Lectures d'économie,

Large extrait de mon livre sur l'économie prédatrice du monde du travail. Un livre référencé dans la librairie de sciences-Po en raison de ses nombreuses références.

article actualisé en 2012 à l'adresse suivante:

http://blogs.mediapart.fr/blog/denis-garnier/030812/heterodoxie-economique

Chapitre 1

(Extrait d’un projet d’essai)

 

Lectures d’économie

Par Denis Garnier

Pour un béotien comme moi, qui n’a jamais suivi un seul cours d’économie, tout juste une présence passive à un colloque organisé par ma confédération[1], la simple lecture de livres, d’articles ou de journaux sur le sujet fait nettement apparaître que cette discipline est l’enjeu le plus important pour servir l’égalité parmi les hommes. « Depuis maintenant trop longtemps le discours dominant, sous le poids des évolutions géopolitiques, laisse entendre qu’il n’existe qu’un seul modèle incontournable : le libéralisme économique. L’absence de débat est une menace pour la démocratie. On ne peut admettre la généralisation d’une pensée dominante qui prône l’adaptation forcée au « tout marché », la culpabilisation des travailleurs et des chômeurs, et programme la mise en faillite des Etats, des services publics et des systèmes de protection sociale[2]. »

Des choix économiques dépendent les conditions d’existence de milliards d’individus. S’il est un domaine où la notion de droite et de gauche a du sens, au-delà des hommes qui s’en réclament, c’est bien celui de l’économie. Je ne parle pas des porte-parole mais de concept. Celui de la droite est tourné vers les solutions individuelles, l’assurance privée plutôt que l’impôt, le libéralisme économique plutôt que la régulation de l’Etat.

Celui de la gauche au contraire considère l’individu dans un ensemble qui fait société. Le progrès ne peut être que pour l’universalité. La gauche considère que l’Etat doit jouer un rôle de régulateur pour assurer l’égalité de traitement entre tous les citoyens. C’est pourquoi il défend l’outil que représente les services publics, indépendants des lois du marché et souverain dans ses décisions, par des fonctionnaires sous statut garantissant la neutralité de l’exercice de ses compétences.

L'origine historique de ce clivage se trouve dans l’histoire de la Révolution Française. La droite serait apparentée majoritairement à l’aristocratie et au clergé et la gauche au Tiers Etat, c'est-à-dire, principalement ceux qui vivent de leur travail.

Mais il est des femmes et des hommes se réclamant de droite et qui, dans les faits, sont tournés vers le mieux vivre ensemble, vers les réponses collectives, vers les autres. A contrario, il est des femmes et des hommes de gauche qui n’ont pour seul objectif que leur propre personne et qui pensent que le libre échange économique est signe de liberté et d’épanouissement. Nous verrons qu’il n’en est rien. Les promoteurs des choix économiques actuels sont biens les locataires de la forteresse qui tyrannise les hommes. Ils ne pensent qu’à leurs propres intérêts de classe. Warren Buffet, la première fortune mondiale est clair : «Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n'avons jamais été aussi prospères. C'est une guerre de classes, et c'est ma classe qui est en train de gagner ».

Il y a une pensée économique, l’actuelle, qui n’a pour seul objectif que de servir les intérêts de quelques uns, et il en existe une autre qui vise une meilleure répartition économique entre les hommes de la planète. Mais les économistes fondent leurs raisonnements en fonction de leur posture. S’ils soutiennent le marché, c'est-à-dire s’ils sont partisans du libre échange mondialisé, du slogan de la concurrence libre et non faussée, les locataires de la forteresse mettront à leur disposition tous les moyens qu’ils possèdent pour inonder la planète de leur théorie qui doit être présentée comme la pensée unique. Les autres, ceux qui estiment que l’économie doit servir l’universalité, sont systématiquement écartés, piétinés, broyés par le concert médiatique instrumentalisé par les locataires de la forteresse. Les choix économiques sont fondamentalement politiques, du moins doivent-ils le redevenir.

Sans reprendre l’histoire des premiers échanges entre les hommes, il est intéressant d’observer que le XIXe siècle se partage entre périodes de libre-échange et de protectionnisme, même si « le protectionnisme est la règle, le libre échange l’exception »[]. Les thèmes du libre-échange et du protectionnisme sont issus d'une longue réflexion historique.

Dès la fin de la Révolution, la France se dote d'une monnaie, le “franc germinal”[3] et d'une Banque centrale ; la Banque de France. Cette association permet au Pays de juguler les troubles monétaires, nés de la Révolution.

Le libéralisme à l'origine de la généralisation du marché au XIXe siècle prendra le dessus jusqu’en 1929 date à laquelle la crise économique contraint l’Etat à institutionnaliser le marché[4].

 

Une économie sans frontières.

Un artiste africain que j’ai rencontré à la sortie d’un concert, m’expliquait en mots simples l’économie de marché : « Vous, vous fabriquez une voiture, vous en fixez le prix. Nous, nous avons du café, du coton, des matières premières, vous en fixez aussi le prix. C’est un marché de dupes ! » Imaginons un seul instant que le prix de la dernière Renault soit fixé par l’acheteur, fut-il Africain.

