Billet de blog 20 sept. 2014

L'école est-elle une fabrique de djihadistes?

Si vous avez sursauté à la lecture de ce titre, c’est que votre cerveau réagit encore sainement aux messages à haute teneur islamophobe ainsi qu’à la bêtise. C’est pourtant à titre d’expert, et pour répondre à cette question si perverse et dangereuse qu’Europe 1 a cru bon d’inviter l’auteur de livres historiques à succès Dimitri Casali, comme il s’en enorgueillit sur sa page Facebook.

Laurence De Cock
Professeure d'histoire-géographie
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Si vous avez sursauté à la lecture de ce titre, c’est que votre cerveau réagit encore sainement aux messages à haute teneur islamophobe ainsi qu’à la bêtise. C’est pourtant à titre d’expert, et pour répondre à cette question si perverse et dangereuse qu’Europe 1 a cru bon d’inviter l’auteur de livres historiques à succès Dimitri Casali, comme il s’en enorgueillit sur sa page Facebook.

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Vérification faite auprès de l’émission de Wendy Bouchard à 13h30 jeudi 18 septembre, il ne s’agissait pas de la responsabilité de l’Ecole mais de celle de la France…On en déduira donc que Dimitri Casali est désormais à la fois expert en école et en France.

 De fait, la première question qui lui est posée par la journaliste, qui va certainement chercher son inspiration chez ses confrères de Valeurs Actuelles  fut bel et bien de savoir si l’école avait une responsabilité dans la formation de jeunes Djihadistes. Dimitri Casali qui vient de sortir son enième ouvrage dénonçant la décadence de l’enseignement de l’histoire - ouvrage que la journaliste trouve formidable -  saisit alors la perche qui lui est tendue pour expliquer, à qui ne l’avait pas encore bien compris, qu’à force d’enseigner que la France s’est vautrée dans l’erreur (collaboration, colonisation), les jeunes se sont mis à détester cette terre d’accueil et que c’est donc normal qu’ils aillent attaquer l’Occident au nom de l’islam.

 Devant un raisonnement d’une telle intensité, on pourrait rester  béat d’admiration et de gratitude. Il est en effet tout à fait jubilatoire pour nous, professeurs d’histoire-géographie, d’imaginer cette puissance prométhéenne qui nous anime, ce pouvoir incommensurable de décider du sort de la géopolitique contemporaine, de programmer croisades et apocalypses en se contentant de poser  sur chaque pupitre  un manuel sulfureux d’histoire ;  sorte de grimoire de magie noire conçu dans le plus grand secret par les forces occultes du ministère (voire par un mystérieux émir du Qatar) pour programmer la mort de la civilisation occidentale.

 Heureusement donc, Europe 1 a pris jeudi dernier à bras le corps sa mission civilisatrice, faisant même passer le journaliste du Figaro, Guillaume Perrault en face de Dimitri Casali pour un dangereux gauchiste ; journaliste que je remercie au passage pour ses propos raisonnés.

Mais tout de même, Dimitri Casali a eu le temps d’y asséner à quel point l’enseignement de l’histoire devrait avoir pour vocation de développer un nationalisme débridé, et non de donner une mauvaise image de la France ; reprenant chacune de ses antiennes que nous avons déjà trop décryptées, dégainant son Romain Gary, ses formules à l’emporte-pièce, suintant une fois encore de toute sa suffisance alimentée par la déférence journalistique.

Et à chaque fois nous sommes nombreux-ses à hésiter entre les rires et les larmes devant le tapis rouge fait à l’indigence de la pensée ; jusqu’à ce que s’impose tout de même l’évidence que, dans ce contexte de Vague brune, une étape a été franchie : il ne s’agit plus donc de donner simplement – et c’est déjà trop – la parole aux représentants de l’extrême-droite ; c’est elle qui désormais dicte les sujets traités par certains médias.

Au risque d’abuser d’un ton par trop solennel et ronflant, je déclare aujourd’hui qu’en tant que citoyenne s’acquittant légalement de ses devoirs, attachée à la démocratie, à une société juste et ouverte aux différences, à l’égalité des droits de toutes celles et tous ceux qui vivent dans ce pays quelles que soient leur religion et leur couleur de peau, à la nécessité d’une presse indépendante, à l’école publique, à l’éthique professionnelle des enseignants et chercheurs,  J’en appelle  au CSA pour une condamnation officielle de ces dérives toujours plus nombreuses du champ médiatique qui ouvrent la porte à la fascisation de la société française, et je demande à toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans cet appel, de bien vouloir le relayer.

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