Marie-Yemta MOUSSANANG
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Afrotopiques

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Billet de blog 8 oct. 2019

Entretien avec Malcom Ferdinand - Penser une écologie décoloniale

Pour une écologie qui dépasse les fractures environnementales et coloniales de la Modernité, une écologie-du-monde, à la hauteur des enjeux du présent. Penser une écologie décoloniale, une écologie-du-Monde, un entretien réalisé par Marie-Yemta Moussanang.

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Dans cet épisode on rencontre Malcom Ferdinand, philosophe et auteur d’un essai qui vient de paraitre au Seuil, intitulé « Une écologie décoloniale, Penser l’écologie depuis le monde caribéen ».

Malcom Ferdinand propose une conception de l’écologie radicalement en rupture avec son acception dominante. Une écologie décoloniale, une écologie-du-monde.

Par delà environnementaliste et colonialité, il développe un récit qui nous permet de penser la Modernité depuis la perspective des mondes caribéens, un récit qui n’occulte pas l’existence des navires négriers du passé et du présent, des plantations d’ici et d’ailleurs, ni le sort de ceux qui sont dans les cales de ce navire Modernité. Il nous propose un récit qui saisit le Tout-Monde contemporain dans sa complexité, et qui permet de théoriser et problématiser les enjeux du présent autrement.

Ce récit propose une autre compréhension et une autre généalogie de la crise écologique, d’autres références et d’autres figures, et nous permet de comprendre que toutes les destructions sont construites, qu’elles s’inscrivent dans une histoire politique, sociale, économique, culturelle…Ici, celle de notre Modernité occidentale et du monde qu’elle a configuré autour de ce qu’il appelle « un habiter colonial de la terre ».

L’ambition de l’écologie décoloniale, ce n’est pas seulement de changer de récit, de protéger l’environnement, ni seulement de reconnaître les luttes anti-racistes ou anti-esclavagistes, mais bien plutôt d’instaurer un monde. De réparer la double fracture qui sépare les luttes décoloniales des luttes environnementales, pour retrouver la force nécessaire et enfin briser la cale du monde.

Cette écologie décoloniale propose de quitter la plantation et son ère, elle nous permet de voir ce qu’il reste à faire, et à défaire. Elle nous rappelle également que l’écoutille qui sépare le pont de la cale se brise des deux côtés, du côté des libres et des captifs, que l’on a tous du travail, car la Modernité nous a inculqué - à tous - des formes de l’habiter colonial.

C’est un livre passionnant et important qui réussit à tenir ensemble, sans mettre de côté l’exigence de justice. On vous invite vraiment à le lire, parce que l’on a pas eu le temps de parler de tout, et que c’est un essai qui a véritablement le pouvoir de transformer nos imaginaires. Et que l’écologie c’est, aussi, une question d’imaginaire.

Bonne écoute // 

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