Des économistes plus érudits ont des arguments plus scientifiques, plus construits, plus à même d’emporter l’adhésion des masses si leur langage pouvait se mettre à la portée de ceux qui votent. « L’économie politique est un sujet technique et difficile, quoique personne ne veuille le croire. L’économie politique est même en train de devenir une science » écrivait John Maynard Keynes[5]. D’un autre côté, l’économie est présentée volontairement comme une chose compliquée par ceux qui la détiennent parce qu’ils souhaitent conserver le pouvoir de l’argent qui les fait rois. « Un véritable débat démocratique sur les choix de politique économique doit donc être ouvert en France et en Europe. Le logiciel néolibéral est toujours le seul reconnu comme légitime, malgré ses échecs patents. Fondé sur l’hypothèse d’efficience des marchés financiers, il prône de réduire les dépenses publiques, de privatiser les services publics, de flexibiliser le marché du travail, de libéraliser le commerce, les services financiers et les marchés de capitaux, d’accroître la concurrence en tous temps et en tous lieux. »[6]

C’est donc un combat démocratique fondamental qui doit s’ouvrir, mais pour cela, pour exercer sa liberté, son choix, encore faut-il avoir accès à la connaissance et ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe.

 

Un Etat qui ne gère plus sa monnaie

Le tournant s’est opéré dans les années 1970. Cette période fait suite à un bouleversement économique qui est passé quasiment inaperçu pour le monsieur tout le monde que je suis. Un article d’Etienne Chouard,[7] publié dans le journal « Le Monde » du 10 décembre 2007 attire ma curiosité. J’interpelle l’auteur sur son blog en ces termes : « J'ai lu votre article qui m’apprend que la création de monnaie était désormais à l'initiative des banques privées. Connaissez-vous la position d'économistes sur ce point, qui valideraient vos positions ? »

Voici ses principaux éléments de réponse :

« Je passe des dizaines d'heures et même des centaines avec des économistes de renom comme Michel Devoluy, Maurice Allais[8] ou d'autres, qui me permettent d'être certain à la fois du mécanisme de création monétaire et de sa nocivité majeure pour les hommes. …/… Autrefois, les Etats partageaient avec les banques privées le droit de création monétaire. L'Etat avait la possibilité d'emprunter auprès de sa banque centrale et de lui rembourser au fur et à mesure de ses recettes. La différence, c'est que l'Etat ne payait pas d'intérêts…/… C'est là qu'il s'est passé quelque chose d'absolument majeur. En 1974 a eu lieu la dernière émission de monnaie par la Banque de France et depuis, l'Etat s'est, de fait, interdit de créer de la monnaie. Concrètement, il s'est interdit d'emprunter auprès de la banque centrale. Cela a comme conséquence de payer beaucoup plus cher tout ce dont l'Etat a besoin et qui est financé par le crédit. Cette affaire de création monétaire nous coûte 80 milliards par an d'intérêts pour la France, dont plus de 40 milliards à payer par l'Etat. Je voudrais juste qu'on m'explique où est l'intérêt général dans cette affaire, qu'est-ce qu'on a à gagner à payer 200 ce qu'on pourrait payer 100 si l'on avait gardé la création monétaire. »

C’est donc un tournant fondamental de l’économie qui explique en très grande partie les maux du monde actuel, des maux qui s’aggravent, des maux qui touchent aujourd’hui tous les travailleurs, tous les services publics, qui gangrènent l’hôpital public. Le pouvoir politique ne gouverne plus la planète. Il est au service de la financiarisation de l’économie. Pour comprendre ce bouleversement il faut rappeler les accords économiques de Bretton Woods.

 

Naissance et mort des accords de Bretton-Woods

Pour reconstruire le système financier mondial dévasté, une conférence est organisée entre les grands pays à Bretton Woods, aux Etats-Unis et débouche sur des accords économiques signés le 22 juillet 1944. Ils dessinent les grandes lignes du système financier international. Leur objectif principal est de mettre en place une organisation monétaire mondiale et de favoriser la reconstruction et le développement économique des pays touchés par la guerre. En 1944, année de la signature, l’économie américaine, épargnée, est la plus puissante du monde. Les Etats-Unis se sont enrichis en vendant des armes aux autres Alliés et en leur prêtant des fonds. Ils détiennent deux tiers des réserves mondiales d’or. Ils entérinent l'hégémonie de l'économie américaine face à des pays européens ruinés par deux guerres successives. Pouvait-il en être autrement ?

Le dollar est instauré comme la monnaie de référence, seule convertible en or. Elle sert aux règlements des paiements internationaux. Les accords de Bretton Woods, font des Etats-Unis et du dollar les piliers de la nouvelle organisation monétaire mondiale.[9] Deux institutions internationales ont été créées lors des accords de Bretton Woods : le Fond Monétaire International ou FMI et la Banque mondiale.

Le FMI a été initialement créé afin d’assurer la stabilisation des monnaies et de fournir des crédits en cas de crises. La Banque Mondiale avait quant à elle pour objectif de faciliter la reconstruction des économies européennes. Elle a aujourd’hui réorienté sa mission vers l’aide aux pays en voie de développement.

Ce système servira de cadre aux Trente Glorieuses, cette période qui, de 1945 à 1974, verra le décollage économique et l'opulence du monde occidental.

