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Billet de blog 3 mars 2013

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Stephen Dau, Le Livre de Jonas

Stephen Dau est l'auteur du Livre de Jonas, paru aux USA en mars 2012, traduit dès cette année chez Gallimard. Son roman est centré sur Jonas, né Younis quelque part au Moyen-Orient, dans un ailleurs de sable et de sang qui n'est pas sans évoquer l'Irak et l'intervention militaire américaine. 

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Stephen Dau est l'auteur du Livre de Jonas, paru aux USA en mars 2012, traduit dès cette année chez Gallimard. Son roman est centré sur Jonas, né Younis quelque part au Moyen-Orient, dans un ailleurs de sable et de sang qui n'est pas sans évoquer l'Irak et l'intervention militaire américaine. 

Jonas a 15 ans et il a tout perdu, sa famille, ses amis, son enfance. Il accepte la proposition d'une association humanitaire et quitte son pays pour trouver refuge en Pennsylvanie. Il y fait l'expérience de la différence, de deux cultures que tout sépare, subit des questions incessantes sur le traumatisme de la guerre : "Cela fait quoi de tout perdre ?". Jonas a beau être, d'abord, un écolier brillant, il demeure Younis, l'enfant qui a vu massacrer sa famille et les habitants de son village, l'enfant qui a été sauvé par un militaire américain, Christopher. Les souvenirs et images remontent par bribes et fragments, Jonas / Younis est hanté par les souvenirs de sa vie là-bas. Peut-on reconstruire sa vie sous un nom d'emprunt, échapper à ses démons ? Puis Jonas croise Rose Henderson, la mère de Christopher, qui se bat pour savoir ce qu'est devenu son fils, porté disparu. Les souvenirs se précipitent, affronter son passé devient inévitable.

Le premier roman de Stephen Dau est impressionnant de maîtrise narrative, tout entier construit sur des "peut-être" obsédants, quand les souvenirs vous hantent et vous fuient, invivable paradoxe. C'est aussi un texte qui interroge la guerre — pas dans la condamnation facile ou la théorie surplombante mais dans le récit des blessures intérieures, des failles indélébiles — et ses conséquences sur les populations impliquées dans le conflit, au Moyen-Orient comme aux USA.

Stephen Dau, qui vit désormais à Bruxelles, a accepté de répondre par mail à mes questions. Il revient sur l'inspiration de ce roman, les questions qu'il soulève et les raisons qui l'ont conduit à quitter les Etats-Unis. L'interview a eu lieu par mail en début février (vous pouvez la retrouver en version originale ici). Merci à Dominique Bry de l'avoir intégralement traduite.

Le Livre de Jonas est votre premier roman. Quelle en a été l’inspiration ?

Comme pour beaucoup de romans, l’inspiration a été diverse. Elle est en partie liée au fait que j’ai, pendant un moment, travaillé avec des gens qui avaient vécu durant une guerre. Et j’étais donc intéressé par l’impact de la guerre a sur la population et par la manière dont on y répond. Et je me souviens d’un incident précis, une conférence de presse de George Bush en 2003, juste après l’invasion de l’Irak. Un des journalistes lui a demandé combien de civils innocents avaient été tués jusque-là. Il a regardé l’homme qui lui avait posé cette question et a dit, « Oh, je crois que c’est à peu près 30 000 » comme s’il donnait le score d’un quelconque événement sportif. Je me souviens m’être dit, « quelqu’un doit dire une de ces histoires ». Depuis c’est allé bien plus loin encore.

Mais la réponse à cette question a provoqué une réaction viscérale en moi. Ce n’était pas seulement en raison de cette remarque. Mais de l’absence totale de prise en compte de ce que la guerre coûte en termes humains — pas seulement de la part de Bush mais, semblait-il, de celle de la majorité des Américains. D’avoir cette petite expérience avec des personnes ayant vécu cela, dans un contexte différent, m’a fait penser qu’il fallait en parler et explorer tout cela. Quand vous prenez la décision d’entrer en guerre, vous prenez une décision qui va affecter, dans ce cas précis, littéralement, des millions de vies. Vous ne pouvez pas le prendre à la légère. Et j’ai trouvé qu’à ce moment-là, c’était pourtant le cas.

