La promo 49

En 2012, les éditions Cambourakis publiaient Sale temps pour les braves, nous offrant de découvrir la voix inouïe — parce que singulière, parce qu’inconnue ou presque en France — de Don Carpenter (1931-1995). Chez le même éditeur, porté par la passion de sa traductrice, Céline Leroy, vient de paraître La Promo 49 : il s'agit du septième roman de l’écrivain (paru en 1985), si l’on peut appeler roman ce texte qui se présente d’avantage comme un album, une collection, la mise en recueil de 24 chapitres qui sont autant de tranches de vie.

En 2012, les éditions Cambourakis publiaient Sale temps pour les braves, nous offrant de découvrir la voix inouïe — parce que singulière, parce qu’inconnue ou presque en France — de Don Carpenter (1931-1995). Chez le même éditeur, porté par la passion de sa traductrice, Céline Leroy, vient de paraître La Promo 49 : il s'agit du septième roman de l’écrivain (paru en 1985), si l’on peut appeler roman ce texte qui se présente d’avantage comme un album, une collection, la mise en recueil de 24 chapitres qui sont autant de tranches de vie.

Don Carpenter suit la promo 49, à Portland (Oregon), une trentaine de personnages durant cette année particulière, charnière, quand « pour eux, le temps du lycée et de la jeunesse était terminé. C'était une réalité. » Ivresses, illusions perdues, petits boulots, détresses et bonheurs, échecs et désirs sous « la pluie de Portland qui tombait sur tout et gâchait tout ». Le personnage principal d’un chapitre peut devenir secondaire ou silhouette dans un autre, et c’est peu à peu un portrait de groupe qui se constitue au fil des pages.

Le livre s’ouvre sur un réveillon de Noël et se termine sur un double enterrement. Entre les deux, sous forme d’instantanés, le lecteur croise Clyde Marriman, « qui se disait qu’un jour il finirait par savoir ce qu’il voulait devenir. Mais pas tout de suite » ; Tommy German, « la star de l’atelier d’écriture » qui tente de séduire Anne en lui envoyant un poème tapé « sur la vieille Underwood qu’il avait sauvée du sous-sol l’année précédente. Voici ce que donnait le poème :

Je te regarde

A travers la vitre des Conventions

Espérant voir

Un sourire en fissurer le verre

Es-tu réelle ? Suis-je réel ? La

Fenêtre est-elle réelle ?

La rédaction de ce texte lui prit cinq minutes, et il se dit que c’était de loin la meilleure chose qu’il ait jamais produite » ; On croise ceux qui rêvent d’Hollywood et ceux qui se projettent en écrivains new-yorkais ; ceux qui s’engagent dans l’armée, ceux qui veulent immédiatement entrer dans la « réalité », la vie active, ceux qui partent pour l'université. Mais tous seront confrontés au réel, dans ce moment si particulier de bascule entre l’adolescence et l’âge adulte, cet espace-temps où tout semble possible, mais où, aussi, les perspectives se resserrent.

La Promo 49 est un roman très différent de Sale temps pour les braves. En fil rouge de cette œuvre que nous brûlons de lire dans son ensemble, le sens du détail, une sensibilité hors du commun, une plume corrosive et acérée, un univers singulier. La Promo 49 rappelle certains films d’Altman — comme Short Cuts, quand des vignettes finissent par composer une ample fresque de l’Amérique, alliant focales serrées et ampleur narrative —, Carver (dont s’inspira Altman), Brautigan, tant d’autres. Quand un livre est aussi fort, il ouvre à toutes les filiations littéraires possibles. Don Carpenter a, comme ses personnages, eu 18 ans en 1949 et il excelle à rendre cette génération marquée par la guerre et ouverte à un avenir paradoxal, avide de découvertes et expériences dans une société encore corsetée.

Le force de ce livre est de saisir ce moment de la vie de chacun d’entre nous, entre idéaux et sombres ajustements avec le quotidien — la découverte du monde, du sexe, de l’alcool et de soi —, d’en rendre l’ancrage historique précis tout en faisant œuvre atemporelle. Chacun se retrouvera dans ce portrait de groupe, kaléidoscope de sentiments et situations, nostalgique et cocasse, parfois noir et cruel, si actuel.

Don Carpenter, La Promo 49 (The Class of ’49), traduit de l’américain par Céline Leroy, éd. Cambourakis, 2013, 143 p., 17 € 50

Du même auteur, même traductrice, même éditeur : Sale temps pour les braves, roman depuis sorti en poche chez 10/18

 

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