Mais les accords n’ont fait l’objet d’aucune condition garantissant aux autres pays, la bonne tenue du dollar et sa stabilité. En 1971, le dollar est dévalué une première fois, en raison de la diminution du stock d'or de la Réserve Fédérale américaine. En fait, une inflation de dollars se produit notamment du fait des dépenses considérables de la guerre du Viêt Nam et de la course à l'espace. Les Américains imprimaient des dollars sans se soucier de la valeur correspondance en or. Il est dévalué de nouveau en 1973. Face à une inflation galopante, l’Allemagne a commencé à demander le remboursement en or des dollars excédentaires. Les Etats-Unis ont donc décidé de suspendre la convertibilité du dollar en or pour éviter l'évaporation de leurs réserves de métal précieux. Cette décision, prise le 15 août 1971, a signé l'arrêt de mort des accords de Bretton Woods. Les changes entre les devises sont devenus flottants, c'est-à-dire livrés au pouvoir du marché. Il n’y a plus de règles internationales. L’économie sera financiarisée. La mondialisation est née.

Depuis, c’est la Loi du marché qui domine le monde de l’économie, de la finance et par voie de conséquence va s’imposer au monde du travail: C’est la forteresse des tyrans.

 

L’inacceptable diktat !

Il faut revisiter les thèses de John Maynard Keynes[10]. Maurice Allais, notre seul prix Nobel d’économie Français alertait l’opinion publique en décembre 2009 en ces termes[11] : « Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver sera une augmentation de la destruction d’emplois et une croissance dramatique du chômage. Du chômage, résulte les délocalisations, elles-mêmes dues aux grandes différences de salaires. Il est indispensable de rétablir une légitime protection ».

Selon une note de pôle emploi de juin 2010, le taux de chômage a bondit de 14,7% en un an.

Rien n’y fait. La droite française et le Parlement Européen campent sur leurs certitudes alors même que tous les indicateurs sont au rouge et que la politique économique actuelle mène à l’impasse, voire au chaos. Que se passe t-il aujourd’hui ? Nous constatons, l’évolution inquiétante du nombre de chômeurs, du mal être au travail, le blocage ou la baisse des salaires, le désengagement de l’Etat qui transfère le service public au secteur privé qui à son tour facture le service au public. La réduction du nombre d’emplois à l’éducation nationale, la privatisation de la poste, la suppression des tribunaux, la fusion dramatique des Assedic et de l’ANPE en pôle emploi et bien sur, l’hôpital qui fait l’objet des pages qui suivent, sont les conséquences directes des choix économiques. Aucune mesure n’est prise pour réformer le financement de la protection sociale collective. La sécurité sociale, qui est observée dans un autre chapitre, fait l’objet d’un déficit programmé afin de conduire les Français à l’évidence du recours au système des assurances privées. Il en sera de même avec l’assurance chômage et toutes les solidarités qui seront individualisées. Les cotisations sociales, qui sont aujourd’hui partagées entre les entreprises et les salariés, resteront à la charge des seuls salariés sous la forme d’un contrat d’assurance.

C’est dans ce monde que la production s’organise et que le travailleur se heurte à la réalité du quotidien sans trop comprendre l’origine du mal.

Les marges bénéficiaires qui se transforment en profits se réalisent essentiellement sur la rémunération du travail et sur le statut des travailleurs.

C’est un sentiment d’inégalité morale et politique qui se confirme tel que l’écrivait Jean-Jacques ROUSSEAU[12] en 1755: « Je conçois dans l’Espèce humaine deux sortes d’inégalité ; l’une que j’appelle naturelle, ou Physique, parce qu’elle est établie par la Nature, et qui consiste dans la différence des âges, de la santé, des forces du Corps, et des qualités de l’Esprit, ou de l’Ame ; l’autre qu’on peut appeler inégalité morale, ou politique, parce qu’elle dépend d’une sorte de convention, et qu’elle est établie ou du moins autorisée par le consentement des Hommes. Celle-ci consiste dans les différents privilèges, dont quelques uns jouissent, au préjudice des autres, comme d’être plus riches, plus honorés, plus Puissants qu’eux, ou mêmes de s’en faire obéir. »

Les fondements de l’inégalité parmi les hommes n’ont pas évolué. C’est à notre époque, celle où le respect de la nature devient un combat quotidien ou affiché comme tel, que l’homme s’en éloigne le plus. La communication contemporaine habille les mots d’artifices qui ne vivent que le temps d’une émotion. L’environnement par exemple : c’est l’ensemble des agents chimiques, physiques, biologiques, et des facteurs sociaux exerçant, à un moment donné, une influence sur les êtres vivants et les activités humaines. Or, le développement durable n’est instruit que par des emplois jetables dans le plus grand des silences. Dans l’écologie, comme dans l’économie, l’homme s’abandonne. Le slogan inhibe toute réflexion.

La lecture de données incontestables et de commentaires les plus pertinents indiquent que la nouvelle organisation de l’économie européenne contraint aujourd’hui l’Etat Français à payer annuellement 40 milliards d’intérêts d’emprunt qu’il n’avait pas à régler avec les règlements d’avant 1974. Si l’on ajoute à ce chiffre les 120 à 170 milliards qui sont passés du travail au capital, n’importe quel gamin peut comprendre que ce sont plus de 200 milliards de marge annuelle que l’économie Française peut gérer différemment. Ça change tout ! Et cela règle quasiment tous les déficits publics. Rappelons que les richesses produites chaque année par la France s’élèvent à plus de 1.800 milliards d’Euros.

