Le théâtre de Sonia Ristic : un exercice politique

Chez Sonia Ristic, les voies de la création théâtrales sont pavées de questions qui traitent divers sujets : la guerre, l’exil, la migration mondiale, etc. Elles incarnent, par la psyché des personnages, un fondement politique et social. Peut-être de bonnes raisons d’écrire pour le théâtre.

DR Sonia Ristic DR Sonia Ristic
Le partage collectif dans l’exercice politique

- Je ne sais pas, si j’ai de bonnes raisons d'écrire pour le théâtre, la seule raison que j'aie, c'est que cela me plaît. Parfois, je trouve de bonnes raisons pour ne pas le faire… j'écris des romans aussi, je passe de l'un à l'autre. Quand j'écris un roman, j'ai l'impression que je me repose de l'écriture théâtrale. Je trouve cet art plus difficile. Le roman, c'est peut-être plus long, mais plus simple. Dans le théâtre, il y a quelque chose qui se passe dans le collectif. Une fois écrit, il y a des nouvelles couches d'écriture qui vont venir des comédiens et comédiennes, de la mise en scène, de la musique etc. C'est sans doute où, le moment de l'acte rêvé en solitaire, se représente de manière collective et se partage sur le plateau dans l'instantané du vivant. Car au théâtre, contrairement au Roman, nous avons un partenaire visible : le public. Je n'oublie pas que théâtre est une forme très ancienne d'exercice politique. Au sens premier du terme qui, chez les Grecs, rendait compte de la vie de la cité dans le présent de la représentation. 

Une multiplicité de points de vue

Alors, comment aujourd'hui définir l'écriture théâtrale de Sonia Ristic ? Qu'est-ce qui la distingue de celle du roman ? Était-ce à l'esprit de la jeune Sonia, quand en 1991, elle vint s'installer à Paris, afin de poursuivre des études de Lettres et de Théâtre.

- Je pense qu'au théâtre nous donnons à voir une multiplicité de points de vue, ce qui ne veut pas dire que cela n'est pas possible dans le roman. Il y a aussi dans le roman de la polyphonie. Au théâtre cela me semble plus aigu, plus fort. Du fait que toutes les façons de penser se confrontent, soit à travers le dialogue, le monologue, et même sous la forme d'une vue fragmentaire de la situation. J'aime l'idée que ce ne soit pas un art de la réponse, mais plutôt un art de la question. Je dirais que c'est la particularité du théâtre, il pose des questions très fortes, sans forcément donner des réponses, ou bien a contrario une multiplicité de réponses possibles. 

Au théâtre, il y a un objectif que l'on ne doit pas perdre. Il repose principalement sur un conflit qui vient de la multiplicité de points de vue. Je pense que le théâtre émerge avec un texte qui n'est surtout pas fini. Il doit laisser de la place, de manière concrète, pour la mise en scène et le jeu d'acteur. Je viens d'une école tchékhovienne, le personnage est très important dans mon théâtre. Il faut, quel que soit le comédien qui l'incarne, qu'il existe sur la page en amont pour que je le vois, que je le sente, et le comprenne ; sans que ce soit complètement verrouillé, sinon je perds tout l'éventail de ce qui est possible. Je n'écris pas pour dire la guerre c'est mal, la paix c'est bien. Je cherche tout ce qui se cache derrière une situation, le rythme, et la musique de mes textes. Quand enfin j'entends les mots dans la bouche des acteurs-trices, je ne suis pas étonnée, car je retrouve ce que j'entendais à l'oreille au moment de l'écriture. Même si du fait des acteurs les points de vue peuvent varier. Je commence assez bien à maîtriser l'outil créateur, pour restituer ce que j'entends, sans fermer le sens, pour que ce ne soit pas justement quelque chose de manichéen. En allant au théâtre, une pièce fait que nous nous intéressons à tel ou tel problème de société, la fiction nous dédouane du voyeurisme. Encore une fois, je revendique une fiction très politique. C'est là que les questions se posent : comment être à la bonne distance, comment toucher le public sans qu'il se rende compte que le sujet vient de la réalité ? Dans mon dernier texte « Pourvu qu’il pleuve » c'est l'histoire, somme toute banal, de gens qui se posent des questions sur le sens de leur vie. Personne n'a tort personne n'a raison. Toutes les questions se valent.

