« Un espoir » de Wendy Beckett, un puzzle incomplet

Un point de vue est un point de vue. Wendy Beckett, pour répondre aux questions qu'elle se pose sur l’adoption, met le narratif dans trois reflets pour sa pièce « Un Espoir ». Elle compose trois personnages : une mère biologique (Harpie), une mère adoptive (Minette) et une adolescente (Diedre), pour déconstruire un puzzle de vie.

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Wendy Beckett avec une mère biologique, une mère adoptive et une adolescente, propose trois points de vue : un externe avec Harpie, et deux internes avec Minette et Diedre. Dans « Un Espoir » la narration est donnée à Diedre et à Harpie. Minette représentant le temps dialogué.

Comme de nombreux auteurs contemporains, Wendy Beckett puise son écriture, dans les entretiens et les témoignages, de femmes et d’hommes qui sont parties prenantes du thème. Nous l’avons déjà souligné pour «  les dits du théâtre », le théâtre documentaire a des avantages, mais aussi des inconvénients. En effet, l’auteur peu se griser d’un dialogue venue de la réalité qui peut dans la fiction, par la forme et le fond, se détourner du sens premier de l’écriture. Par exemple, Minette a adopté Diedre, avec son mari qui l’a quitté ensuite. Mais nous n’aurons pas la version de cet homme dans la pièce. Pourquoi ?

L’auteure nous dit : « le courage consiste à ne pas avoir peur de déconstruire le puzzle de nos vies et à trouver, ensuite, assez d’amour pour le réassembler ». Or, nous avons là un puzzle incomplet,  pour que l’image de la situation soit pleinement visible.

Tout ce qui nous avait séduit, dans la mise en scène de Claudel, pour sa première création en France en 2018, ne se montre ici qu’en de rares occasions, grâce à une direction d’acteur forte, incarnée par le jeu émotionnel de Rebecca Williams, de Christine Gagnepain et d’Hélène Babu. 

C’est bien dommage, car le thème de l'adoption est vraiment passionnant. Surtout que Wendy Beckett connaît bien son sujet : « adoptée moi-même, j’étais curieuse de savoir s’il y avait des points communs dans nos histoires. Plus tard, j’ai moi-même adopté un enfant et ma conclusion est la suivante : nous faisons tous de notre mieux ». Peut-être qu’être trop proche de l’histoire n’aide pas ? Ou bien alors pour ce faire, l’auteure aurait dû puiser en elle-même, plutôt que d’écouter d’autres histoires ? Les scènes, entre la mère et la fille, ne sont pas assez explicites sur la profondeur de leur conviction. La mère biologique, nous donne l’impression que son errance voyage toujours dans ce train, où elle a abandonné sa fille en direction de Marseille, il y a quatorze ans. Dans une certaine mesure, le dénouement de la pièce est décevant. Alors que la rencontre des trois femmes a bien lieu, aucun mot, aucun dialogue, sinon le noir final. Cela aurait été pourtant majestueux, d’entendre cet amour dont nous parle Wendy Beckett dans sa note d’intention.

Un Espoir

écriture et mise en scène Wendy Beckett

traduction Dominique Hollier

avec Hélène Babu, Christine Gagnepain, Rebecca Williams

assistante à la mise en scène Diana Iliescu Vibert

scénographie et conception graphique Halcyon Pratt

costumes Sylvie Skinazi

lumières François Leneveu

musique Felicity Wilcox

création sonore Mehdi Bourayou

création projections Pétronille Leroux

production : Claire Merviel Production en accord avec Pascal Productions.

Durée : 1h25, jusqu’au 28 mars 2020

 

Théâtre de l’Athénée

tél : 01 53 05 19 00

https://www.athenee-theatre.com

24 rue de Caumartin - 75009 Paris

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