Des dizaines de livres d’économistes tirent la sonnette d’alarme, mais rien n’y fait. Chez les gouvernants actuels, le doute n’existe pas, les certitudes triomphent et le peuple souffre dans l’insouciance la plus totale. Certainement parce que « les libéraux autoritaires ne croient pas à la légitimité de l’Etat ; ils ne trouvent légitime que la souveraineté des marchés[13] ». Pour Emmanuel Todd, « les véritables difficultés sont idéologiques, sociologiques, psychologiques. La principale est l’incapacité structurelle de l’individu européen actuel à penser et à agir collectivement, véritable mal du siècle. La prédominance de la doctrine du libre échange doit en dernière analyse beaucoup plus à la « narcissisation » des comportements qu’à l’influence des économistes.»[14] Il rejoint en cela la pensée de Raffaele Simone et son Monstre doux, pour qui « une foule innombrable d'hommes semblables, chacun retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée des autres »

Pour Emmanuel Todd, « Si l’Europe n’accepte pas d’envisager une nouvelle politique économique protectionniste, la démocratie n’y survivra pas ».[15]

Le raccourcit peut paraitre brutal mais, combiné à la lecture du Monstre doux de Raffaele Simone, il est d’une cruelle actualité. Rien ne semble pouvoir enrayer cette doctrine infernale, même pas la crise financière que la majorité des économistes comparent à celle de 1929 et qui ne fait que conforter les certitudes de ceux qui en profitent.

« La crise n'est plus qu'un mauvais souvenir pour les grands groupes français. Les quarante sociétés, composant l'indice CAC 40, ont globalement augmenté leur bénéfice de 85 %, durant le premier semestre 2010, selon les données compilées par le cabinet d'expertise comptable Price waterhouse Coopers (PWC). Elles dégagent à elles toutes, 41,5 milliards d'euros de résultats nets, pour un chiffre d'affaires de 631 milliards d'euros[16] ». Alors de quelle crise parlons-nous ? C’est parce qu’il y a cette crise qu’il faut réformer le système de retraite qui ne serait plus financé ?

J’ai lu avec attention « le manifeste des économistes atterrés » qui tente d’expliquer, en mots parfois simples, c'est-à-dire qu’il y a aussi des mots qui me sont inaccessibles, les raisons qui doivent conduire les Français, les Européens à un sursaut salutaire qui leur évitera le chaos. Ils ajoutent à leur analyse vingt deux propositions pour libérer l’économie de l’emprise actuelle des locataires de la forteresse.

Les marchés financiers, expliquent-ils, « ont décidé de spéculer sur les dettes de pays européens. L’Europe est de fait prise dans son propre piège institutionnel : les États doivent emprunter auprès d’institutions financières privées ».

Il faut rappeler que c’est le 3 janvier 1973 que la France adopte la loi Pompidou-Giscard d’Estaing qui interdit à la France d'emprunter à la Banque de France et l'oblige à le faire au près des banques privées avec intérêts. C’est le début de l'ère de la dette. Les marchés ont donc la clé du financement des États. Cette privatisation du crédit est inscrite dans les textes européens à l’article 104 du traité de Maastricht.[17]

Les prestations sociales, des Pays-Bas au Portugal en passant par la France avec l’actuelle réforme des retraites, sont en voie d’être gravement amputées. Le chômage et la précarité de l’emploi se développent. Les fonctionnaires sont les premiers touchés, y compris en France, où par exemple, la hausse des cotisations retraites sera une nouvelle baisse déguisée de leur salaire. Le nombre de fonctionnaires diminue partout, menaçant les services publics. « Ces mesures sont irresponsables d’un point de vue politique et social, et même au strict plan économique » écrivent ces économistes.

Les auteurs du manifeste sont atterrés de voir que ces politiques sont toujours à l’ordre du jour. D’autres choix sont possibles et souhaitables. Il faut que les politiques publiques soient desserrées des mâchoires de l’étau de l’industrie financière. Ils dénoncent les fausses évidences qui sont portées par ceux qui sont, comme je le pense, les locataires de la forteresse. Ainsi la place prépondérante occupée par les marchés financiers ne peut conduire à une quelconque efficacité. Elle est une source permanente d’instabilité. Aujourd’hui, ce sont les entreprises qui financent les actionnaires, au lieu du contraire. Les dirigeants des entreprises cotées en Bourse ont désormais pour mission première de satisfaire le désir d’enrichissement des actionnaires et lui seul. Face à cette puissance, le salariat, comme la souveraineté politique, apparait de par son fractionnement, en état d’infériorité. Le fractionnement des pouvoirs est une raison essentielle de ces évolutions. La souveraineté politique relève du clanisme et le salariat se fractionne en une multitude de certitudes isolées qui désespèrent la conscience de classe indispensable au changement.

