Obama s’aperçoit que le pétrole tache

W. ne s'était jamais vraiment remis du passage Katrina. Obama survivra-t-il à sa marée noire?

W. ne s'était jamais vraiment remis du passage Katrina. Obama survivra-t-il à sa marée noire?

Après deux mois de tentatives de réparation infructueuses, quelque 400 millions de litres de brut échappés dans le golfe du Mexique (voir la chronologie ici), et tout un littoral mis au chômage technique, le gouvernement fédéral affronte un événement plus sensible, sinon plus important, que la réforme du système de santé ou la relance de l'économie américaine. Parce qu'il n'y a pas d'élus à retourner ou de fonds fédéraux à injecter. Juste de l'impuissance.

Dimanche 13 juin, conscient d'être arrivé dans une phase critique de son mandat, le président a annoncé qu'il allait passer les journées de lundi et de mardi dans les Etats qu'il n'avait pas encore visité — l'Alabama, le Mississippi et la Floride —, moins pour arrêter la nappe devenue milliard de poches de pétrole s'accrochant aux marécages de la côte au gré du flux et du reflux de l'océan, que pour montrer qu'il se sent concerné, pour panser une plaie analogue à celle qui s'est gangrénée chez son prédécesseur.

Le New York Times relevait, vendredi dans son éditorial, que le sang-froid dont le président tentait de faire preuve et son style, très détaché, passait mal et était perçu comme une marque de désintérêt: «These are matters of competence and leadership. This is a time for Mr. Obama to decisively show both.»

Il devra donc montrer à quel point la situation le préoccupe et a choisi pour cela une procédure exceptionnelle et prononcera, à son retour, un discours à la Nation, très solennel. Faute de pouvoir faire plus que BP contre la marée noire, il annoncera des mesures de dédommagement et probablement de sanction contre le pétrolier. On sait déjà, par exemple, qu'il devrait créer un compte séquestre, qui servira à régler les dommages et intérêts des victimes. Selon le Times de Londres, il serait alimenté par le gel des dividendes du deuxième trimestre estimés à 2 milliards d'euros. Quelques jours plus tôt, Barack Obama avait publiquement dénoncé les 10,5 milliards de dollars — «Je dis bien milliards» — de dividende annuel envisagé par le groupe pétrolier. Une source interne à BP, citée par Reuters, estime que «BP pourrait différer le dividende, le payer en actions ou le placer dans un compte sous séquestre jusqu'à ce que le montant des obligations liées à la marée noire soit plus clair». Ce fonds serait géré par une instance indépendante.

Reste à savoir si cet argent suffira, car le coût total — nettoyage, indemnisation et pénalités de l'administrations, demandes de réparations civiles... — est évalué aujourd'hui entre 10 et 40 fois plus que ces deux milliards d'euros (30 milliards à 100 milliards de dollars). Aux termes du Clean Water Act, l'administration peut exiger une amende de 1.100 dollars par baril de pétrole. Mais si BP est reconnu coupable de négligence grave, la pénalité pourrait monter jusqu'à 4.300 dollars par baril.

Le pétrolier a pour l'instant répondu favorablement à près de 20.000 demandes d'indemnisation jugées «légitimes», pour un total de 53 millions de dollars, soit très loin de ce que pourrait exiger l'administration Obama. Selon Corine Lesnes, le sénateur démocrate Harry Reid fait circuler le chiffre de 20 milliards. Soit une somme inférieure au dommage global, mais de quoi permettre à Obama d'aborder plus sereinement la seconde moitié de son mandat.

Bonus: MSNBC a réalisé une série d'infographies très pédagogiques sur le processus de dégradation naturelle de la nappe (évaporation, houle, bactéries, oxydation, etc.).

 

Pour se faire une idée de l'étendu de la marée noire, ce site permet de transposer sur n'importe point du globe.

merdinfrance.png

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.