Django du voyage

Comment se vit la marge dans une France de plus en plus normative, alors que le discours politique se durcit, que le voyage devient exclusion ?
Comment se vit la marge dans une France de plus en plus normative, alors que le discours politique se durcit, que le voyage devient exclusion ? Question centrale que pose Dorothy-Shoes dans un livre somptueux publié aux Editions du Rouergue, dédié «A tous ceux qui, pour des raisons de sécurité, décident de se risquer».

D'abord, une série photographique «Django du voyage, rencontre en terre nomade», des images qui disent l'imaginaire comme le quotidien d'une famille gitane mais aussi des textes. Django n'est pas un livre photographique, ou pas seulement, c'est un texte social, politique, engagé, poétique également, quand il suit chemin et herbes hautes et part à la rencontre du camp : «Je vois les caravanes. Elles sont peut-être dix ou bien quinze, devant il y a plein de gens, autour il y a plein de vent».

 © Dorothy-Shoes © Dorothy-Shoes

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Django à la «voix drôle et forte», qui «allume grand la lumière au milieu des yeux noirs», présente sa famille, la jument et son poulain, dit la crainte «des autres, tous les autres. Par habitude... L'habitude d'être toujours celui qui se trouve au bout du doigt». Et lui, «c'est sûr, préfère être sous les branches qu'au bout des doigts».

Django dit la beauté de ce lieu, changeant, où il vit, part, se pose, Loches, Vouvray, Château-Renault, Vernou, «où on veut». «Tu sais, la beauté, il faut parfois ouvrir les oreilles pour la voir». Le vent. La liberté.

 

 © Dorothy-Shoes © Dorothy-Shoes


 

Dorothy-Shoes est venue à la rencontre de Django et de sa famille pour faire des photos et écouter, justement, tisser ses souvenirs et ce présent. «Prêter ma voix à la communauté». Sans rien promettre, sinon de transmettre. La police et ses rondes en hélicoptère au-dessus du camp. La condamnation définitive quand on a, un jour, fait «des bêtises». L'eau à aller rapporter au camp, «un kilomètre et demi à dérouler, vingt litres de chaque côté». La mer, que Django n'a jamais vue. Des fragments, textes, photographies comme une découverte, dire sans enfermer.

 © Dorothy-Shoes © Dorothy-Shoes

 © Dorothy-Shoes © Dorothy-Shoes

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Aller contre le « nomadisme » et ses clichés. Django n'a jamais quitté le département, «hormis Loches bien sûr». Il a cette tentation paradoxale du «p'tit pavillon». Dorothy-Shoes voit ses a priori s'effondrer:

«Django a une maison sur roues qui peut l'emmener partout,

et il ne dépasse pas les quarante kilomètres au compteur...

Et puis, il veut un pavillon pour y mettre un garage pour y mettre la mer».

La voiture qui le conduirait à la mer. Et une maison qu'il construirait de ses mains, parce que «dans les anciennes maisons, il y a forcément des morts coincés dans les parois. Les âmes de ceux qui y ont vécu avant toi et qui y sont morts. On ne sait pas qui ils étaient, et ce qu'ils faisaient, s'ils étaient mauvais ou bons. Alors c'est très dangereux d'habiter là sous leurs yeux et dans leurs pas».

 © Dorothy-Shoes © Dorothy-Shoes

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Dorothy-Shoes accompagne Django à la supérette du village, sent les regards qui pèsent, assiste à son baptême, elle dit son rapport différent au temps et à l'espace et nous fait entrer dans «le cercle».

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Dorothy-Shoes, Django du voyage, Editions du Rouergue,136 p., 25 €

Toutes les photographies de cet article sous © Dorothy-Shoes & Editions du Rouergue.

Dans la même collection que Django du Voyage, Travailleurs venus d'ailleurs (photographies de Gilles Favier et Sara Jabbar-Allen, texte de Laure Teulières), portraits d'hommes et de femmes immigrés ou fils et filles d'immigrés, sous l'angle du travail. Tous vivent en Midi-Pyrénées et témoignent d'une histoire intime et sociale, sur trois générations. Des récits personnels (un DVD rassemble leurs voix), des photographies, des lieux et des visages que l'historienne Laure Teulières rassemble dans une analyse finale visant à « mettre au jour des parcours méconnus, laissant percer des récits de vie trop souvent souterrains », pour enfin « inscrire ces travailleurs venus d'ailleurs à leur juste place dans l'héritage collectif ».

Travailleurs venus d'ailleurs, Editions du Rouergue, 192 p. (livre et DVD), 30 €

 

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