Petits Contes nègres pour les enfants des blancs

« A Danie en échange de son pingouin et à Claude pour son petit poussin, ces histoires que se racontent les grands enfants d’Afrique pour s’amuser la nuit autour du feu et ne pas s’endormir à cause des bêtes qui rodent. Votre ami Blaise, le poète, et son chien blanc ».

« A Danie en échange de son pingouin et à Claude pour son petit poussin, ces histoires que se racontent les grands enfants d’Afrique pour s’amuser la nuit autour du feu et ne pas s’endormir à cause des bêtes qui rodent. Votre ami Blaise, le poète, et son chien blanc ».

Blaise Cendrars publie les Petits Contes nègres pour les enfants des blancs en 1928. Le volume reparaît aujourd’hui dans un magnifique tirage limité à 3000 exemplaires, illustré par Francis Bernard, une édition d’art, dans l’esprit de celle de 1946, offrant les dix contes originaux auxquels s’ajoutent deux contes publiés en 1929, La Féticheuse et Le Don de vitesse.

 

 

Echangeons pingouin et poussin, sans regrets, pour ces histoires que se racontent les grands enfants d’Afrique. Retrouvons notre âme d’enfant puisqu’il n’y a qu’à eux que l’on puisse raisonnablement s’adresser, comme le souligne un vieux chef bétsi dans le premier conte, Totems :

« Un homme raisonnable ne peut parler de choses sérieuses à un autre homme raisonnable : il doit s’adresser aux enfants ».

mini2-17563467contep28-jpg.jpg Les enfants ont les réponses, « demande aux enfants, voyons, à tous les enfants », ces contes les éclairent de leur poésie, de leur chant intrigant.

 

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Etïïtïï, le vieux chef bétsi, est un « grand voyageur ». Comme Cendrars, le poète de l’aventure, d’un ailleurs qui est une découverte comme un éclairage nouveau sur l’ici. L’écrivain du voyage réinterprète ces contes traditionnels, étonnants, souvent drôles, parfois dramatiques. Il est un griot, un passeur de la tradition orale africaine à notre culture écrite occidentale.

mini2-74224416contep62-jpg.jpgDouze contes, donc, pour admirer l’oiseau de la cascade, connaître l’histoire du peuple des orphelins, du pays appelé L’Écho l’Écho, croiser des animaux qui parlent, des êtres magiques, des humains, s’entendre dire l’histoire du caïman qui voulait qu’on le porte pour le mettre à l’eau, d’un vent qui souffle si fort qu’il a toujours faim et avale tout ce qui se trouve sur son passage, d’un poussin devenu roi.

Douze contes qui mettent en situation l’amitié, la solidarité mais aussi l’envie, la faim, le vol. Qui mettent en scène des animaux « hâbleurs », des « il était une fois » et « il y avait une fois », des « un jour, raconte-t-on ». Qui mettent en musique Le Chant des souris, si triste, si beau que l’on ne peut que danser. Qui nous transportent. Que l’on a envie de transmettre, à son tour. De lire, de raconter. Aux enfants. Aux adultes restés pour une part enfants.

 

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Nulle perspective ethnologique dans ce recueil. Comme l’écrivait Leiris de l’Anthologie nègre (1921) de Cendrars, « plus qu’un livre, c’est un acte ». Un acte de poésie pure, moderne, dont Blaise Cendrars puise le renouveau tout autant à New York (Les Pâques, 1911) qu’en Afrique ou dans La Prose du Transsibérien (1912). La poésie d’un rapport autre au monde, qu’il ne s’agit pas de dompter, de domestiquer, mais d’apprivoiser, pour y trouver une place, vivre avec lui. Les animaux qui parlent figurent ici moins des hommes, comme dans les fables de La Fontaine, que la nature dans sa force, sa puissance. Les contes nous parlent, sans nous donner de leçons, de la vie collective (avec les autres hommes, avec la nature), du sens de l’amitié, de la solidarité, de l’importance de l’expérience, d’une sagesse issue de la tradition, d’un savoir communautaire. Le texte est simple, riche, fortement rythmé, scandé par des rappels, presque des refrains :

« La grenouille ne pipe mot, mais elle pense :

- Pourquoi ? pourquoi ?

Voici pourquoi.

- Ecoutez l’histoire.

- Que l’histoire vienne !

- L’histoire arrive, elle arrive de loin, on la tient de la grenouille perdue, irrémédiablement perdue, perdue au pays de Mosikasika, du petit garçon qui n’était pas encore venu au monde ! »

 

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Suivons l’ombre (La Féticheuse), « rôdeuse », « danseuse ». « Elle est muette. Elle ne parle jamais. Elle écoute. Elle vient se glisser jusque derrière le conteur ».

Glissons-nous dans les mots du conteur, suivons l’histoire arrivée de loin, écoutons le griot Cendrars, ses Petits Contes nègres pour les enfants des blancs, sans oublier que pour l’auteur de Bourlinguer, Les Blancs sont d’anciens Noirs

CM

Blaise Cendrars, Petits Contes nègres pour les enfants des blancs, Art Spirit, Pemf, 96 p., 16 € 95. Illustrations de Francis Bernard, mises en couleurs Emmanuel Pinchon.

 

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