Bonimenteur... Mais de qualité !

Les nuits furent tellement courtes ces derniers temps pour la citoyenne qui veut s’intéresser aux transformations de son pays, que j’ai eu envie de vous raconter l’intermède capté ce jour sur la Chaîne Parlementaire. Certes, cela ne fera pas le buzz de l’internet mais justement c’est un peu notre rôle, aux quelques « sentinelles » de la République que nous sommes.

Les nuits furent tellement courtes ces derniers temps pour la citoyenne qui veut s’intéresser aux transformations de son pays, que j’ai eu envie de vous raconter l’intermède capté ce jour sur la Chaîne Parlementaire.

Certes, cela ne fera pas le buzz de l’internet mais justement c’est un peu notre rôle, aux quelques « sentinelles » de la République que nous sommes.

Vendredi 18 juillet, 11h00, quelques élus débattent, pied à pied si je puis dire, sur le temps de travail. Et tel ou telle, de l’opposition, défend son amendement, le ministre argumente généralement contre, le rapporteur de la commission concernée le réfute et bien sûr, au vote à main levée, il n’est jamais adopté.

C’est à ce moment que se produit l’interlude salvateur de quelques minutes, ranimant un débat qui commençait à devenir monotone à force d’observer des défenses argumentées de la part de l’opposition souvent avec panache d’ailleurs (il faut écouter Martine Billard, Députée « Verts ») suivies des explications par le ministre (Xavier Bertrand) qui n’a pas son pareil pour expliquer des propositions a priori séduisantes, voire d’en accentuer certaines pour tromper son public. Sauf qu’ici il s’exprime devant des personnalités maîtrisant suffisamment le sujet et le verbe pour lui démontrer le caractère illusoire de ses dispositions qui ne vont que dans un sens : toujours stigmatiser l’autre, voire faire plier l’échine au plus faible.

Avant de se rasseoir, et après avoir défendu son amendement, une députée du groupe CRC conclut en disant au ministre « qu’il a tout d’un bonimenteur comme on dit chez elle » et rajoute avec un sourire mais un « bonimenteur de qualité ».

Si le ministre reste impassible sur son banc, c’est l’effervescence dans l’hémicycle (pas la révolution, il y a moins d’élus que de publics invités) : le rapporteur s’indigne : « comment ? Traiter Monsieur le Ministre de bonimenteur… Devant justement ces jeunes publics, mais que vont-ils penser de nos institutions ? Une élue UMP intervient et s’en prend aussi à l’irrévérencieuse au prétexte qu’elle n’aurait rien compris à son argumentation sur l’amendement précédent quant à sa proposition de travailler le dimanche. Et de nous relater les « nombreux témoignages de femmes, reçus par mail, par courrier, dans sa permanence » suppliant presque pour obtenir cette faveur dès l’instant que « ces mamans auraient deux jours de repos qui leur permettraient de mieux s’occuper de leurs enfants, le mercredi notamment ». [ndlr] ces deux jours de repos compensateur ne seraient pas consécutifs…. Il ne faut quand même pas exagérer !

Puis intervient M. Mélenchon sur le même amendement et pour calmer le jeu, notamment côté majorité où l’indignation se fait bruyante : « vous n’avez qu’à retenir le terme de qualité… » et d’appuyer un peu plus, en répétant «un bonimenteur … de qualité ».

 

 

Après tout il a raison le sénateur Mélenchon, « boniment » n’est pas un gros mot puisqu’il caractérisait déjà au XVIIIème siècle un propos « dont l’objectif était de plaire, de convaincre et/ou séduire, donc de faire baisser la vigilance ».
Hors n’est-ce pas ce que nous propose ce gouvernement ? Dans sa réforme « Le Temps de Travail » tout comme Robert-Houdin dans son livre « Comment on Devient Sorcier ? », le mot « boniment » devient un mot technique de l’art des magiciens (Robert-Houdin/Xavier-Bertrand). En effet, pour expliquer le tour que ce gouvernement est en train de préparer aux travailleurs (et travailleuses comme dirait Arlette), aucun mot de la langue française n’est adapté : ni discours, ni sermon, ni narration mais tout simplement une fable « destinée à donner à chaque tour d’escamotage l’apparence de la vérité » […] le boniment doit persuader, convaincre, entraîner. Ardente improvisation, préparée de longue main et souvent revue et corrigée par l'usage, le boniment doit atteindre les dernières limites de l'éloquence, éblouir le public par un étalage de phrases sonores et emphatiques [...] Mais que verra-t-on chez vous ? Allez-vous demander. Ce que vous verrez, messieurs, c'est ce qui n'a pas de précédent et n'aura jamais d'imitation. Ce que vous verrez, ce sont des merveilles, des impossibilités, des miracles enfin ! Le détail en est indescriptible. Je vous dirai seulement : entrez, et vous serez non seulement satisfaits, mais ivres de joie, transportés d'admiration, abasourdis ».

Ben non ! Impossible d’entrer pour l’instant. L’Assemblée-Nationale-la-Chaîne-Parlementaire reprend l’antenne et me donne rendez-vous dans l’après-midi pour un prochain spectacle, afin d’examiner d’autres amendements de cette réforme sur le temps de travail avec une autre voix monocorde d’un autre président de séance mais débitant la même litanie : passons à l’amendement n° XXXX, est-il défendu ? Oui Mme ou M. Untel vous avez la parole… avis du Gouvernement…avis du rapporteur…nous allons voter : qui est pour, qui est contre… l’amendement est refusé !

 

 

 

Spectacle affligeant que de voir ce jeu de dupes où une petite dizaine de personnes décide du sort de millions d’autres. Dans mon esprit tout se brouille, même les sens du mot « boniment » : vanter sa marchandise, parler d’abondance pour séduire, raconter des sornettes, bluffer, mentir, embobiner…

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