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Billet de blog 16 avr. 2008

Marc Dugain : « Tout est trompe-l'œil »

Qu'est-ce qui fait qu'on tombe amoureux d'un texte ? Marc Dugain, auteur d' Une exécution ordinaire (Gallimard, 2007), est fasciné par un récit de Tchekhov au point de songer à l'adapter au théâtre. Dans Une banale histoire (1893), considéré comme le texte le plus noir de Tchekhov, un homme de science de 62 ans, sur le point de mourir, s'interroge sur sa vie.

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Qu'est-ce qui fait qu'on tombe amoureux d'un texte ? Marc Dugain, auteur d' Une exécution ordinaire (Gallimard, 2007), est fasciné par un récit de Tchekhov au point de songer à l'adapter au théâtre. Dans Une banale histoire (1893), considéré comme le texte le plus noir de Tchekhov, un homme de science de 62 ans, sur le point de mourir, s'interroge sur sa vie. Il ne peut plus se mentir. Il a le sentiment d'avoir à la fois tout réussi et tout raté. Il n'a plus aucune illusion sur l'homme. Marc Dugain explique ici pourquoi il aime ce texte.

Qu'est-ce qui vous impressionne tant dans "Une banale histoire" de Tchekhov ?

"Ce qui m'impressionne dans cette nouvelle, c'est la façon dont Tchekhov traite de notre condition. Quoique nous ayons pu faire, notre vie se solde par un échec, la vieillesse puis la mort qui vient contredire tout ce qui a été fait avant. La vie n'a que le sens qu'on lui donne et la mort lui enlève. Il y a quelque chose de magnifique dans cette conscience qu'en a ce personnage au seuil de sa disparition."

Est-ce que vous partagez l'idée que "l'élément essentiel de la création litteraire" est "le sentiment de la liberté personnelle" ? (Folio, page 96)

"L'élément essentiel de la création litteraire provient comme tout travail artistique d'un orgueil démesuré qui consiste à vouloir remodeler le monde tel que personne d'autre ne le voit. La liberté personnelle compte pour beaucoup dans cette recréation dont seule la postérité peut dire si elle est pertinente. C'est le cas de Tchekhov qui crée une intimité unique avec son lecteur sidéré que cet homme ait contribué de telle façon à la compréhension de ce que nous sommes."

Est-ce que vous êtes d'accord pour dire qu'on y retrouve un de vos thèmes d'écrivain qui aide à décrypter la société d'aujourd'hui : le gouffre entre le discours (le personnage est un homme de science connu et reconnu qui a tout réussi) et la réalité (le personnage a totalement raté sa vie d'homme et s'estime, peu de temps avant sa mort, "vaincu") ?

"C'est plus qu'un thème, une obsession et l'objet d'un amusement presque savoureux. Chez l'homme tout est trompe-l'oeil, méconnaissance de soi, accommodement avec soi. On parle de vérité alors que nous sommes minuscules dans l'échelle de la connaissance. La vérité nous échappe par nature alors que nous en faisons des parures ringardes dont tous les meneurs d'hommes sont accoutrés. L'homme est le plus politique des animaux, le plus orgueilleux, le plus menteur, et à peine moins avare qu'un ours. Il est incapable de faire face à l'infiniment grand. Il n'est souvent fréquentanble qu'au seuil de la mort quand la conscience qu'il en a le rend soudain modeste et philosophe."

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