 

La dette, par les exonérations de charge, en remplacement du salaire

Cette situation déséquilibrée conduit à des exigences de profits déraisonnables, car elles brident la croissance économique, conduisent à une augmentation continue des inégalités de revenu et inhibent fortement l’investissement. Ces exigences provoquent une constante pression à la baisse sur les salaires et le pouvoir d’achat, comme nous le verrons dans le chapitre suivant. Le ralentissement simultané de l’investissement et de la consommation conduit à une croissance faible et à un chômage endémique. Cette tendance a été contrecarrée dans les pays anglo-saxons par le développement de l’endettement des ménages et par les bulles financières qui créent une richesse fictive[18]. Elles permettent une croissance de la consommation sans salaires, mais se terminent par des krachs. Les marchés seraient de bons juges de la solvabilité des Etats ? Selon les économistes atterrés, à partir du moment où la valeur d’un pays résulte d’un jugement, d’une croyance, d’un pari sur l’avenir, rien n’assure que le jugement des marchés ait une quelconque supériorité sur les autres formes de jugement. La dégradation de la notation d’un État accroit le taux d’intérêt exigé par les acteurs financiers pour acquérir les titres de la dette publique de cet État.

Il est tout aussi faux de croire que l’envolée des dettes publiques résulte d’un excès de dépenses. Le déficit public moyen dans la zone euro n’était que de 0,6% du PIB en 2007, mais la crise l’a porté à 7% en 2010. La dette publique est passée en même temps de 66% à 84% du PIB. Elle ne provient pas d’une tendance à la hausse des dépenses publiques, mais de l’effritement des recettes publiques. Selon Gilles Carrez, le rapporteur général (UMP) du budget à l’Assemblée nationale, “entre 2000 et 2009, le budget général de l’État aurait perdu entre 101,2 milliards d’euros (5,3 % de PIB) et 119,3 milliards d’euros (6,2 % de PIB) de recettes fiscales”, sans même inclure les exonérations de cotisations sociales (30 milliards) et d’autres « dépenses fiscales ».

La dette publique en Europe au cours des trente dernières années ne résulte pas d’une dérive coupable des dépenses publiques.

A long terme, les investissements et dépenses publiques (éducation, santé, recherche, infrastructures...) stimulent la croissance. Une réduction simultanée et massive des dépenses publiques de l’ensemble des pays de l’Union ne peut avoir pour effet qu’une récession aggravée et donc un nouvel alourdissement de la dette publique.

Frédéric Lordon, économiste français, directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne (CSE) souhaite que les choix économiques soient soumis à la délibération politique.[19] Il confirme que selon les traités européens, les déficits publics sont exclusivement financés sur les marchés de capitaux, sous la tutelle des investisseurs internationaux, et pas autrement. On est en droit de se demander si le pouvoir en place ne favorise pas tous les déficits, Etat, sécurité sociale, chômage- pour permettre aux amis d’en profiter. En 2002, lorsque Lionel Jospin quitte le pouvoir, le déficit de la France est de 851 milliards. Après huit années de gouvernement de droite ce déficit est passé à 1.591 milliards[20], soit une hausse de 87% en huit ans, Et pourtant, il soutien qu’il n’y a pas d’autre politique possible. Avant le bouleversement économique des années 1970, la dette de la France était quasiment nulle. Les « économistes atterrés » expliquent que la dette publique est bien un mécanisme de transfert de richesses des contribuables ordinaires vers les rentiers. Ces politiques fiscales « anti-redistributives » ont donc aggravé à la fois et les inégalités sociales et les déficits publics.

 

Comme l’ont bien montré Bruno Tinel et Franck Van de Velde , « le conflit générationnel opportunément mis en avant sur le mode bêlant de « la dette que nous allons léguer à nos enfants » a surtout pour fonction de masquer le conflit fondamental entre les moins riches, qui, par leurs impôts, payent le service de la dette, et les plus riches, qui en détiennent les titres. »[21]

Le paiement des intérêts de la dette est le deuxième poste budgétaire en France, juste derrière l’éducation nationale. Pour Frédéric Lordon, c’est « surtout un trou noir de la souveraineté politique, dont le budget de l’Etat est l’expression financière par excellence. » C’est donc bien au pouvoir politique de trancher, et à lui seul, et certainement pas les investisseurs internationaux.

 

L’Europe libérale, chaos de la démocratie ?

Les objectifs de l’Europe libérale sont d’adapter les sociétés européennes aux exigences de la mondialisation. Les traités actuels garantissent quatre libertés fondamentales : la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux. Mais loin de se limiter au marché intérieur, la liberté de circulation des capitaux a été accordée aux investisseurs du monde entier, soumettant ainsi la production européenne aux contraintes des capitaux internationaux.

L’indépendance de la Banque Centrale Européenne vis-à-vis du politique, disent les auteurs du manifeste des économistes atterrés, est marquée par la méfiance envers les gouvernements démocratiquement élus. Il s’agit de priver les pays de toute autonomie en matière de politique monétaire comme en matière budgétaire. C’est à mon avis plus grave que cela. Les locataires de la forteresse sont parvenus à transformer une certaine partie de la classe politique européenne en assistants asservis à sa cause. Ils ne sont plus craints, ils sont devenus complices. Les deux pays qui avaient rejeté le traité constitutionnel lors des référendums de 2005 (France et Pays-Bas) ont ratifié le traité de Lisbonne par voie parlementaire. Ce nouveau texte est constitué aux trois quarts de l'ancien « Traité constitutionnel » auquel ont été rajoutées quelques modifications. « Il a été certes allégé en épaisseur, non en contenu » dit Valéry Giscard d’Estaing. Ainsi, ce qui est refusé par le vote des citoyens est accepté par les représentants politiques de ce peuple. Le Référendum était souhaité par 76 % des Allemands, 75 % des Britanniques, 72 % des Italiens, 65 % des Espagnols et 71 % des Français.[22] Le seul État ayant consulté par voie référendaire ses citoyens, l'Irlande, a, le 12 juin 2008, rejeté le traité. Il ne fut approuvé que le 2 octobre 2009 après l’obtention, par l’Irlande, de quelques concessions qui ne figurent d’ailleurs pas dans le nouveau traité.

