéré que le Service fédéral des huissiers de justice avait fait une erreur, la pension de retraite ne pouvant être saisie que dans la limite de 50 %.

Courant octobre, 4258 roubles [47 euros] ont donc été reversés sur le compte d’Anatoli Veriprakhov. Ce dernier les a renvoyés par mandat postal à Vladimir Poutine, en lui proposant d’essayer lui-même de vivre un mois avec cette somme.

Au 1er janvier 2020, les pensions de retraites étaient en moyenne de 15 878 euros par mois [176 euros] en Russie, le montant minimum étant de 9 311 roubles [103 euros]. Ces chiffres varient selon les régions, le montant minimal de la pension de retraite était en 2017 dans le kraï de Transbaïkalie de 8450 roubles [93 euros], Anatoli Veriprakhov touchait donc une retraite plus élevée que ce minimum régional.

Takie dela (4 décembre 2017) - Komsomolskaïa pravda (19 octobre 2017)

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