Dominique Bry
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Billet de blog 24 mars 2013

Le projet ReLIRE de la BNF, «État voleur» ?

 Le 21 mars dernier, la BNF a mis en ligne sur ReLIRE (le Registre des Livres Indisponibles en Réédition Électronique) « une première liste de 60 000 livres indisponibles du XXe siècle : des livres sous droits d'auteur, publiés en France avant le 1er janvier 2001, et qui ne sont plus commercialisés ». Entretien avec Benoît Peeters qui appelle à la mobilisation des auteurs contre « l’État voleur » (François Bon). 

Dominique Bry
Misanthrope sociable. Diacritik.com
Journaliste à Mediapart
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Le 21 mars dernier, la BNF a mis en ligne sur ReLIRE (le Registre des Livres Indisponibles en Réédition Électronique) « une première liste de 60 000 livres indisponibles du XXe siècle : des livres sous droits d'auteur, publiés en France avant le 1er janvier 2001, et qui ne sont plus commercialisés ». Entretien avec Benoît Peeters qui appelle à la mobilisation des auteurs contre « l’État voleur » (François Bon).

Parti pris. Au lendemain de cette annonce, l’écrivain François Bon a publié une tribune sur son site Internet Le Tiers Livre Magazine (depuis relayée par le site Actualitté) dans laquelle il n’a pas de mots assez forts pour dire tout le mal qu’il pense de la loi qui rend possible la numérisation et la diffusion des livres indisponibles. 

« L'État s'approprie nos livres sans nous demander notre avis, on nous dépossède de la seule richesse qui fait notre vie – la loi sur les indisponibles est une goujaterie. » 

Que reproche François Bon à la BNF et ReLIRE ? De piller ni plus ni moins ses armoires et de mettre en ligne ses ouvrages sans lui avoir demandé son avis au préalable ; de ne pas publier une liste des ouvrages destinés à la numérisation mais de seulement proposer un moteur de recherche qui permet aux auteurs d’aller vérifier par eux-mêmes quelles œuvres ont été retenues. 

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A la veille de la présentation du dispositif dans le cadre du 33ème Salon du Livre de Paris par Nicolas Georges (directeur du livre et de la lecture, ministère de la Culture et de la Communication), Benoît Peeters (auteur et scénariste de bandes dessinées) nous a confié combien il partageait la colère de François Bon et entendait ajouter sa voix à celle de l’écrivain et éditeur. 

La « procédure désagréable » (pour reprendre les mots de Benoît Peeters), expliquée sur le site de la BNF, demande en effet aux auteurs qui souhaitent s’opposer à l’entrée en gestion collective de leurs œuvres d’avoir une démarche volontaire via un formulaire en ligne. La BNF vérifiera alors (dans un délai de 3 mois) la « qualité d’auteur du demandeur » et rejettera ou validera la demande. Ce que pointent donc François Bon et Benoit Peeters (auxquels on peut ajouter l’éditeur Ad Astra qui établit même un parallèle avec Pirate Bay) ce sont bien l’opacité et la complexité de la procédure, comparées par l’auteur des Cités Obscures aux pratiques de Google. Elles-mêmes montrées du doigt à l’époque par… le Président de la BNF. 

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François Bon, lui, souligne dans son « manifeste » (le terme est employé par Benoît Peeters) l’iniquité de la mise en ligne forcée : avec le système en place depuis le 21 mars, des auteurs de la liste se tenant à distance d’Internet ou qui continuent de travailler sur leurs œuvres (en vue de publier des éditions corrigées, améliorées, annotées, augmentées), verront sans réaction de leur part (ou de leurs ayants-droit) leur travail numérisé et diffusé en l’état. Quand ils ne se verront pas refuser leur demande d’opposition. La définition de l’indisponibilité des œuvres pose problème. Pour Benoît Peeters, la mise en ligne est un « couac des sociétés d’auteurs » qui ont agi « comme des syndicats qui ne consulteraient pas leur base ». 

La tribune de François Bon est reprise et diffusée sur les réseaux sociaux, Internet se fait alors l’espace et le vecteur d’une colère citoyenne contre le tout gratuit au mépris des droits des auteurs. Ces derniers (François Bon et Benoît Peeters en tête, mais également Denis Bajram, Michel Dufranne et bien d’autres) appellent à la vigilance et proposent de télécharger le formulaire de demande d’opposition. Pour faire du bruit, pour alerter. Ce que devrait rapidement faire un collectif qui est en train de voir le jour.

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