L’Europe s’éloigne de la démocratie, mais les représentants élus du peuple d’Europe, nos députés et nos sénateurs Français, se sont très majoritairement assis sur les voix de ceux qui les ont élus ![23] La crainte d’Emmanuel Todd serait-elle en train de se produire ? Pour lui, la crise de la démocratie résulte clairement du libre-échange. Ce dogme formulé par les représentants des entreprises multinationales et repris en chœur par la classe politique, les intellectuels et les médias, n'a pu s'imposer que par la dénégation du suffrage universel. Profitant de l'absence d'adversaire, la strate supérieure - le 1% de la population qui détient le pouvoir économique - a aujourd'hui le champ libre pour imposer ses vues, conformes à ses intérêts immédiats mais contraires à l'intérêt général.

Dès avant le vote du 29 mai 2005, au vu du comportement de la classe dirigeante, Anne-Marie Le Pourhiet[24], a pu se demander, si nous n'allions pas vers une forme de «post-démocratie». « Ce mépris inouï de la démocratie est d'autant plus provocant que l'on se pique de donner des leçons aux Etats candidats en les soumettant à d'humiliants examens de passage. A quoi sert-il d'élire démocratiquement un parlement national dont la tâche ne se borne plus qu'à transposer les directives élaborées par des instances oligarchiques ? »[25]

 

A partir de cela, L’Europe sociale reste un vain mot, seule l’Europe de la concurrence et de la finance s’affirme réellement.

La rigidité monétaire et budgétaire, renforcée par l’euro, a permis de faire porter tout le poids des ajustements sur le monde du travail. Elle a promu la flexibilité et l’austérité salariale, réduit la part des salaires dans le revenu total, accru les inégalités. Les instances européennes continuent de réclamer des politiques salariales restrictives et des remises en cause des systèmes publics de retraite et de santé, au risque évident d’enfoncer le continent dans la dépression et d’accroître les tensions entre les pays. Cette absence de coordination, et plus fondamentalement l’absence d’un vrai budget européen permettant une solidarité effective entre les États membres, incite les opérateurs financiers à se détourner de l’euro, voire à spéculer ouvertement contre lui.

A partir du deuxième semestre de l’année 2009, les marchés financiers ont commencé à spéculer sur les dettes des pays européens. Alors que les gouvernements des autres pays développés peuvent toujours être financés par leur Banque centrale, les pays de la zone euro dépendent totalement des marchés pour financer leurs déficits. Du coup, la spéculation a pu se déclencher sur les pays les plus fragiles de la zone : Grèce, Espagne, Irlande et d’autres suivront si tout reste en l’état.

Sous pression du FMI et de la Commission européenne la Grèce doit privatiser ses services publics et l’Espagne flexibiliser encore davantage son marché du travail. Même la France et l’Allemagne, qui ne sont pas (encore) attaqués par la spéculation, ont annoncé des mesures restrictives. La situation des finances publiques est pourtant meilleure que celle des États-Unis ou de la Grande-Bretagne, laissant des marges de manœuvre budgétaire.

Selon les « économistes atterrés », « la diminution des dépenses publiques va compromettre l’effort nécessaire à l’échelle européenne pour soutenir les dépenses d’avenir (recherche, éducation, politique familiale), pour aider l’industrie européenne à se maintenir et à investir dans les secteurs d’avenir (économie verte). Globalement, la politique budgétaire ne doit pas être restrictive dans la zone Euro, tant que l’économie européenne n’approche pas une vitesse satisfaisante du plein-emploi. »

La crise va permettre d’imposer de fortes réductions des dépenses sociales. L’objectif, inlassablement recherché par les locataires de la forteresse, au risque de compromettre la cohésion sociale, consiste à réduire la demande effective, à pousser les ménages à épargner pour leur retraite et leur santé auprès des institutions financières, responsables de la crise.

Les gouvernements et les instances européennes se refusent à organiser l’harmonisation fiscale qui permettrait la hausse nécessaire des impôts sur le secteur financier, sur les patrimoines importants et sur les hauts revenus.

Les pays européens instaurent durablement des politiques budgétaires restrictives qui vont lourdement peser sur la croissance. Les recettes fiscales vont chuter. Aussi, les soldes publics ne seront guère améliorés, les ratios de dette seront dégradés, les marchés ne seront pas rassurés. C’est pourquoi il faut aussi dégager les États de l’étreinte des marchés financiers. C’est seulement ainsi que le projet de construction européenne pourra espérer retrouver une légitimité populaire et démocratique qui lui fait aujourd’hui défaut. La refondation de l’Union européenne passera par un accord entre quelques pays désireux d’explorer des voies alternatives.