D'une image surgit l'écriture

Sonia Ristic, loin du journalisme et du théâtre documentaire, imagine une situation, sans la nommer directement. Son théâtre, via une théorie fictive, est une pratique qui se conjugue au présent. Une chair hic et nunc de l’imaginaire en quelque sorte. De tous les chemins possibles du théâtre, quelle serait sa direction ? Son écriture est-elle indissociable de son identité, de son pays. Parmi les pièces du puzzle, il y a Belgrade, le départ avec ses parents pour l'Afrique, et l'apprentissage du Français qui deviendra la langue d'écriture. 

- En écriture, la parole des personnages me guide, c'est vraiment ça. Je décide rarement de travailler à partir d'un thème. Très tôt cela va être sur une image, un fragment. Comme ça, comme un jeu. Comme si je voyais un bout du tableau. J'ai envie de le déblayer pour voir l'ensemble. Alors la parole vient. Je commence à entendre cette parole, comment elle sort du personnage, plutôt comment il dit, même si c'est encore flou. À partir de là, je vais tirer des fils, avant d'avoir une idée du plan, je fais parler le personnage, jusqu'à ce que je le voie parfaitement et que je comprenne ce qu'il est vraiment. 

Pour ma pièce « Yalla » il y a eu l'image des témoignages d'adolescents, qui étaient à cette manifestation que j'ai entendue, quand j'étais au Liban. Ils me disaient qu'ils étaient là, avec des drapeaux, qu'ils lançaient des pierres. Je n'avais pas encore l'idée d'écrire quelque chose. J'écrivais, avec ces enfants, autre chose en atelier. Je me suis demandé à quoi pense n'importe quel petit garçon, à ce moment précis, où il ramasse une pierre face aux soldats ; et qu'est-ce qui lui passe par la tête. Cette situation désespérante me rendait très triste. Il y a eu des coups de feu, il y a eu des morts. C'est là que je me suis demandé : qu'est-ce qui peut sauver cette situation-là. Ce qui est arrivé alors, c'est la beauté poétique qui donnait à voir la chose non pas supportable, mais qui rendait compte de l'état des choses. C'est ce fil-là que j'ai tiré. J'ai essayé de me souvenir de ces enfants qui parlaient en arabe (les enseignants me faisaient la traduction). Ils parlaient aussi en anglais, en français des fois. Ces enfants vivent, en vase clos, dans des camps palestiniens. Ils ont un vocabulaire très archaïque. Ils parlent comme des petits vieux, avec des formules poétiques et des phrases faisant référence à Dieu... 

Comment faire parler un adolescent qui parle comme un vieux sage ? Quand j'ai commencé à écrire, j'ai pensé qu'il serait intéressant que la soldate vienne d'un milieu urbain, de Tel Aviv. J'ai imaginé que sa langue serait peu châtiée. Je trouvais que ce serait intéressant de faire coexister ces deux langues, avec cet adolescent qui parle avec poésie, alors que la soldate ponctue chaque phrase par « merde ou putain ». C'est vraiment le langage qui m'a guidé. Quand j'entends les personnages parler, alors je les comprends. Par exemple, quand j’ai écrit « Pourvu qu’il pleuve » cela m'a amusé que l'étrangère invente des mots, avec des formules que les autres n'ont pas. Elle apporte une étrangeté psychologique qui vient d'ailleurs.

Quand un lien fonctionne, l'objectif est atteint

Les voies de la création théâtrale, de Sonia Risitic, justifient une fin dès le début de son écrit. La dramaturge tisse sa trame dans l'illumination de son histoire et de son objectif. 

