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Billet de blog 31 mai 2009

Christine Marcandier
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Les Dépossédés de Robert McLiam Wilson sur France Culture

La fiction radiophonique adaptée des Dépossédés de Robert McLiam Wilson sera diffusée sur France Culture du 1er au 9 juin, puis les 11 et 12 juin de 20h30 à 20h50 dans "Fictions". En 10 épisodes.

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La fiction radiophonique adaptée des Dépossédés de Robert McLiam Wilson sera diffusée sur France Culture du 1er au 9 juin, puis les 11 et 12 juin de 20h30 à 20h50 dans "Fictions". En 10 épisodes.

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Les Dépossédés

par Robert McLiam Wilson
traduction de Brice Matthieussent
adaptation de Simon Guibert
réalisation de Jean-Matthieu Zahnd


« Nous seuls – nous les déchus, les sans-abri, les vagabonds –, nous seuls connaissons la vérité sibérienne d’un mois de juin anglais.»
Robert McLiam Wilson, Ripley Bogle.

Présentation d’après Brice Matthieussent, sur le site de France Culture
The Dispossessed, en français Les Dépossédés, fut publié en 1992 en Angleterre, la même année que Manfred’s Pain (La Douleur de Manfred), deuxième roman de Robert McLiam Wilson, qui à l’époque avait vingt-huit ans. L’écrivain est né à Belfast-Ouest en 1964. Il avait auparavant publié un magnifique premier roman intitulé Ripley Bogle. C’était en 1988, il était âgé de vingt-quatre ans.
Une telle précocité a quelque chose de stupéfiant : comment un jeune homme de vingt-huit ans peut-il évoquer avec autant de lucidité et de justesse la maladie mortelle d’un vieillard solitaire et miséreux? C’est La Douleur de Manfred. Comment ce même jeune homme de vingt-huit ans peut-il décrire avec autant d’humanité, d’attention et d’empathie la détresse matérielle, l’absence d’espoir, le naufrage absolu des laissés-pour-compte de la politique thatchérienne à Londres, à Glasgow et à Belfast? C’est l’objet des Dépossédés, l’objet du présent travail d’adaptation.
Les Dépossédés, ce n’est pas Les Pauvres. Au lieu de constater un état, la pauvreté, et d’y voir peut-être une fatalité immuable de toutes les sociétés, l’auteur s’insurge contre une telle naturalisation de la précarité et, par le choix de ce titre, suggère un processus : pour être dépossédé, il faut d’abord avoir possédé, avant d’être contraint de renoncer à ses possessions – un emploi, un logement, quelques biens, une famille et parfois jusqu’à la liberté. C’est tout cet historique de la déchéance sociale, morale, financière, juridique, humaine, que l’auteur cherche à comprendre dans chaque cas : non pas la description d’un état figé, d’une condition humaine soi-disant éternelle, «naturelle», mais la recherche d’un récit à la fois individuel et collectif, local et global, intime et politique : comment celle qu’on a surnommée la Dame de Fer a délibérément – et malgré des statistiques officielles truquées – aggravé le sort de celles et ceux qu’on désigne honteusement par l’expression de «classes défavorisées»; comment cette catastrophe sociale et économique au sens large entraîne autant de désastres individuels; comment chaque femme, par exemple Gabrielle, chaque homme, ainsi Hally ou Alan, subit de plein fouet, dans son quotidien, les répercussions dramatiques de cette politique. Il y a là un tissage, un engrenage, proprement terrifiant.
Loin d’adopter la posture froide et distancée de l’universitaire ou la prétendue «objectivité» du journaliste, l’écrivain tient à décrire de première main, et subjectivement, un an de rencontres, de conversations, de visites dans des squats, des taudis, des appartements délabrés, des cités sinistrées, des banlieues peu sûres, des lotissements monstrueux, des quartiers en ruine, des centres d’accueil, pour aboutir à ce livre qui de toute évidence est le livre d’un écrivain. Non seulement parce qu’il contient quelques splendides pages de pure littérature, ainsi les descriptions du climat ou des lieux, mais surtout parce que son auteur s’y inclut constamment, livrant son incrédulité, ses doutes, voire son sentiment croissant d’échec, son admiration, son affection grandissante pour certains «dépossédés», mais aussi sa fatigue, son horreur, son écœurement, son impossibilité de continuer.
«J’ai déjà dit, écrit Robert McLiam Wilson vers la fin de l’essai, que ce livre est un échec ou, au mieux, un livre sur l’échec. Plus j’écrivais, plus cette conviction grandissait.» Suit une liste de tous ses prétendus manquements : oublis, notes perdues, incompétences diverses, avantage de la photographie sur l’écriture... Certes, toutes ces «lacunes», ces «handicaps» ou ces «négligences» font que Les Dépossédés est tout sauf un rapport objectif sur un phénomène social, tout sauf une étude «sérieuse», crédible et criblée de statistiques (voir le passage où, plutôt que de se lancer dans une bataille de statistiques sur la pauvreté, Robert dénonce la fascination malsaine des statistiques et les «bidouillages» pratiqués sur ces dernières par l’administration Thatcher).
«Je noterai ici scrupuleusement les effets d’une pauvreté constante sur l’individu.» Tel pourrait être le programme de Robert Mc Liam Wilson pour son livre. Ce projet de dissection in vivo, cette anatomie de la souffrance et de ses symptômes physiologiques plus ou moins dégradants, exclut tout respect d’un quelconque bon goût : pour respecter ces gens et leur rendre justice, pour simplement dire ce qu’on voit, il faut envoyer au diable le respect des convenances et de la bienséance littéraire.
Présentation de l'éditeur :

Lorsque Robert McLiam Wilson et le photographe Donovan Wylie, aujourd'hui membre de la prestigieuse agence Magnum, entreprennent en 1990 cette enquête sur la pauvreté en Grande-Bretagne, ils sont à peine âgés d'une vingtaine d'années. Dans un contexte politique désastreux marqué par l'ultra libéralisme de la « Dame de Fer », ils décident de jeter aux orties doctrines et théories : à Londres, à Glasgow ou à Belfast, l'auteur de Ripley Bogle raconte ce qu'il voit, sent et entend. L'essai projeté sur « les dépossédés » est en fait un récit à la première personne, toute distance journalistique abolie au profit d'une empathie, d'une proximité de l'écrivain avec les gens qu'il rencontre dans les cités, les squats, les foyers d'accueil. Parfois, même, l'auteur perd pied et le lecteur comprend soudain que Les Dépossédés constitue non seulement une sorte d'autobiographie déguisée de McLiam Wilson, mais sans doute le centre secret de son oeuvre, comme une préfiguration de La Douleur de Manfred et de Eureka Street.


Robert McLiam Wilson, Donovan Wylie, Les Dépossédés, Christian Bourgois, 2005.

Le texte est également disponible en poche, en Points, 2007

© 

Et si vous voulez découvrir un des plus grands romans jamais publiés :

Robert Mc Liam Wilson, Eureka Street, Christian Bourgois, 1997

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Disponible également en 10/18

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Pour que la bibiographie soit complète, toujours chez Christian Bourgois :

Ripley Bogle, 1996La Douleur de Manfred, 2003

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