Vous n’êtes pas sans ignorer que beaucoup de livres ont été publiés cette année, ayant trait à la guerre en Irak (Yellow Bords, Fin de mi-temps pour Billy Lynn, Fobbit, Mission accomplie). Comment expliquez-vous cet intérêt ?

Dans les dernières décennies ont paru beaucoup de livres de non-fiction sur les conflits récents et il y a quelques années est sorti un magnifique livre de poésie Here, Bullet de Brian Turner mais il n’y a pas eu de fictions à proprement parler jusqu’à maintenant. On peut citer The Submission (Un concours de circonstances, L’Olivier, 2012) d’Amy Waldman, et quelques très bons livres d’auteurs pakistanais tels The Wasted Vigil (La Vaine attente, Seuil, 2009) de Nadeem Aslam et The Reluctant Fundamentalist (L'Intégriste malgré lui, Denoël, 2009) de Mohshin Hamid. Mais peu d’auteurs, et plus précisément peu d’auteurs américains, se sont attaqués au sujet. Je crois que cela tient au fait qu’écrire un roman prend du temps. Mais je pense aussi que désormais que le phénomène va s’amplifier. L’Amérique n’a même pas commencé à parler de ce qu’elle a fait ces dernières années. Emotionnellement, le pays ne s’est pas encore livré. Mais nous allons devoir affronter les conséquences de nos actes pour longtemps.

Tree of Smoke (Arbre de fumée, 10/18, 2010) de Denis Johnson, qui portait sur le Vietnam, a paru il y a cinq ans seulement, presque trente-cinq ans après la fin de la guerre. La guerre en Afghanistan est aujourd’hui la plus longue guerre de l’histoire américaine, et la guerre en Irak a fait un très grand nombre de victimes – qui sait d’ailleurs exactement le nombre de victimes non américaines parce que l’Amérique ne tient pas ce type de statistiques. J’ai eu connaissance d’estimations allant de 1200 à près d’un million… Nous devrons affronter cela pendant des années, probablement sur plusieurs générations, à la fois sur notre territoire et à l’extérieur. Et notre fiction devra refléter cette réalité.

L’action de votre roman se déroule dans un pays sans nom. Il s’agit peut-être de l’Irak – vous mentionnez le mot « haji » utilisé durant la guerre – mais c’est aussi la terre de n’importe quelle guerre. Pourquoi cette ambiguïté, ce brouillage ? Est-ce une manière de rendre votre roman plus allégorique, plus universel ?

Il y sûrement deux raisons qui m'ont poussé à laisser le pays d’origine de Jonas incertain. L’une d’elle est purement pratique : je ne connaissais pas suffisamment les lieux pour y planter un drapeau dans le sol et dire « voilà d’où est originaire Jonas ». A moins que vous ne connaissiez très bien l’endroit dont vous voulez parler, tous ceux qui y sont allés, tous ceux qui y vivent encore auront inévitablement plus d’informations que vous. Particulièrement des endroits que vous n’avez fait que visiter. Vous devez être exact, particulièrement juste, et je ne connaissais pas assez un endroit pour atteindre ce degré d’exactitude et de précision. La seconde, et sûrement la plus importante, est que cette histoire aurait pu arriver n’importe où, dans plusieurs endroits. Et ne pas dire précisément où elle s’est déroulée est une manière d’induire une certaine universalité.

JG Ballard a écrit qu’aujourd’hui « le rôle de l’écrivain est superflu. Il n’a pas besoin d’inventer, d’imaginer une fiction parce qu’elle est déjà là ». Etes-vous d’accord avec cette idée ?

Je pense que Ballard parlait spécifiquement de la manière dont la publicité s’est emparée d’une grande partie de la vie publique et comment les mass médias essaient, dans des buts exclusivement économiques, de créer leur propre réalité narrative, leur propre fiction pour mieux nous les faire acheter. En conséquence, nous sommes donc constamment entourés par ces histoires inventées, qui ont été créées pour des motifs cachés. Dans ce contexte, avec ce cadre de référence réduit, je suis probablement d’accord avec lui, même si je ne suis pas sûr (je viens juste de lire l’interview d’où est tirée cette phrase) qu’il voulait que ce soit pris à la lettre. Mais peut-être le voulait-il.

