Christine Marcandier
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Billet de blog 25 déc. 2012

Le Chant du monstre

Le numéro 1 d’une revue est toujours un défi et une aventure. La page de « Merci ! » qui clôt le premier Chant du monstre témoigne de compagnonnages, de soutiens comme d’un manifeste de la littérature dans son combat pour l’exigence.

Christine Marcandier
Littérature
Journaliste à Mediapart
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Le numéro 1 d’une revue est toujours un défi et une aventure. La page de « Merci ! » qui clôt le premier Chant du monstre témoigne de compagnonnages, de soutiens comme d’un manifeste de la littérature dans son combat pour l’exigence.

Un numéro 1 annonce des intentions, des principes et les incarne : le chemin du Chant du monstre se veut de traverse, abolir les « frontières » et « lisières » entre la littérature (poésie, théâtre, roman) et le dessin, promouvoir risques et expériences dans le tracé du monde. Le sous-titre de la revue est un mot d’ordre, celui d’un « espace ouvert », "Création littéraire et Curiosités graphiques".

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La pluralité et l’ouverture comme maîtres mots, donc, l’hybridation, le mélange. Une bouche ouverte — chante-t-elle ? crie-t-elle ? — en couverture, dire haut et fort comme dans la dernière rubrique de chaque numéro, "Parce que !", qui souhaite promouvoir les écritures de « snipers » (dans le 1, A manger pour les cailloux, texte de Pierre Terzian qui servit d’ébauche à Crevasse, paru en janvier 2012 chez Quidam).

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Le Chant du monstre aime le mouvement, celui des phrases et courbes de la rubrique "Alchimie" qui apparie poésie et graphisme (Ce sera suffisant d’Emilie Alenda et Thomas Vinau ; Géants de Guillaume Budat et Donatien Garnier), ou le « je tournais autour de Russell Hoban » de Dominique Bordes, l’audacieux fondateur de Monsieur Toussaint Louverture, maison d’édition créée en 2004 qui ne cesse de brouiller les pistes.

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C’est par la présentation d’un parcours d’éditeur atypique que s’ouvre le numéro 1 du Chant du monstre et c’est forcément un hasard objectif, d’ailleurs cette rubrique s’appelle "Affinités électives". Monsieur Toussaint Louverture est un laboratoire lui aussi, double, l’atelier du site, qui offre textes et articles, dans les librairies, avec des livres-objets, destinés à réhabiliter le plaisir physique de la lecture. Et Dominique Bordes confie rêver d’un site qui montrerait aux lecteurs les coulisses du travail de l’éditeur.

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Il revient sur ses succès (Karoo), ses blocages (la littérature française qui l’intéresse peu, à l’exception du Journal ambigu d’un cadre supérieur), ses paris insensés comme la récente publication d’Enig Marcheur de Russell Hoban. Enig Marcheur, livre impossible, parce qu’il est écrit dans une langue inventée — donc intraduisible (et pourtant Nicolas Richard l’a fait, et merveilleusement) et illisible pour la majorité des lecteurs.

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Mais, affirme Dominique Bordes, après le succès de Karoo, « il était temps de quitter le territoire des Américains faciles ». Editer comme on rêve l’impossible… Les prochains défis de Monsieur Toussaint Louverture ? un dictionnaire des livres imaginaires, un texte norvégien de 1500 pages ou la traduction de Tree of Codes de Jonathan Safran Foer écrit à partir de The Street of Crocodiles de Bruno Schultz — J. Safran Foer a découpé dans les pages originales et conservé certains mots pour composer son propre récit —, en s’inspirant du travail de l’éditeur londonien Visual Editions.

© VisualEditions
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Tourner, contourner, détourner, toujours, mots d'ordre du Chant du monstre. Privilégier le travail d’éditeurs hors norme et grand circuit, comme Laurence Viallet qui édita le surprenant Don Quichotte de Kathy Acker — rubrique "Ex-qui ?" de chaque numéro du Chant qui se veut « le lieu où s’agitent et résonnent les écritures toujours vivantes des écrivains qui ne courent plus » —, les cabinets de curiosités qui disent « l’improbable et le beau d’aujourd’hui ». Le Chant du monstre veut unir passé et présent sous le signe de l’inouï, de la recherche, de l’(im)pertinent.

En III — "rubrique", disent-ils, on aurait envie de dire "chapitre" tant le numéro forme récit — « Seul contre tous » résume l’ensemble du projet : mettre « un coup de pied dans la fourmilière » du monde du livre, interroger la critique, les frontières entre bonne et mauvaise littérature (qui juge ? sur quels critères ?). Pour le numéro 1, Fabrice Colin lit La Délicatesse de David Foenkinos et déjeune avec Guillaume Musso.

© Frédéric Noël

« Seul contre tous » ? A lire la liste des mercis et des soutiens, Le Chant du monstre est un chœur. Que de nombreux lecteurs entonneront, on l’espère.

Le Chant du monstre, éd. Intervalles, 128 p., 15 €

La revue, semestrielle, est dirigée par Sophie Duc, Angélique Joyau et Céline Pévrier.

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