Jean Échenoz se prête au Décapage

En attendant la sortie du prochain roman de Jean Échenoz, Des Éclairs (le 23 septembre aux éditions de Minuit, accompagnée de la parution en poche de Nous Trois), venant clore une trilogie ouverte avec Ravel et Courir, cette fois centrée sur la destinée d’un ingénieur, plongeons-nous dans le dernier numéro de la revue Décapage qui consacre son dossier à Jean Échenoz.

En attendant la sortie du prochain roman de Jean Échenoz, Des Éclairs (le 23 septembre aux éditions de Minuit, accompagnée de la parution en poche de Nous Trois), venant clore une trilogie ouverte avec Ravel et Courir, cette fois centrée sur la destinée d’un ingénieur, plongeons-nous dans le dernier numéro de la revue Décapage qui consacre son dossier à Jean Échenoz.

 

Le portrait capricieux et inventif, abondamment illustré, croisé d’un très long entretien, s’ouvre sur les influences de l’écrivain, de Manchette à Perec en passant par Flaubert, Roussel ou Proust. Echenoz dit avoir voulu devenir écrivain vers 10 ans, révèle que son père a retrouvé son premier roman dans un grenier, écrit vers 7 ou 8 ans, cinq lignes intitulées Bob au Far West, signées « J.M. Échenoz », mettant en scène, malgré la brièveté du récit, deux personnages Ric Ritshlard et Blake Vedrayte : « J’avais déjà des préoccupations de noms propres, apparemment ».

(c) Revue Décapage (c) Revue Décapage
Revue des lieux échenoziens, des écrivains amis, des films de référence, le dossier se poursuit par un « autour de l’œuvre » qui illustre une vie d’écrivain mode d’emploi, l’écriture le matin, les rites (le thé), l’après-midi généralement improductive, la naissance des romans. On y découvre des manuscrits, cahiers cartonnés achetés passage Choiseul, l’écriture régulière, raturée, les pages barrées, reprises, un laboratoire de l’œuvre, fascinant.

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Jean Échenoz parle des noms de personnages, du massif de son œuvre, des critiques, des traductions de ses textes. Il donne à lire la fausse biographie qu’il rédigea pour le Dictionnaire de littérature française contemporaine (1988) : « Jean Échenoz, né le 4 août 1946 à Valenciennes. Études de chimie organique à Lille, études de contrebasse à Metz. Assez bon nageur », par facétie mais aussi refus du piège narcissique de ce type de notice. Comme un jeu, déjà, qui le mènera vers les fictions « sans scrupules biographiques » que sont Ravel, Courir ou Des Éclairs.

Et encore, dans ce portrait rigoureux aux allures d’inventaire à la Prévert, des lettres inédites de Frédéric Berthet, écrivain ami, mort en 2003, un texte de Pierre Michon évoquant sa rencontre avec Jean Échenoz.

Et comme dans chaque numéro de Décapage, des chroniques, nouvelles, strips et textes inédits, un « Et moi, je vous en pose des questions ? » par Jean-Jacques Schuhl et 6 écrivains qui osent avouer quel chef d’œuvre littéraire ils n’aiment pas. De quoi justifier intelligemment ne pas avoir pu finir la première page d’Ulysse de Joyce. De quoi voir dans l’ensemble de ce numéro, comme dans la ligne générale de Décapage, ce rapport irrévérencieux et ironique, décalé à la littérature qui est sans aucun doute le plus bel hommage qu’on puisse lui rendre, parce qu’elle est vivante, contemporaine, passionnée et passionnante.

Revue Décapage, Numéro 41, Hiver-Printemps 2010, Éditions de la Table Ronde, 12 €.

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