- Cela dépend des textes pour « Pourvu qu’il pleuve », dès le départ, je savais comment cela se terminerait : par un attentat. Sans forcément savoir comment j'arriverais à cette fin. C'est pour cela que la pièce est restée plus dix ans dans un tiroir, mais une fois que je l'ai reprise, j'ai décidé que ce ne serait pas cette fin-là. Avant d'arriver à la moitié du texte définitif, j'ai une idée ou une illumination. Je sais, dans cet instant, que je suis sur la bonne piste. Je comprends où tout cela me mène. Mes pièces reposent sur la fable, sur l'histoire. Alors que dans la littérature française, durant un certain temps, cela avait complètement disparu. Dans les années 1990 et 2000, j’ai eu l’impression que les gens n’étaient pas très emballés par mes textes, on me disait : « c'est du théâtre à la papa. Aujourd'hui, on ne parle plus d'histoire. Aujourd’hui, c’est la langue qui est importante ».

Mes origines de théâtre sont de traditions slaves, notamment Russes, et d'autre part Anglo-saxonne. C'est important pour moi, si on pose le livre à la moitié de la lecture, que le lecteur se dise : comment cela va finir ?  Alors qu'il y a beaucoup de textes contemporains que nous pouvons lire à moitié. Cela sera très beau, poétique, mais il n'y aura pas d'événements. C'est important qu'il y ait un parcours bien ficelé, d'où l'importance du dénouement. C’est cela qui me guide. Si, par exemple, je vois mes personnages à la lisière sous la pluie et que je ne sais pas pourquoi, ils sont à la lisière sous la pluie, je me pose la question : qu'est-ce que cela signifie ? Dans « Holiday Inn », l'histoire se passe dans l'Holiday Inn de Beyrouth en 1975 pendant la bataille des hôtels. Et parallèlement à Sarajevo, il y a une femme journaliste, plutôt reporter. Elle travaille plus avec l'image que les mots. On sait, dès le début, qu'elle a un lien avec le Liban, parce qu'elle a une photo de guérillero avec un fusil. L'histoire va d'un endroit à l'autre, avec vingt ans d'écart. C'est le lien qu'il fallait. Quand ce lien fonctionne, je me dis que j'ai réussi mon objectif.

Le théâtre miroir de la société du monde

Le théâtre a-t-il encore une fonction au cœur de la cité ? Malgré les nombreux efforts des acteurs culturels, il semble, aujourd'hui, réservé à une communauté minoritaire (pour ne pas dire élitiste), loin du lignage populaire. Le rôle social de l’artiste ne semble plus être une priorité dans nos sociétés marchandes. La politique culturelle en France se réduit comme peau de chagrin. Le théâtre sacré n’est plus guère vivant comme l’écrit Peter Brook dans « L’espace vide » : (…) Dégénéré en théâtre de l’illusion (artifices) ou en théâtre romantique (représentation des idéaux bourgeois), ce « théâtre de l’invisible rendu « visible » est mort en occident avec la mort des rites ».

- Je me sens très proche de Peter Brook, il y a l'idée du rituel collectif et du sacré au théâtre.  Alors que je ne suis pas du tout pour la parodie du sacré. Si cela devient dogmatique, c'est pénible. Chacun doit trouver son rituel, comme il en a envie. Car, sans le faire frontalement, il y a quand même quelque chose du rituel collectif. Ensemble, dans le présent du monde auquel nous vivons, nous nous s'interrogeons sur l'âme humaine. 

Cela vaut pour toutes les formes d'art ; c'est peut-être plus fort pour le théâtre, qui je trouve est un art majeur englobant tous les autres : la littérature, la musique, les arts plastiques, etc. c'est un miroir de la société du monde, des moments passés et des moments à venir. Comme tous les miroirs, il pose des questions pour aider l'humain à les comprendre. C'est pour cette raison que le théâtre est éminemment politique, y compris quand il s'agit de théâtre de divertissement. À partir du moment où cela n'est pas un produit de consommation, il peut être aussi politique. Nous le voyons dans le théâtre privé, comme une recette que l'on reprend à l'infini : avec un comédien, un auteur vedette et finalement cela devient un téléfilm de TF1. 

