Artiste avec éthique!

Franck Adrien, comédien et metteur en scène, partage son activité entre plateaux de télévision, cinéma d’auteur et scènes théâtrales. Une diversité et des choix souvent difficiles dans un monde plus vraiment rêvé pour le spectacle vivant.

Franck Adrien, comédien et metteur en scène, partage son activité entre plateaux de télévision, cinéma d’auteur et scènes théâtrales. Une diversité et des choix souvent difficiles dans un monde plus vraiment rêvé pour le spectacle vivant.

Franck Adrien comédien © Olivier Perriraz Franck Adrien comédien © Olivier Perriraz

Portrait publié dans la Nouvelle Vie Ouvrière (NVO) du 18 mai 2012

Tout le monde a déjà vu son visage, sans vraiment savoir où. Sa voix concentre un côté familier et une certaine tonalité propre aux comédiens. Franck Adrien déroule son propos avec passion et précision quand il s’agit de parler de sa condition d’artiste, comédien, auteur, metteur en scène, magicien ou marion­nettiste. Tantôt au théâtre, avec une petite compagnie sur la scène du Carré 30, à Lyon, devant 30 personnes, tantôt sur le tournage de Plus belle la vie à Marseille ou encore avec Marion Hänsel à Flaine pour son prochain long métrage, « la Tendresse ».

Professionnel du spectacle depuis 1989, Franck, adhérent et militant au Syndicat français des artistes (SFA-CGT) défend ce qu’il appelle un cinéma ou un théâtre de résistance. « Je préfère travailler sur des films d’auteurs dont on ne parle jamais. Avec des équipes qui se battent pour défendre des scé­narios qui ne sont pas forcément à l’appel du grand public. Je crois qu’il est très important de défendre ce cinéma-là, comme d’ailleurs le théâtre de résistance. » Théâtre ou cinéma, le comédien lie ces deux arts dans l’en­semble du spectacle vivant. Conscient de sa condition enviable aux yeux de ses pairs, il est un peu touche-à-tout dans les métiers qui « fabriquent » le cinéma ou le théâtre. Il est aussi à l’aise pour dé­fendre la production de son spectacle sur Frida Kahlo que pour jouer un petit rôle avec Marion Hänsel. « Je suis arrivé à vivre de mon métier grâce à la pluralité de mes ac­tivités », précise-t-il.

Pour faire chaque année ses 507 heures indispensables au maintien de sa condi­tion d’intermittent du spectacle et ainsi bénéficier d’une véritable « sécurité so­ciale professionnelle », Franck passe d’un exercice à l’autre, comme un grand nombre d’artistes du spectacle vivant. « Je défends mon rôle social de comédien au théâtre, le cinéma ou la télévision me servent à cela. » À son actif, plus de cent-cinquante rôles sur les plateaux de cinéma et une bonne cinquantaine au théâtre, tant dans les grandes institutions subventionnées que sur les petites scènes du type « Découvertes ». Dix ans au Théâtre des Célestins à Lyon comme comédien et second assistant à la mise en scène, et en même temps marionnettiste au théâtre de Guignol… « “On ne doit pas aller au théâtre pour ou­blier, mais pour se souve­nir”, disait Berthold Brecht, cette phrase guide mon engagement artistique au théâtre grâce à mon activité cinématographique. » Cabaret, café-théâtre, TNP, Célestins et même théâtre d’entreprise : Franck court les scènes lyonnaises avant d’enchaîner les castings de cinéma ou de télé, entre Paris, Lyon et Marseille, et faire ensuite de la voix off en postproduction.

De ses belles expériences il en tire certes une grande satisfaction, pouvoir vivre de son métier avec éthique dans une période de grande difficulté d’emplois pour la majorité des comédiens, mais il en a contracté aussi une grosse colère. « C’est grâce à ce statut que je peux faire de nouvelles créations. Mais dans les institutions culturelles d’État, il existe une véritable mafia, je pèse mes mots ! Si tu n’es pas affranchi, si tu n’es pas dans le réseau qui va bien, quel que soit ton engagement artistique, ton discours, ta personne, tu ne rentres pas. C’est un scandale ! Alors que les directeurs de ces institutions bé­néficient de subventions publiques pour les créations et programmations, ils refusent d’ou­vrir leurs portes à ceux qui ne sont pas de leurs réseaux ! » Ce que dénonce Franck ? Une réalité présente dans une bonne part de la chaîne cultu­relle, tant au théâtre qu’au ci­néma ou dans les arts plas­tiques : les subventions se révèlent moyen de pression qui joue sur la précarité des productions et, en cascade, sur les artistes en bas de l’échelle. Du coup, dans le monde théâtral que parcourt Franck, il n’y a guère de prise de risque. Un méca­nisme bien rodé privilégie quelques jeunes sortis des écoles prestigieuses mais ne donne que rarement leur chance à une majorité de petites compagnies compo­sées d’artistes talentueux : par peur d’une baisse de revenus, par frilosité ? Et d’ajou­ter : « Ces gros lieux de production refusent parfois même le prêt de matériel, un hall pour une répétition, le moindre projecteur ou un costume. Pour des institutions subventionnées qui ont une responsabilité publique, c’est une attitude incompréhensible. » Avec cette conviction qui l’anime, « le seul moyen de s’en sortir dans la culture, c’est le partage ».


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