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C'est un ouvrage inédit. Le fruit de quatre années d'enquête à partir de près de 7000 récits d'élèves de 11 à 18 ans. Et les résultats devraient permettre de ne plus spéculer ni sur le roman national ni sur les (mé)connaissances des élèves.

Du moins si l'on fait pacte de bonne foi.

L'initiative de l'enquête revient à Françoise Lantheaume, Professeure en Sciences de l'éducation à l'Université Lyon 2 et Jocelyn Letourneau, Professeur d'histoire à l'Université de Laval au Québec. Ce dernier avait déjà, entre 2003 et 2013 récolté près de 3000 récits de jeunes entre 15 et 20 ans sur l'histoire du Québec. L'enquête avait donné lieu à la publication d'un ouvrage : Je me souviens ?.

Du côté français, et notamment au sein du laboratoire ECP (Education, Cultures et politiques) de l'Université Lyon 2, et de l'INRP (Institut National de la Recherche Pédagogique) devenu IFE-ENS en 2009 (Institut Français d'Education, Ecole Normale Supérieure), les question du récit national, du socle commun et des questions controversées avaient nourri une précédente recherche entre 2006 et 2011. L'apport de ces recherches sur l'école est de ne pas se focaliser uniquement sur la source (les prescriptions scolaires), mais de s'appuyer sur des enquêtes basées sur des entretiens et observations, afin de quitter l'unique terrain polémique des intentions et de donner à voir la réalité des pratiques de classes (pédagogies enseignantes et apprentissages des élèves).

C'est de ces intérêts communs qu'est né ce projet dirigé par Françoise Lantheaume de transposer dans d'autres pays l'enquête québecoise, et d'interroger ainsi la production de récits nationaux par les élèves.

Une équipe de chercheurs/ses et enseignant.e.s du Secondaire associé.e.s est constituée et lance le recueil des récits sur des établissements couvrant plusieurs académies de France métropolitaine, mais aussi l'Outre-Mer, la Suisse et la Catalogne, et l'Allemagne, ceci dès 2011.

Il faut avoir participé à ce type d'enquêtes pluridisciplinaires et collectives pour mesurer le travail titanesque, invisible (et parfois ingrat) que représente une investigation scientifique de telle ampleur. Recueil, codage, traitements, grilles d'interprétations etc. , des pré-requis  bien éloignés des éditos ou essais rapides qui souvent ciblent et accablent l'école sans autre étayage scientifique que de simples intuitions.

De ces récits, nous avons tiré des interprétations qui révèlent les implicites de l'apprentissage de l'histoire qu'avaient déjà travaillé des didacticiens avant nous (je pense notamment aux travaux injustement méconnus par les enseignants de Nicole Lautier) ; la place occupée par l'école dans l'apprentissage de l'histoire au côté d'autres canaux de transmission du savoir historique, les profils des personnages historiques mobilisés par les élèves, l'importance d'une mythologie nationale, la centralité de la guerre etc.

Je ne livrerai pas plus avant les résultats de cette longue enquête, il faut faire vivre cet ouvrage et qu'il devienne une base de toute réflexion préalable et sérieuse  sur l'histoire à l'école.

Qu'il soit également une impulsion d'autres recherches à venir car le chemin est encore long. Ces récits sont des mines pour la recherche en Sciences de l'éducation, pas simplement en histoire. On y décèle le rapport à l'écrit, à l'imaginaire (à la poésie parfois), ou encore au politique des enfants et adolescents aujourd'hui.

Parce que les micro-trottoirs ou sondages rapides révèlent les angoisses des adultes contemporains mais ne disent pas grand chose de ce que les jeunes acceptent, comprennent et restituent de leur vision du monde passé, présent et à construire.

Voici la liste des personnes impliquées dans la recherche et ayant participé à l'ouvrage :

Françoise Lantheaume, Jocelyn Letourneau, Bruno Garnier, Vincent Chambarlhac, Valérie Fontanieu (statisticienne hors-catégorie!), Eglantine Wuillot, Benoît Falaize, Stéphane Clerc, Angelina Ogier, Raoul Lucas, Sebastien Urbanski, Charles Heimberg, Peter Carrier, Neus Gonzales, Antoni Santisteban Fernandez, Stéphane Guesnet, Valérie Opériol, Alexia- Dimitra Panagiotounakos, Laurence De Cock

Et l'accès au sommaire

On ne dira jamais assez l'importance de connecter plus avant le monde de la recherche sur l'école avec le terrain.

 

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Tous les commentaires

Pas étonnant, on sait bien que les toponymes peuvenr, au gré de l'histoire, être remplacés par des patronymes, et vice-versa ...

Ce n'est pas du "savoir" à mémoriser seulement, c'est l'une des tendances lourdes de l'histoire de l'humnité, dont il faut tenir compte, et dans les pratiques, et dans les études.