Heureusement, il y a de temps en temps, des choses qui sortent des sentiers battus. Par exemple, des artistes comme Jaoui et Bacri, je trouve que c'est divertissant, parce que tout simplement c'est du bon théâtre. Nous pouvons voir aussi dans le public, des choses horriblement prétentieuses. Ni le théâtre privé ni le théâtre public, n'ont le monopole du bon théâtre.

Le théâtre est le jumeau de la démocratie

L'écriture de Sonia Ristic se partage aussi dans les ateliers d'écriture. Elle fait cela avec des personnes qui le font pour le plaisir. Pour des publics empêchés. Elle travaille beaucoup en milieu carcéral, dans des centres sociaux etc. Le but n'est pas de les transformer en auteur. Ces personnes font de l'écriture, comme elles pourraient faire du foot. C'est plutôt pour réfléchir à travers cet outil-là, de manière détournée, à des choses qu'elles ne peuvent aborder que de manière frontale. Il y a forcément, dans sa terrible simplicité, la question : qu'est-ce le théâtre ? 

- C'est un rituel collectif qui s'inscrit profondément dans le présent. Il y a toujours l'ici et maintenant. Des questions sont posées sans jamais avoir une réponse définitive. Résonnent alors des tentatives de réponses. Il y a quelque chose d'extraordinaire dans le vivant. Un Hamlet contemporain va résonner, autant de fois qu'il y aura de comédiens, différemment de ceux qui l'ont précédé, il y a des siècles. 

Je pense que le théâtre est le jumeau de la démocratie. Peut-être parce qu'ils sont nés en même temps. C'est cette paire qui guide l'humanité à travers les siècles, par le rituel collectif. Il y a autant de réponses à trouver, chez des milliards d'hommes et de femmes sur terre, entre le partage et le rituel.

Je me dis que le théâtre, chez l'être humain, est peut-être ce qu'il y a de plus inné. Quand, partout dans le monde,  je vois jouer des enfants ; je vois du théâtre, dans leurs jeux. Ici et aujourd'hui.

Les résidences, l'écriture de plateau, les commandes etc.

De nos jours, un auteur qui posterait sa pièce à l’attention d’une maison d'édition, aurait en retour le silence. À quoi bon se mettre en peine d'une lettre type. Il n'est point utile de frustrer davantage notre cher dramaturge. De plus, il a à sa disposition : les concours, les résidences, l'écriture de plateau, les commandes des troupes de théâtre, de metteurs en scène ; et il peut même être artiste associé, toute une saison, dans de nombreux théâtres. Certes ! c'est un auteur anonyme, sans aucune relation, loin du sérail des lettres, dont nous faisons ici le portrait. Il tapote seul sur son clavier, à la maison. Bref ! Il n'est pas dans l'air du temps ! À tel point qu'un journal (Libération pour ne pas le nommer) s'interroge sur les nouveaux auteurs de plateau ou sur la mode du théâtre documentaire.

- Oui, j’ai lu ce dossier dans Libération qui s’intitulait : « a-t-on encore besoin des auteurs de théâtre ». Il était écrit justement qu'aujourd'hui l'auteur travaillait de plus en plus les écritures de plateau. Ce qui est absolument faux, parce que il n'y a jamais eu autant d'auteurs de nos jours. Même si cela est très fréquent en décentralisation. 

Les formations à l'écriture sont récentes en France et nous voyons sortir tous les ans des élèves auteurs sur le marché, dont certains s'affirment très vite. Après, si être associé à une troupe ou un théâtre, pour bénéficier de commande, ça permet aux auteurs de mieux vivre, pourquoi pas ? Être auteur de nos jours, c'est un statut des plus précaire. Avec ces nouveaux outils, la liberté de l'écrivain est intacte. Ce qui ne veut pas dire que cela soit sans contrainte. J'ai moi-même vécue avec une amie autrice une expérience qui est absolument jouissive, surtout que le metteur en scène connaissait bien notre travail. Mon amie et moi-même, nous avons été associées de manière complètement libre, pour créer un projet et trouver la liberté d’inventer, à travers les contraintes. 

