Solaire

À l'heure où la lutte contre le réchauffement climatique est éclipsée par la crise financière, Solaire, le dernier roman de Ian McEwan, nous replonge dans la complexité du phénomène.

À l'heure où la lutte contre le réchauffement climatique est éclipsée par la crise financière, Solaire, le dernier roman de Ian McEwan, nous replonge dans la complexité du phénomène. Moins connu en France que David Lodge ou Jonathan Coe, McEwan est pourtant tout aussi talentueux. Solaire s'avère être une satire brillamment menée.

Michael Beard est (l'anti-) héros de ce roman. Prix Nobel de physique, dont l'une des découvertes est accolée au nom d'Albert Einstein, il n'a plus d'idées. À la cinquantaine, le meilleur de sa carrière est derrière lui. Il se cantonne à faire de la représentation, à diriger un centre de recherche sur le changement climatique, qui, en dépit de ses objectifs, fonctionne comme une usine à gaz, malgré les suggestions irritantes, mais judicieuses de certains de ses post-doctorants. Conscient de la vacuité de son activité professionnelle actuelle, Michael n'en a toutefois cure tant il est obnubilé par le naufrage de son cinquième mariage. «Michael Beard ne savait que faire, prendre du recul lui coûtait et, pour une fois, il ne se reconnaissait aucune responsabilité. C'est sa femme qui avait une liaison, au grand jour de surcroît, une liaison punitive et sûrement sans remords.» (p. 15)

Cherchant à fuir le domicile conjugal, dont il est maintenant exclu certains soirs afin de permettre à son ancien maçon, désormais amant de sa femme, de rendre visite à cette dernière, il saute sur l'occasion offerte par une fondation qui lui propose d'aller voir de ses propres yeux les effets du réchauffement climatique sur la banquise du pôle Nord. Il embarque avec une vingtaine d'artistes et d'écrivains, tous préoccupés par le sujet. Après une rude acclimatation, il commence à prendre goût aux activités pleines de contradictions de ces observateurs du réchauffement climatique qui se déplacent en scooter des neiges sur la banquise. Comment sauver la terre, s'interroge alors Michael, quand l'équipement entreposé dans le vestiaire disparaît déjà au bout de quatre jours... De retour à Londres, d'une tragédie surgit une opportunité qui lui permet de redonner un sens à sa vie : sauver le monde du réchauffement climatique (et, au passage, de garnir son compte en banque)...

McEwan arrive à manier le registre du burlesque de façon jubilatoire tout comme il maîtrise magistralement les séquences d'introspection de son protagoniste. Le roman respire l'intelligence et restitue bien la complexité des problèmes auxquels est confronté Michael Beard : «sauver la terre» tout en essayant de survivre personnellement face aux aléas de sa tumultueuse vie privée.

L'écrivain britannique nous livre-t-il un des premiers romans ayant pour décor le réchauffement climatique ? En 2005, McEwan avait commis un texte appelant à une bonne représentation (scientifique) du problème, son roman en est sûrement l'une des premières littéraires.

Ce roman réjouira les sceptiques de tous ordres : ceux qui doutent de la validité de certaines conclusions de la sociologie des sciences, de la pertinence de faire de la moto-neige sur la banquise, tout comme ceux qui sont despérés par leurs camarades de vestiaire.

 

Ian McEwan, Solaire, Gallimard, Paris, 2011 (traduit de l'anglais par France Camus-Pichon), 400 p.

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