Le Niglo facétieux

Le niglo © Ricardo Le niglo © Ricardo

 

Molière, qui connut la vie nomade des comédiens, qui parcourut la France en dressant ça et là les tréteaux de sa troupe, qui admirait les saltimbanques italiens, voyageurs infatigables de la comédie de rue, attribuait au rire une vertu cathartique propre à guérir l'homme de ses petits et grands travers. L'humour est un don partagé entre tous les humains et l'on regrette que ces derniers n'usent pas plus largement de cette arme à désarmer les fâcheux. On voit d'un tout autre œil grands seigneurs et puissantes zélites, quand on refuse de prendre ces mecs au sérieux tout en maniant, avec la même verve, la décapante autodérision. Si le monde est un théâtre, sachons y jouer notre rôle avec le gai panache de qui ceux qui ont conscience de la brièveté de l'existence et de la fragilité de la condition humaine.

Mais l'ambiance aujourd'hui, comme elle le fut à la fin du règne du roi Louis le quatorzième qui s'appelait lui-même soleil et sombra dans la nuit de l'austère bigotisme, n'est pas à la franche rigolade. Pourtant, rien de mieux que la satire et la fantaisie pour rétablir entre les hommes et les femmes qui partagent un même destin des liens que l'ont croyait rompus et les aider à mieux se comprendre.

 

Les métiers traditionnels © Ricardo Les métiers traditionnels © Ricardo

Un voyage à travers l'humour tsigane, c'est l'expérience singulière que propose le dessinateur Ricardo dans un livre (presque) tout en images : Le Niglo facétieux. Le niglo est ce hérisson, animal symbole des Manouches, des Roms et des Sinté, sous les traits duquel Ricardo campe les gens qui l'entourent et qu'il aime. Composé en onze thématiques, l'album aborde les sujets graves comme les plus légers, en gardant toujours un esprit subtil, narquois sans aucune méchanceté. 

 

 © Ricardo © Ricardo


Le lecteur découvre les particularités des communautés tsiganes à travers l'Europe, les petits métiers traditionnels, l'importance de l'art, de la musique, de la danse, et se souvient des terribles souffrances infligées aux Gitans à travers l'histoire jusqu'à nos jours. Ricardo se joue des lieux communs et des idées toutes faites, dresse un portrait mordant du gadjo et du pandore, dessine des scènes de la vie quotidienne pleine de tendresse et de gaîté, célèbre l'amitié et la liberté. 

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Et nous nous rappelons soudain que c'est avec une troupe de danseurs « Egyptiens » c'est à dire Gitans, que dans la dernière comédie de Molière, Béralde l'honnête homme cherche à guérir son acariâtre frère de sa maladie imaginaire et de sa vraie folie.

 

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  Ricardo, Le Niglo facétieux, éditions Wallada (2012)

 (j'ai reproduit comme j'ai pu quelques images pour donner une idée du livre et je prie l'auteur de m'excuser pour le résultat médiocre qui ne reflète pas la qualité de son travail.)

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