Ce phénomène de mode qui est l’écriture de plateau, où « nous n’aurions pas besoin d’un auteur », nous l’avons déjà vu chez Mnouchkine. En tant que spectatrice, cela avait été un grand moment.  C'est toujours pareil, ça dépend comment c'est fait.

Le fait de travailler associé à une compagnie, pour les auteurs qui le font, c'est la garanti de voir son texte monté. Encore faut-il que cela se passe normalement. Si un metteur en scène passe commande à un auteur, c'est parce qu'il aime son univers et qui lui fait confiance. Quelque part, c'est un contrat moral. Tout en ne sachant pas ce qu'il va recevoir. Mais pour lui, le jeu en vaut la chandelle. Il y a aussi des auteurs qui font des expériences traumatisantes, avec des metteurs en scènes qui fantasment sur leur écriture. Alors il faut sans cesse réécrire, avec jamais la même idée, jusqu'à nier ce qu'était la pièce de l'auteur qu'au départ le metteur en scène avait sollicité. Ce n’est pas l’envie qui manque de lui dire : « va-y ! écris toi-même la pièce ! ». Car c'est une source de grande frustration et de malheur quand nous travaillons, plusieurs mois, un projet qui est constamment remis en question. C'est bien d'être secoué un peu, mais si c'est trop fort cela peut se réduire à néant. Pour que s'opère la magie, cela doit être comme une rencontre amoureuse ; il faut se faire confiance. 

Allez-vous au théâtre ?

Le théâtre contemporain a-t-il vraiment le rayonnement qu’il mérite ? Si, dans une rue populaire, nous demandions à des passants : allez-vous au théâtre ? Le pourcentage de réponses positives serait très peu élevé. Ou alors, ceux qui répondraient oui, viendraient de personnes qui ont vu du théâtre dans leur enfance, aux mâtinées scolaires, lors des sorties organisées par l’école. 

-Il y a pourtant, en décentralisation, des compagnies qui font un vrai travail pour faire connaître le répertoire contemporain au public. À l'école parfois, les enseignants sont des relais formidables qui suivent les nouveaux auteurs ; et les mettent à leur programme. 

Il y a toujours cette idée que le théâtre est élitiste. Les classiques sont la référence à l'école, mais pas forcément bien travaillé. 

S'il est vrai que la lecture de textes de théâtre est compliquée, il y a des solutions. Il suffit de se mettre à trois quatre autour d'une table pour que la lecture, à voix haute, devienne un moment magique et accessible. Cela marche tout de suite et tout le monde comprend. 

J'ai travaillé avec des femmes en atelier. Ces femmes avaient des difficultés pour lire et parler le français, elles n’allaient jamais au théâtre, n'avaient peut-être pas de livre chez elles. Selon leur niveau, j'adaptais une histoire pour ces femmes et des rôles plus ou moins importants. Cela donnait de merveilleux moments.

Ce qui fait qu'un certain public ne va jamais au théâtre, c'est que les projets de quelques animateurs ne racontent pas une histoire. Le plus souvent ce sont des performances douteuses et difficiles d'accès. Ce qui ne veut pas dire que nous ne devons pas être exigeant. 

Je lis beaucoup d'auteurs de théâtre, je vais aux lectures etc. Il y a énormément de choses qui s'écrivent. Il y en a pour tous les goûts et c'est fou que ce soit réservé à un public si petit. 

C'est peut-être un cliché, mais Eschyle et Sophocle écrivaient des pièces pour dix mille spectateurs à chaque représentation. Il y avait tous les représentants du pays : des esclaves, des notables, des paysans etc., de la même manière que tout le monde est aujourd'hui devant TF1. Je ne pense pas que les gens étaient biologiquement plus intelligents que l'être humain du XXIe siècle. 