Je pense que le rôle de l’écrivain, au sens large, est de raconter de bonnes histoires, de créer des expériences de lecture qui peuvent transformer le lecteur. Parce que les êtres humains sont des conteurs par nature, je doute fort que ce rôle puisse disparaître. Je pense (et je l’espère aussi) que Ballard serait d’accord avec moi.

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Vous n’avez jamais décrit directement la guerre. Nous la découvrons à travers le journal de Christopher, les mémoires de Jonas ou les coupures de presse. Comment expliquer ce choix ?

Cela provient de la difficulté de mettre le lecteur face à une réalité extérieure. Chacun filtre la réalité à travers sa propre lentille, son angle personnel, et c’est particulièrement vrai dans le cas d’événements traumatiques ou difficiles. Les policiers américains disent que si vous interviewez vingt témoins d’un même crime, vous aurez vingt versions différentes de celui-ci. Avoir différents points de vue dans le livre était pour moi un moyen de refléter ce fait. La réalité objective change et se tord selon l’angle sous lequel on la regarde, selon qui la regarde. Deux personnes n’ont pas les mêmes souvenirs d’un même événement et ils ont chacun leurs propres justifications de leurs actes.

Les trois principaux personnages sont un garçon étranger (Jonas), un soldat américain (Christopher), et la mère de ce dernier (Rose). Etait-ce important pour vous de monter chaque côté de la guerre ?

C’était absolument vital pour moi que le principal point de vue ne soit pas américain. Nous connaissons déjà le point de vue américain. Nous pouvons dire beaucoup de choses sur les guerres que l’Amérique a menées ces dix dernières années, mais une chose que nous ne pouvons pas dire est que nous manquons d’un regard américain sur celles-ci.

Ce qui ressort de la liste des fictions que vous avez mentionnées c’est que chacun de ces livres approche les guerres d’un point de vue américain. Ce sont des guerres qui ont été menées en dehors des Etats-Unis et 90 % des pertes ont été non-américaines. (D’ailleurs, c’est ce que je trouve si effrayant : le fait que le grand nombre de soldats occidentaux blessés ou tués là-bas ne représente qu’un ou deux pour cent du nombre total des victimes de ces guerres). Alors, il m’est apparu que je devais raconter cette histoire dans une perspective dominante non-américaine. Mais il était aussi fondamental pour moi de raconter une histoire américaine, avec les pertes et les conséquences à long terme dans le paysage américain pour les années à venir. Donc, ne pas incorporer un point de vue américain aurait été injuste. J’ai essayé de raconter une histoire qui honorerait les deux camps.

Une organisation caritative envoie Jonas vivre chez les Martin, une famille évangélique en Pennsylvanie. De nombreux passages de votre livre – ceux montrant les réactions des Américains – sont très critiques. Pourquoi ?

Je ne pense pas être seulement critique. Beaucoup d’Américains du livre essaient d’aider Jonas, et il le font plutôt bien. Mais il ne peuvent pas savoir par quoi il est passé, et ils essaient de l’aider comme ils le peuvent. Je suppose que l’on peut dire qu’ils agissent sans comprendre. Et je suppose aussi que cela plaide en la faveur du fait que cela fait partie d’un tout, d’une histoire plus globale, plus large.

Votre roman est très fragmenté. Nous découvrons un récit au fil des mémoires de Jonas ou quand nous lisons comment Rose essaie de comprendre ce qui est arrivé à son fils, il y a le journal de Christopher… Etait-ce un moyen pour vous de dire combien il est difficile de s’en tenir à un seul point de vue, ou une seule vérité, pour parler de quelque chose de si complexe ? Est-ce pourquoi vous n’avez pas écrit un récit linéaire ?

