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Billet de blog 15 mai 2008

Antoine Audouard : écrire à « hauteur d'herbe »

Les éditions Bouquins (Robert Laffont) font paraitre, avec une préface d'Antoine Audouard, les Oeuvres de la vietnamienne Duong Thu Huong. L'occasion de découvrir ou de redécouvrir le magnifique Terre des oublis (Sabine Wespieser, 2005) et ses autres écrits. Car il y a tout dans les romans de Duong Thu Huong : une femme et sa vie, une écriture, une vision du monde, un pays et son histoire. Antoine Audouard nous en parle.

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Les éditions Bouquins (Robert Laffont) font paraitre, avec une préface d'Antoine Audouard, les Oeuvres de la vietnamienne Duong Thu Huong. L'occasion de découvrir ou de redécouvrir le magnifique Terre des oublis (Sabine Wespieser, 2005) et ses autres écrits. Car il y a tout dans les romans de Duong Thu Huong : une femme et sa vie, une écriture, une vision du monde, un pays et son histoire. Antoine Audouard nous en parle.

Comment avez-vous découvert Duong Thu Huong ?

"J'ai découvert ses livres dans le cours de la recherche que j'effectuais pour mon roman sur la guerre d'Indochine, "Un Pont d'Oiseaux". Le père de Duong Thu Huong a travaillé tout au long de la guerre comme spécialiste des télécommunications auprès du général Giap et sa mère a été un bref moment secrétaire auprès du commandement militaire français à Hanoi -un sujet romanesque qu'elle n'a jamais traité, malheureusement. Mon intéret, de documentaire, est devenu plus général quand j'ai lu les grands romans que sont "Roman sans titre" et "Myosotis", avant de découvrir le majuestueux "Terre des oublis". Puis j'ai eu la chance de la rencontrer et de découvrir qu'elle était dans la vie comme dans ses livres et ses interventions publiques : une âme droite, une rebelle prête à mourir à chaque instant, mais aussi une femme qui a puisé dans ses souffrances et celles de son peuple la matière d'une compréhension humaine profonde."

Est-ce qu'on peut séparer, dans son cas, vie et écrits ?

"La guerre a marqué sa vie et elle imprègne chacune de ses pages. Sans une scène de bataille (il n'y a que de brèves descriptions fantomatiques), elle arrive a montrer comment chaque homme, chaque femme, chaque famille, sont affectés jusque dans leur intimité par la guerre et ses conséquences, parfois sur des générations. Elle n'a pas tiré cette philosophie des livres mais de son expérience personnelle : son enfance a été bouleversée par la guerre, elle a perdu son premier (et sans doute seul) amour dans la guerre, a été mariée un pistolet contre la tempe, a accouché de sa fille dans un tunnel de terre, a perdu un tympan dans une explosion, etc. Après la guerre américaine, elle a couvert comme cinéaste le front de la guerre chinoise de 1979 qui, par son atrocité particulière, l'a marquée. Enfin elle a réalisé un documentaire -détruit par la police- qui dénonçait la condition misérable des vétérans des deux guerres. De ce point de vue, quand elle dit qu'elle est un écrivain du peuple, qu'elle écrit "à hauteur d'herbe", on peut la prendre au mot."

Est-ce qu'on peut dire qu'elle écrit des livres politiques ?

"Duong Thu Huong est une militante inlassable des droits démocratiques au Vietnam. Après avoir écrit la version vietnamienne de "Terre des oublis", elle est restée cinq ans sans écrire une ligne parce qu'elle était prise par le quotidien de cette action -le Vietnam pratique dans l'indifférence complète une répression sans faille de toutes les revendications touchant aux droit de l'homme. C'est dans son exil français qu'elle a repris le travail d'écriture, celui de son roman "Au Zénith "(à paraitre en 2009), "le livre de ma vengeance", dit-elle, qui met en scène Ho Chi Minh de façon romanesque, sous un jour totalement inattendu. Son oeuvre est-elle politique ? Elle est marquée par son esprit rebelle, elle est peuplée des figures souvent tragiques de ce peuple dont elle dit qu'il a su mourir mais qu'il lui reste à apprendre à vivre, et elle dénonce bien sûr la rapacité et l'hypocrisie d'un régime qui a édifié son pouvoir sur le mensonge... Ce n'est pas pour autant une oeuvre "à message", à moins qu'on ne rapproche le "message" de l'humanisme d'un Vassili Grossman, par exemple. La romancière est aussi une incarnation d'une de ses grands-mères, qui s'est nourrie de racines et de pommes de terres glanées dans les champs abandonnés, une femme qui acceptait toutes les cruautés de la vie avec le sourire. La force particulière de Duong Thu Huong est liée à la coexistence, en elle, de deux figures : celle de la combattante inflexibles, qui refuse tout compromis, et celle de cette paysanne, aux dents laquées de noir, qui n'aspire qu'a se fondre avec la terre et à y disparaitre."

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