Nous savons aussi que le théâtre ne passe pas bien à la télé. Même quand c'est tourné avec plusieurs caméras, le théâtre perd toute sa substance. C'est comme la vidéo au théâtre. La plupart du temps, elle est contre-productive. L'image bouffe l'humain. Si encore c'était fait avec parcimonie. Pourquoi pas. Mais j'ai vu des spectacles, où il y avait de la vidéo du début jusqu'à la fin. Oui ! les images sont très belles ! mais à ce moment-là, pourquoi ne pas réaliser un film ?

Quelques mots en guise de question 

Belgrade ? 

- c'est ma ville natale. J'y retourne rarement. Cela tient du paradis perdu. Mes gouts sont liés à mon adolescence passée à Belgrade, ville pleine d'énergie. 

La Serbie ? 

- je n'aurais pas grand-chose à dire parce que je suis ex yougoslave. Je suis officiellement serbo-croate, mais le pays dans lequel je suis née c'était la Yougoslavie. Les pays issus de l'ex-Yougoslavie se sont construits quand même sur du nationalisme.  Je me sens donc assez loin de ça. Je ne me reconnais pas vraiment dans cette définition.

L'Afrique subsaharienne ?

- c’est une partie de mon enfance, ma mère était diplomate spécialiste de l'Afrique subsaharienne. L'usage du français est donc lié à l'Afrique. C'est comme ça que j'ai appris la langue. J'ai alterné l'école française et l'école yougoslave, mais le Français est en moi depuis l'âge de cinq six ans. C'est une immense richesse pour un enfant d'être confronté à la différence. De comprendre que l'autre est un frère humain. C'est super de l'apprendre en le vivant. Cela ne vient pas d'un discours. 

Les enfants ne se posent pas ces questions-là. Quand j'étais gamine au Congo Zaïre. Je jouais avec des gamins qui étaient là ; et je me posais pas la question, ni de leur couleur de peaux ni eux de la mienne, ni de la culture de l'un ou de l'autre. Je jouais avec des enfant.

Aujourd'hui, je suis très reconnaissante envers mes parents de m'avoir trimballé avec eux. Parce que ça m'a permis d'appréhender le monde dans sa diversité, sans que cela soit un truc intellectuel, mais intensément vécu. 

Bibliographie :

Sniper Avenue / Quatorze minutes de danse / Le temps qu'il fera demain – théâtre, Espace d'un instant, 2007

Là-bas – théâtre, Ed. de la Gare, 2008

Orages – roman, Actes Sud Junior, 2008

La représentation de Hamlet au village de Mrdusa-d'en-bas de Ivo Bresan – théâtre, traduction et adaptation, Espace d'un instant, 2009

Le Phare – théâtre, Lansman (coll. LE TARMAC), 2009

L'enfance dans un seau percé – théâtre, Lansman, 2011

Lettres de Beyrouth – chroniques, Lansman (avec LE TARMAC), 2012

Migrants * – théâtre, Lansman (coll. LE TARMAC), 2013

L'histoire de la princesse – théâtre, Ed. La Fontaine, 2014

Une île en hiver – roman, Atria, 2015 puis Le ver à soie, 2016

L'amour c'est comme les pommes – théâtre jeune public, Koinè, 2015

Johnny-Misère – théâtre, inédit

Holiday Inn - Nuits d'accalmie – théâtre, Lansman, 2016 **

Le goût salé des pêches – théâtre, Lansman, 2016

À lire aussi sur Les dits du théâtre : «  Pourvu qu’il pleuve : https://blogs.mediapart.fr/dashiell-donello/blog/280418/pourvu-qu-il-pleuve-sonia-ristic-saccoude-au-comptoir-philosophique-de-la-vie

Et " Yalla" : https://blogs.mediapart.fr/dashiell-donello/blog/070417/yalla-de-sonia-ristic-chez-lansman-editeur-un-sujet-delicat-et-douloureux 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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