Une fois encore, ce choix est dû à des considérations pratiques et esthétiques. Le trauma est une expérience fragmentaire et ceux qui ont vécu cela ont souvent vu leurs vies divisées, leur conscience, leur psychisme séparés en différents compartiments, comme un moyen de supporter le traumatisme. C’est un réflexe de survie, une manière de séparer la source du trauma, pour le vivre ou l’ignorer plus facilement. Raconter ainsi cette histoire m’a semblé la bonne manière d’illustrer cela.

D’un point de vue pratique, je suis plutôt bon pour raconter des début et écrire des fins, mais j’ai plus de difficultés pour raconter le milieu… J’ai donc écrit un livre entierement composé de petites sections de débuts et de fins. Ce qui a eu pour effet de créer une structure narrative fragmentée. Je plaisante à moitié en disant ceci.

Votre roman est délibérément ambigu et aussi très critique sur la manière qu’ont les USA de considérer la guerre : vous parlez d’une « soif expansionniste », vous dites que toute l’attaque d’un village était une erreur. Vous définiriez-vous comme un écrivain politiquement engagé ?

Je ne me considère pas comme quelqu’un de particulièrement politique. Je ne suis pas impliqué dans un parti, ni en Europe ni aux USA. Et je pense que si vous écrivez de la fiction dans le but explicite d’avancer des idées politiques, le roman ne sera pas très bon. Mais je pense aussi que si vous êtes honnête dans votre écriture, cela peut avoir parfois comme effet d’être pertinent d’un point de vue politique.

Vous analysez aussi la manière qu’ont les Etats-Unis de vouloir tout comprendre et tout catégoriser. La fiction est-elle un moyen d’échapper à cette rationalité froide ?

Les Américains sont extraordinairement doués pour catégoriser les gens. Soldat. Mère. Terroriste. Dans le discours public, ces libellés s’appliquent pour empêcher les gens de penser. Nous sommes poussés à croire que si nous pouvons catégoriser quelqu’un, nous pouvons cerner immédiatement sa personnalité profonde. La catégorie devient un raccourci et ce processus est une forme de déshumanisation. Pour raconter cette histoire, il m’a semblé important d’essayer d’humaniser à l’inverse tous les aspects de celle-ci. De briser ces étiquettes et utiliser différents points de vue m’a semblé une bonne manière de procéder pour y arriver.

Page 111 vous écrivez : « Cette histoire est différente. Chaque histoire est différente. Mais elles partagent toutes le besoin d’être racontées, d’être entendues, et Rose sait comment les écouter. Elle sait que ces vides sont nécessaires, qu’ils signifient quelque chose, et qu’ils sont presque aussi importants que l’histoire elle-même. » Etes-vous d’accord avec l’idée que cette phrase définit entièrement le projet et l’écriture du Livre de Jonas ?

L’importance fondamentale du lecteur – ou dans ce cas, de celui qui écoute – dans l’histoire, je pense, définit n’importe quel projet d’écriture. Quand vous écrivez, vous vous mettez littéralement à la place du lecteur pour construire la trame. Les manques de l’histoire, ce qui n’est pas dit, le lecteur les remplit avec sa propre expérience. Pour aller plus loin, et c’est valable pour n’importe quel art, l’écriture dépend de son lectorat. Un film est toujours un film, même si la salle est vide, et une peinture peut être exposée dans une galerie vide. Mais un livre, ce sont seulement des feuilles de papier collées ensemble jusqu’à ce qu’un lecteur décide volontairement de le lire. L’expérience naît de l’état d’esprit du lectorat.

Vous avez travaillé à la reconstruction après-guerre. La fiction est-elle un moyen de prolonger ce travail ?

Travailler à la reconstruction a certainement influencé mon livre, principalement en me permettant de parler de choses pragmatiques, les effets immédiats de la guerre sur les gens. Après être allé à Sarajevo, je ne pouvais plus regarder les gens dans les reportages, aux actualités comme des figures abstraites. C’est probablement pour cette raison naturelle que j’ai commencé à écrire sur eux. Mais je ne veux pas appeler mon roman une extension de ce travail, sinon dans l'idée que mon point de vue demeure le même qu'à ce moment-là.