 

Pour une protection des besoins absolus du plus grand nombre

Pour conclure sur ce chapitre de lectures de l’économie, les propos qui suivent de John Maynard Keynes emporte ma conviction. « Il faut distinguer deux catégories des besoins de l’être humain : les besoins qui ont un caractère absolu en ce sens que nous les éprouvons quelle que soit la situation de nos semblables, et ceux qui possèdent un caractère relatif lorsque leur assouvissement nous place au-dessus de nos semblables ou nous donne l’impression de leur être supérieurs. Les besoins de cette seconde catégorie, ceux qui correspondent à un désir de supériorité, sont peut-être tout à fait insatiables. » [26]

Le raisonnement de John Maynard Keynes nous renvoie aux réalités du moment sur la différence qui existe entre les besoins absolus et les besoins relatifs, entre l’essentiel et le superflu. Pour lui, poursuit-il, « chaque personne aura besoin d’effectuer un certain travail afin de lui donner satisfaction », c'est-à-dire pour ses besoins absolus. « Trois heures de travail chaque jour par roulement ou par semaine de quinze heures peuvent ajourner le problème pour un bon moment ». En effet, poursuit-il, « trois heures par jour font une ration suffisante pour assouvir les besoins de la plupart d’entre nous ! »

Il ne savait pas que les insatiables besoins relatifs qui permettent à leurs adeptes de se sentir supérieurs aux autres, se nourrissent depuis les années soixante-dix, du travail de ceux qui veulent, ou voudraient, assurer leurs besoins absolus. Ils ne savaient pas que les loyers du plus grand nombre consommeraient au-delà des 30% du revenu.

C’est ainsi que le slogan du « travailler plus pour gagner plus » raisonne comme une agression dans la tête de ceux qui ne peuvent pas jouir de ces besoins absolus, que sont le pain, le toit et le travail. Ce grand économiste espèrait dans l’évolution de l’homme et de ses besoins. « Quand l’accumulation de la richesse ne sera plus d’une grande importance sociale, de profondes modifications se produiront dans notre système de moralité. Bien entendu, il y aura encore bien des gens dotés « d’intentionnalité » puissante et inassouvie, qui poursuivront aveuglément la richesse, à moins qu’ils ne sachent trouver un substitut acceptable. Mais nous ne serons plus obligés de les applaudir et de les encourager ».

Il se réjouit de voir se réaliser dans un avenir pas si lointain, « le plus grand changement dans les conditions matérielles de la vie des êtres humains qui se fera graduellement, et non pas en un bouleversement soudain. Le cours de l’évolution tiendra simplement en ce que les classes sociales toujours plus larges et des groupes humains toujours plus nombreux seront délivrés pratiquement de la nécessité économique ». Il estime que la vitesse à laquelle nous pourrons atteindre notre destination de félicité économique « dépendra en partie de notre consentement à nous en remettre à la science pour diriger toutes les affaires qui sont proprement du ressort de la science et le taux d’accumulation tel que le fixera la marge entre notre production et notre consommation ». Il pense qu’un siècle sera nécessaire pour nous mener à la lumière du jour. C’était en 1930 !

Ce n’est pas le chemin ouvert par les locataires de la forteresse qui taisent toutes les informations, qui tuent tous les débats et qui étouffent ainsi la démocratie chère à Emmanuel Todd. Le traitement infligé à notre seul prix Nobel d’économie, Maurice Allais, en est le parfait exemple. Il fut exclut de toutes les tribunes médiatiques et de toutes les colonnes des grands quotidiens, parce qu’il ne portait pas le discours officiel du libre échangisme comme seule solution à tous les maux du monde. Le journal Marianne lui a rendu un hommage le 12 octobre 2010 à l’occasion de sa disparition en rappelant les conclusions fondamentales de son analyse de la mondialisation :

 

Une mondialisation généralisée des échanges entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes ne peut qu’entraîner finalement partout dans les pays développés : chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.

Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, et elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés et de développement économique et social comparable.

• Il est nécessaire de réviser sans délai les Traités fondateurs de l’Union Européenne, tout particulièrement quant à l’instauration indispensable d’une préférence communautaire.

• Il faut de toute nécessité remettre en cause et repenser les principes des politiques mondialistes mises en œuvre par les institutions internationales, tout particulièrement par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Sa vision du protectionnisme intelligent, raisonnable et raisonné, consistait à recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Simple, clair, et tellement évident

Prendre conscience que l’enrichissement des uns se réalise au détriment des autres est un moteur essentiel du changement nécessaire pour que chacun puisse participer aux réponses qui permettent d’assurer les besoins absolus de tous. N’est-ce pas le souci de l’égalité, de la fraternité ? N’est ce pas l’essence même de la République ?

 


 

[1] Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de FO a organisé le 6 février 2007 un colloque sur l’économie à l’attention de tous les militants FO. Animé par le journaliste Laurent MAUDUIT étaient présents ; James K.GALBRAITH Professeur d’économie, Université d’Austin (Texas) ; Xavier TIMBEAU Directeur du département analyse et prévision de l’OFCE ; Emmanuel TODD Ingénieur de recherche à l’INED ; Christophe RAMAUX Maître de conférences en économie Université Paris I ; El Mouhoub MOUHOUD Professeur d’économie, Paris Dauphine ; Jacques MAZIER Professeur d’économie, Université Paris XIII ; Jean-Gabriel BLIEK Economiste ; John EVANS Secrétaire général de la commission consultative syndicale OCDE ; Rainer HOFFMAN Secrétaire général adjoint de la confédération européenne des syndicats.

