Liberté, enfin, pour Asia Bibi!

Asia Bibi, chrétienne condamnée à mort, pour blasphème, en (dé)raison la pseudo loi coranique de la charia, vient d'être acquittée, par la Cour suprême du Pakistan, après avoir passé huit ans en prison. Elle devrait être libérée, après ce courageux verdict, prochainement: ce dont le défenseur des droits de l'homme que je suis se réjouit, d'autant que j'ai appelé, dès le début, à sa libération !

LIBERTE, ENFIN, POUR ASIA BIBI !

Trop peu médiatisée (au contraire de la bien plus célèbre quoique tout aussi injustement inculpée Sakineh en Iran), on l’avait presque oubliée, malheureuse et triste victime, au sein de nos démocraties prétendument modernes ou laïques, d’une indifférence aussi généralisée qu’assourdissante. Et, pourtant, elle était le symbole même, dans son immense détresse humaine et morale, de cette effroyable injustice frappant trop souvent les femmes, en son aveugle obscurantisme, dans ces pays musulmans, mais pratiquant surtout un islamisme radical, synonyme de fondamentalisme religieux, où sévit, hélas, cette pseudo loi coranique qu’est l’inique charia. Aujourd’hui, cependant, elle revient, avec un bonheur auquel on n’ose encore croire vraiment, sur les devants, sinon de la scène, du moins de l’actualité : Asia Bibi, cette chrétienne condamnée à mort (moyennant le barbare châtiment de la pendaison) il y a huit ans pour un présumé blasphème, vient d’être acquittée, par la Cour suprême du Pakistan, de tous ses chefs d’accusation. Buvant à une fontaine publique, où elle était théoriquement interdite par le dogmatisme islamiste au motif outrancier de sa supposée « impureté » en tant que chrétienne précisément, elle avait alors eu le tort, aux yeux des intégristes du lieu, la région du Panjab, à majorité musulmane, d’avouer ouvertement, en cette fatidique date du 14 juin 2009, sa préférence compassionnelle pour Jésus-Christ, en raison de son sacrifice sur la croix pour le rachat des péchés de l’humanité, plutôt que pour Mahomet !

Ainsi sera-t-elle libérée très prochainement, espérons-le, de son infâme prison de Rawalpindi, où elle était donc cruellement enfermée dans le terrible couloir de la mort, mise au supplice psychologique de l’isolement de surcroît, depuis plus de huit longues et douloureuses années !

AU NOM DE VOLTAIRE : POUR LA TOLERANCE RELIGIEUSE ET LA PLURALITE DES IDEES

Certes doit-on s’attendre aussi, parallèlement à cet heureux et courageux verdict, à une énorme vague de protestations, de la part des extrémistes et autres fanatiques de tous poils, à travers le monde. Mais, enfin, pareille sentence – celle qui libère enfin la pauvre et innocente Asia Bibi du joug de ses geôliers comme de la terreur de ses oppresseurs – ne peut, bien évidemment, que réjouir les vrais démocrates et authentiques humanistes, amants de la tolérance religieuse, comme, plus généralement, de la pluralité, ouverte et critique à la fois, des idées, conformément au précieux et bel esprit des Lumières, au premier rang desquelles émergent le grand Voltaire.

Bon retour, donc, dans le monde de la civilisation, chère Asia ! Asia Bibi dont je m’honore, quoique certes humblement, d’avoir été, dès le début, un ardent défenseur, au seul nom des droits de l’homme comme de la femme, ainsi que le prouve, parmi d’autres témoignages écrits, cet article que je fis publier dès le 15 novembre 2010 (il y a dont presque huit ans, jour pour jour), en guise d’appel à sa libération, dans la presse européenne francophone (https://blogs.mediapart.fr/daniel-salvatore-schiffer/blog/151110/apres-sakineh-sauvons-asia-bibi).   

            DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

Philosophe, auteur notamment de « La Philosophie d’Emmanuel Levinas – Métaphysique, esthétique, éthique » (Presses Universitaires de France), « Oscar Wilde » et « Lord Byron » (publiés tous deux chez Gallimard-Folio Biographies), « Du Beau au Sublime dans l’Art – Esquisse d’une métaesthétique » (Editions L’Âge d’Homme), « Le Testament du Kosovo – Journal de guerre » (Editions du Rocher), « Traité de la mort sublime – L’art de mourir de Socrate à David Bowie » (Alma Editeur). A paraître : « Divin Vinci – Léonard de Vinci, l’ange incarné ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.