La fiction est plus créative, plus réflexive et documentaire. Elle tend à modeler la réalité, à l’altérer, à la faire entrer dans une forme, pour la présenter au lecteur. En comparaison, la reconstruction et le développement cherchent à s’occuper de situations spécifiques dans un but précis. Ce ne sont pas nécessairement des entreprises incompatibles, mais elles sont très différentes.

Pourquoi avez-vous décidé de quitter les USA et de vivre à Bruxelles ?

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Il y a plusieurs raisons personnelles, mais au dessus de toutes ces raisons, le 11 Septembre — et plus précisément la réponse américaines au 11 septembre — m’a conduit à reconsidérer ma relation avec mon pays. Je sais que cela pourra paraître mélodramatique, et je n’aime pas penser que j’étais naïf auparavant. J’ai eu le sentiment que les Etats-Unis, comme beaucoup d’autres pays, ont fait des choses dénuées de tout but noble et désintéressé. Mais c’est une chose de le savoir, de l’intellectualiser et c’en est une autre de vivre avec. Ce qui m’a tant affecté ce n’est pas de voir que nous avons initié deux guerres, autorisé la torture, pratiqué des enlèvements (n’importe qui, n’importe où dans le monde), miné les libertés individuelles, etc. C’est surtout le fait qu’il y avait autant de gens qui soutenaient ces actions. N’oublions pas que l’invasion de l’Irak a été soutenue par 70% des Américains. Il m’est très difficile de vivre dans un pays qui a nié une bonne partie de ce en quoi je croyais.

Au-delà de ça, j’aime vivre en Europe. La qualité de la vie en Europe, pour le dire ironiquement, mais je crois que les Européens tiennent davantage aux libertés individuelles que les Américains et plus encore au respect de la vie privée.

Le système de santé est bien meilleur, de même que la qualité de la nourriture – vous ne réalisez pas à quel point la question de la qualité de la nourriture est fondamentale, mais mon épouse, qui a grandi en Europe, est malade à cause de la nourriture américaine chaque fois que nous retournons aux USA. Je ne sais pas ce qu’ils font avec la nourriture là-bas, mais pour elle c’est comme visiter un pays en voie de développement. Et beaucoup d’Européens pensent la même chose. La corruption politique existe en Europe mais ce n’est pas comparable avec ce qui se passe aux USA, où les politiciens sont ouvertement à vendre ou vendus, et où les corporations ont un rôle prédominant dans le processus législatif et dans la vie de tous les jours. Je me sens comme un dollar sur pattes quand je suis aux Etats-Unis.

Mais il y a un bon nombre de choses que j’aime toujours et qui me manquent loin de mon pays. Les relations amicales, les conversations avec les gens dans la rue. Si je fais l’erreur de vouloir engager la conversation avec quelqu’un dans un magasin en Belgique, on me regarde comme si j’étais fou. A l’inverse de l’Europe, les distinctions entre les classes sont quasi inexistantes aux USA. Le racisme ordinaire en Europe est extrêmement choquant pour un Américain, mais l’Europe n’a pas la même histoire que les USA en ce qui concerne cette question de la non-distinction entre les races.

L’acceptation des nouveaux arrivants (l’immigration, NDLR) est une vraie force aux USA. Si vous vivez aux Etats-Unis depuis cinq ans, vos voisins vous considèrent comme un Américain avec un accent. Cela n’arrive pas en Europe, où la troisième ou la quatrième génération d’immigrants se sent exclue du reste de la société, du pays dans lequel elle vit.

Mais désormais, je ne suis plus à l’aise aux USA. J’ai changé. Ou mon pays a changé. Peut-être les deux. Je retourne aux Etats-Unis comme je visite un pays étranger. Mais ça me va en fait. Je me suis habitué à me sentir un peu coincé au milieu. Pris entre deux feux.

Stephen Dau, Le Livre de Jonas, traduit de l'anglais (USA) par Juliette Bourdin, Gallimard, "Du monde entier", 2013, 263 p., 19 € 90

Lire les premières pages en pdf

(L'entretien intégral en anglais ici)

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