[2] Extrait de la note de présentation de ce colloque.

[3] Le franc Germinal ou franc-or est une monnaie très stable et accompagne le développement du pays pendant 125 ans, jusqu'en 1928.

[4] Processus de création de règles et de conventions d’échange.

[5] John Maynard Keynes « sur la monnaie et l’économie » Essai publié au lendemain de la crise de 1929 –éditions petite bibliothèque Fayot -1971-p44

[6] Extrait du « manifeste des économistes atterrés » du 1er septembre 2010. Premiers signataires, Philippe Askenazy (CNRS, Ecole d’économie de Paris), Thomas Coutrot. (Conseil scientifique d’Attac), André Orléan (CNRS, EHESS), Henri Sterdyniak (OFCE)…

 

[7] Titulaire d'une maîtrise en droit à Nanterre, Étienne Chouard est enseignant en économie-gestion et droit fiscal, par la suite également professeur d'informatique au lycée Marcel-Pagnol à Marseille. Le 25 mars 2005, il publie sur son site personnel une analyse critique envers le traité constitutionnel européen, se présentant comme un citoyen sans parti, sans étiquette et sans ambitions politiques personnelles.

[8] Seul économiste Français, Prix Nobel d’économie-1988.

[9] Les deux protagonistes principaux de cette conférence ont été John Maynard Keynes, qui dirigeait la délégation britannique, et Harry Dexter White, assistant au secrétaire au Trésor des États-Unis, qui avaient tous deux préparé un plan d'ensemble. Le plan Keynes fut ébauché dès 1941 et préparait un système monétaire mondial fondé sur une unité de réserve non nationale. Il ne sera pas retenu. C’est le dollar qui sera la référence

[10] « Le marché étant incapable de se réguler tout seul, il est nécessaire que l’Etat intervienne dans la vie économique ». Telle est la célèbre thèse de John Meynard Keynes (1883-1946), l’un des plus grands noms de l’économie politique contemporaine. –« Sur la monnaie et l’économie » -Editions Payot et Rivages-2009. Dès 1941, il a participé activement aux accords de Bretton Woods avec Harry Dexter White, assistant au secrétaire au Trésor des Etats-Unis.

[11] « Appel aux Français », dans le journal Marianne n° 659 du 5 décembre 2009 qui n’a été repris par aucun grand média. Il dénonce l’aveuglement de la logique néolibérale et de la libéralisation totale du commerce international. Il plaide pour un protectionnisme éclairé.

[12] J.J. Rousseau : « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes »- 1755

[13] Jean-Gabriel Bliek- Alain Parguez « Le plein emploi ou le Chaos » p 41- éditions Economica 2006. Deux économistes, universitaires spécialistes de Keynes et d’Hayek qui se tournent vers l’élaboration de politiques économiques au regard des dernières évolutions empiriques et théoriques de la science économique.

[14] Emmanuel Todd « Après la démocratie » éditions Gallimard 2008 p25

[15] id

[16] Le monde-1er septembre 2010-« Les profits des groupes du CAC 40 ont bondi de 85% »

[17] article 104 du traité de Maastricht : « Il est interdit à la BCE et aux autres banques centrales des états membres, ci après dénommées « banques centrales nationales » d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des Etats membres ; l’acquisition directe auprès d’eux par la BCE, ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite ».

[18] En France, ce taux d'endettement est passé de 53% à près de 75% entre 2000 et 2008 (rapport entre les crédits et les revenus bruts disponibles, source INSEE).

[19]« Le monde Diplomatique » mai 2010

[20] Source Insee

[21] Bruno Tinel - Maître de conférences à l’université Paris-I (Panthéon-Sorbonne) Franck Van de Velde - Maître de conférences à l’université de sciences et de technologie Lille-I « Le Monde Diplomatique » – juillet 2008

 

[22] Un sondage IFOP pour Paris Match révèle que 71% des personnes interrogées veulent un référendum sur le traité de Lisbonne recyclant la Constitution européenne rejetée en 2005, contre 28% qui le ne souhaitent pas. Sur cette écrasante majorité voulant un référendum, 76% sont des sympathisants de gauche et 66% des sympathisants de droite. A la veille du sommet de Lisbonne du 18 octobre, un sondage Harris Interactive publié à la veille du Sommet de Lisbonne par le Financial Times, avait révélé que 76% des Allemands, 75% des Britanniques, 72% des Italiens et 65% des Espagnols souhaitaient eux aussi être consultés sur la Constitution européenne bis. Mais, comme l'a dit sans rire un journaliste français dans les couloirs du Parlement de Strasbourg : "Pourquoi voulez-vous un deuxième référendum puisque c'est le même texte et que les Français ont déjà dit non ?"

[23] Résultat du Congrès : 560 pour, 181 contre et 167 abstentions ce qui ne correspond en rien au 55% de vote contre exprimé par les Français le 29 mai 2005.

[24] Anne-Marie Le Pourhiet-politologue - professeur de droit public à l'université Rennes-I. Le Monde 12 mars 2005

 

[25] Le Monde du 11 mars 2005-Qui veut de la post-démocratie ?, par Anne-Marie Le Pourhiet - Professeur de Droit Constitutionnel.

[26] Dans The Nation and Athenaeum, 11 octobre 1930

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