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Billet de blog 9 avr. 2022

René Descartes, saint patron des complotistes.

Au pays de Descartes le doute n'est plus permis. Malheur à ceux qui s'interrogent sur les informations qui nous proviennent d'Ukraine.

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La quasi totalité des images et informations qui nous proviennent d'Ukraine sont produites soit directement par l'armée ukrainienne et son gouvernement, soit indirectement par des journalistes "embarqués" sur le porte-bagage .... de l'armée ukrainienne. Le bon sens, chose la mieux partagée au monde selon René Descartes, devrait nous inciter à les prendre avec des pincettes. Pourtant, quiconque ose émettre un doute est immédiatement excommunié dans la complosphère.

Un massacre à Boutcha est parfaitement plausible, toute guerre possède ses crimes. Pourtant la dureté des images ne doit pas éclipser notre Raison car toute guerre engendre aussi son lot de propagandes. Et non, la propagande comme les oligarques (nous en avons aussi) ne sont pas une spécificité russe. Il est ainsi légitime de s'interroger : qu'appelle-t-on un civil dans ce contexte? est-ce une mise en scène? et si le massacre est avéré, est-il commandité par Poutine? les ukrainiens commettent-ils aussi des crimes de guerre? etc...

Mais les inquisiteurs médiatiques ne tolèrent pas que l'on ose douter de leurs conclusions (voir ici). Comme ils ne toléraient pas non plus fin 1989 les discours "déviants" sur l'affaire du faux charnier de Timisoara.  Sur cette histoire, on peut lire sur wikipédia : "L'affaire semble essentiellement due à une compétition des médias entre eux, chacun reprenant l'information du concurrent en l'amplifiant. Le sociologue Pierre Bourdieu a appelé ce phénomène la circulation circulaire de l'information".

Ce crash éditorial n'est pas isolé (voir ici). Les exemples sont légions, surtout lorsqu'il s'agit de préparer l'opinion publique à une intervention militaire : les faux bébés débranchés des couveuses en Irak précipitant la première guerre du golfe en 1990, le faux génocide programmé au Kosovo en 1999 prétexte à l'intervention de l'Otan, les bombardements soit disant imminents de la population libyenne par Kadhafi en 2011 pour justifier l'intervention militaire française et anglaise (*).  A chaque fois, malheur à ceux qui refusent d'hurler avec les loups, montrés du doigt comme s'ils affirmaient que la terre était plate (**).

Et il y a aussi le gros bobard des armes de destruction massive en Irak, relayé dans de nombreux pays pour justifier la guerre américaine de 2003. A première vue, sur ce sujet, l'honneur de nos journalistes français parait sauf. Mais quel aurait été leur discours si la position de Chirac avait été différente? Réponse : le même qu'aux états-unis. Leur objectivité dans cette affaire n'est malheureusement pour eux et pour nous que fortuite.

Nous savons bien que "la première victime dans une guerre, c'est la vérité". Mais les images sont plus fortes. Voilà pourquoi le rationalisme moderne fondé par Descartes n'a plus la cote. A sa place, le marketing émotionnel des publicitaires règne sans partage et façonne les opinions avec une facilité déconcertante. Pauvre Descartes, condamné par la postérité à devenir le penseur des complotistes!

(*) Sur l'intervention en Libye, le parlement britannique lavera en partie son honneur en affirmant en 2016 que :"l'intervention militaire fut fondée sur des postulats erronés, que la menace d’un massacre de populations civiles a été surévaluée et que la coalition n'a pas vérifié la menace réelle pour les civils ; elle estime également que les véritables motivations de Nicolas sarkozy étaient de servir les intérêts français et d' améliorer sa situation politique en France".  

(**) On pourrait ajouter le gazage de Douma le 7 avril 2018 imputé à  Bachar el-Assad. Les preuves paraissent bien maigres même si l'absence de preuves n'est pas la preuve de l'absence. Toujours est-il que les occidentaux avaient averti le régime syrien qu'un gazage déclencherait une intervention militaire immédiate. Sachant cela,  pourquoi -à moins de considérer que comme Poutine cet individu est un dément animé par le mal- Bachar el-Assad aurait-il commis une erreur stratégique aussi grossière? Pour les véritables raisons de cette guerre, et dans l'hypothèse que ce billet vous aura plu, lire Géopolitique à la truelle .

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