Billet de blog 23 avril 2011

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La Mots-Mariée

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Car les mots savent aussi être des armes. Ils savent fusiller en plein cœur ou foudroyer de mépris. Quand ils ne plantent pas un coup de poignard dans le dos. Les mots, surtout toute la palette de ceux que la bêtise, la haine, la jalousie ou la xénophobie savent inventer, peuvent tuer. Et ceux-là, même si ce sera bien souvent ensuite le dérapage incontrôlé qui sera plaidé, non, on ne peut pas les aimer. En aucun cas. Mots à jeter. Maux à oublier. Mots à rayer définitivement de tout vocabulaire, et de tout dictionnaire…. Mots mort-nés avant de risquer d’être prononcés. Quelques exemples de ces mots à suicider ? Vous y tenez ? Alors on va jeter au hasard: « sous-hommes », « moricaude », « tapettes », « youpin », « mangeurs de pastèques »… Vous voyez bien !

Mais les mots peuvent aussi se contenter de gifler, de gratter là où ça fait mal, de faire crisser la craie sur le tableau noir de nos nerfs. Mots qui provoquent et déshumanisent. Mots qui réduisent. Qui peuvent blesser même s’ils ne cherchent bien souvent qu’à catégoriser. Mots qui nient. Mots qui écrivent l’indifférence et l’absence de toute compassion, de toute empathie. Ceux-là s’alignent souvent en colonnes dans des questionnaires administratifs ou sur des fichiers de données. « Prédélinquant ». « Nullipare ». « Inadapté ». « Senior ». « Quartier sensible ». « Fragile psychologiquement ». Vous en voulez encore ?

Parfois, aussi, les mots sont des fenêtres. Ils éclairent. Ils donnent à voir. Ils informent et font savoir. Ils forment une chaîne pour lutter contre l’obscurité. Ils sont le pire ennemi de l’ignorance, du crime ou de l’oubli car ils savent dire et parfois même dénoncer. Ceux-là, c’est pour la liberté qu’ils travaillent. Ils sont les mots de la lumière et du partage. Du moins avant d’être pris en otages par des « rapteurs » de mots qui en vident la substance, qui les arrangent autrement, les déforment, se les approprient pour inscrire sur leurs propres bannières, en tricotent des slogans.

Et puis heureusement aussi, les mots parfois sont des perles qu’on enfile pour enfanter des poèmes, inventer des chansons, raconter des histoires à murmurer à l’oreille ou à lire fébrilement page à page sans pouvoir se résoudre à ce que le mot FIN s’imprime devant nos yeux. On en noircit des cahiers, on en tisse des sérénades, on en fredonne des couplets, on en déclame des vers, ou on les clame à pleins poumons. Ce sont les mots qui offrent, qui rencontrent, qui se jettent comme des passerelles entre les gens et font la fête, car c’est la fête, la fête des mots et des cœurs, la fête au bonheur. Il y a aussi ceux qui délivrent, qui soulagent, qui guérissent, qui calment ou dénouent, et ceux-là aussi sont des cadeaux sans prix, que peu savent prononcer. Les chevaux le savent bien, qu’un mot et un seul, murmuré comme il faut, avec l’intonation qu’il faut, suffit parfois à calmer au moment où ils allaient se cabrer.

Enfin, le meilleur pour le dessert, plus joyaux encore que des joyaux, les mots d’amour, les mots doux, ces petits mots tendres parfois de rien du tout mais qui savent comme personne faire fondre ou défaillir. Des mots comme des caresses, qui connaissent par cœur l’endroit où se poser, des mots comme des étreintes qui vous enlacent, comme des bouquets ensoleillés, des phrases comme des colliers de mots perlés qu’on déposerait à vos pieds. Des mots en forme de feux d’artifice murmurés ou gribouillés qui vous inondent en secret. Mais là, c’est du privé.

Mots-mariée, mariée avec les mots, pour le meilleur ou pour le pire, à jamais.

©Illustration: l'encyclopédie incomplète.

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