Un beau gâchis : bilan de l’épreuve anticipée du Bac histoire-géo en 1ère S

Rédact-eurs/rices : Servane Marzin, Laurence De Cock, Eric Fournier, Vincent Capdepuy, Alexandra Rayzal, Laurent Gayme, Benoît Picherit, Vanessa Mercier, Maryse Broustail

Quelques jours avant de replonger dans le rythme infernal imposé par l’enseignement de l’histoire et de la géographie en 1ère S, le collectif aggiornamento histoire-géographie réitère sa demande urgente d’un allègement du  programme comme de l’épreuve qui le sanctionne, mais cette fois,  bilan à l’appui.

En effet, l’épreuve anticipée d’histoire-géographie pour la série scientifique, tenue pour la première fois en 2012, mais aussi les notes des élèves, ont révélé les aberrations et les incohérences d’un contenu aussi infaisable qu’injuste.

Les sujets tombés dans les centres étrangers n’ont pas permis aux élèves qui avaient travaillé sérieusement d’utiliser leurs connaissances à bon escient. Compositions en marge des thématiques abordées, documents portant sur des cas si singuliers qu’aucune mise en contexte des élèves n’était possible, croquis dont le sujet avait été quasiment exclu par les documents d’accompagnement : trop d’exercices ont piégé des élèves pourtant motivés. Avec trois exercices à réaliser  en 4 heures,  dont seulement un au choix, le découragement a rapidement gagné les salles d’examen, et beaucoup d’élèves sont sortis dépités, voire en larmes[2].  

Pire, la correction des épreuves  a ensuite  eu lieu selon des modalités variables d’une académie à l’autre, sans cohérence d’ensemble, et sans que  les correcteurs ne soient systématiquement alertés ni sur la difficulté du programme, ni sur l’intensité de l’épreuve. Nous avons reçu de nombreux témoignages émanant d’académies différentes. Les réunions d’harmonisation sont loin d’avoir été la règle alors que la situation méritait la plus grande vigilance !  Quand elles ont eu lieu, ces réunions ont révélé à quel point l’épreuve avait trompé élèves et enseignants. Face à des contenus complexes et très variés, abordés dans l’urgence pendant toute l’année, les candidats ont construit des raisonnements  à la hauteur de leurs capacités d’élèves de 1ère. Et les enseignants ont été déboussolés.  Lors de l’harmonisation, les propositions orales de notation d’une copie considérée comme moyenne allaient de 5 à 17 à Versailles, de 4 à 16 à Lille ! Autant dire que sans un suivi constant, la correction promettait d’être aléatoire.

De fait, concrètement, des enseignants  - dont certains n’avaient pas eu de 1ère pendant l’année - ont corrigé jusqu’à 100 copies, sans autre consigne qu’une fiche de 4 pages sommairement remplie. Et si des correcteurs ont dû, à la demande de leurs IPR, faire remonter leurs notes  à mi-parcours - à Nantes ou Dijon par exemple‑  d’autres ont corrigé sans aucun encadrement. Dans de trop nombreuses académies, l’Inspection ne s’est même jamais préoccupé des notes avant leur saisie définitive par les centre d’examen, c’est-à-dire trop tard.

Les enseignants de 1ère ont alors reçu des nouvelles de candidats écœurés, très déçus par des notes bien éloignées de leurs résultats annuels, avec le sentiment d’un incontestable gâchis. Malgré leur intérêt pour la discipline, souvent conforté par des moyennes solides durant toute leur scolarité, des élèves se retrouvent avec un 4, un 6, un 7 à l’examen. 20% des 7700 inscrits à l'épreuve d'Histoire-Géo du bac 2012 ont obtenu moins de 6/20 dans l’Académie de Toulouse ! Des parents en colère envisagent collectivement des recours administratifs. Dans certains lycées où les classes de section scientifique ne regroupent pas forcément les meilleurs élèves mais ceux qui peinent dans les matières littéraires, certains candidats cumulent désormais un handicap très important dans les épreuves anticipées ; dans quel état d’esprit entament-ils leur Terminale ? Faut-il convaincre ces élèves de s’inscrire dans l’option histoire-géographie si « valorisante » comme on nous le demande ?

Le bilan est d’autant plus amer que l’Inspection générale, après une période de long silence,  a multiplié interview et réunions pour apaiser les craintes des enseignants et assurer de la mansuétude des consignes de correction.

A l’inquiétude de la rentrée dernière, régulièrement alimentée par les discussions sur l’avancement du programme et par les rencontres académiques, l’Inspection a constamment répondu de manière légère, sous estimant la difficulté, puis ignorant les risques lors de la correction.

Aujourd’hui, on nous dit que la session anticipée de 2013 est probablement la dernière : pourquoi s’en préoccuper ? Mais la moitié des élèves de 1ère générale passeront cette épreuve.

Nous réitérons donc avec la plus grande force notre demande d’un allègement du programme et de l’épreuve anticipée, faute de quoi  la session de 2013 ressemblera hélas à celle de 2012.

 

 

 


 

[2] Les sujets sont visibles ici : http://langlois.blog.lemonde.fr/2012/06/20/sujets_2012/

 

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