La culture aide à gommer les inégalités sociales

Travail et culture (TEC), né en Isère de la volonté de quelques syndicalistes et acteurs culturels, est aujourd'hui en danger. Cette structure prônant l'accès à la culture pour tous se voit menacée depuis le changement de majorité dans certaines communes lors des dernières municipales. Rencontre avec Philippe Denys, médiateur culturel, représentant du personnel.

Travail et culture (TEC), né en Isère de la volonté de quelques syndicalistes et acteurs culturels, est aujourd'hui en danger. Cette structure prônant l'accès à la culture pour tous se voit menacée depuis le changement de majorité dans certaines communes lors des dernières municipales. Rencontre avec Philippe Denys, médiateur culturel, représentant du personnel.

Philippe Denys Médiateur culturel et représentant du personnel de TEC © © Olivier Perriraz Philippe Denys Médiateur culturel et représentant du personnel de TEC © © Olivier Perriraz

A l'origine de TEC, il y a un comité d'entreprise et le choix politique de l'accès à la culture pour tous. Pouvez nous rappeler cette histoire ?

En 1984, avec les quatre communes de Roussillon, le Péage-de-Roussillon, Salaise-sur-Sanne et Saint-Maurice-l'Exil,  le comité d'entreprise de Rhône-Poulenc participait à la création de TEC qui était, à l'origine, une association loi 1901, issue d’une fédération d’éducation populaire. D'où le nom Travail et Culture. Le CE était membre du conseil d'administration au même titre que les communes. Depuis, le site chimique a éclaté en 17 entreprises mais les salariés ont pu par la lutte garder un comité inter-entreprises (CIE), toujours membre du conseil d'administration, avec l'association des amis de TEC. En 2013, TEC est devenu un Etablissement public de coopération culturelle (EPCC), dont une partie du financement dépend des subventions des quatre communes, de la Drac, du conseil régional Rhône-Alpes, du département de l'Isère, de Rhône Pluriel, de la communauté de communes du pays roussillonnais et aussi du CIE de la plateforme chimique.

 Dans quelle situation se retrouve TEC du fait des dernières élections municipales ?

Deux des quatre communes qui nous soutenaient ont pris des décisions politiques qui remettent en cause l'existence de TEC. Les nouveaux élus UMP de Roussillon ont dénoncé une programmation, « Marxiste et Léniniste », et souhaitent que la ville fasse sa propre programmation. Le conseil municipal a voté la sortie des instances de TEC au 31 décembre 2015. Cela va se traduire par l'arrêt de la subvention de 100 000 euros et l'impossibilité ou sous condition drastique pour TEC d'utiliser les équipements culturels dont nous disposions jusqu'à présent. L'autre commune, Le Péage-de-Roussillon, avec une nouvelle majorité de centre-droit, souhaite faire payer à TEC l'utilisation de ses équipements et diminuer de 25% la contribution financière. Résultat : nous devons construire une programmation pour la saison qui vient, sans savoir si nous aurons l'accès aux salles de spectacles. Heureusement que les deux autres communes, Salaise-sur-Sanne et Saint-Maurice-l'Exil font de gros efforts pour nous soutenir notamment en nous laissant utiliser leurs équipements.

 

En dehors de la programmation de spectacles tout au long de l'année, quelles sont les autres actions de TEC qui permettent un meilleur accès à la culture pour tous ?

Nous avons un outil culturel de proximité qui est original par sa nature, notamment grâce au travail de médiation culturelle que nous faisons auprès de la jeunesse dans les lycées, les collèges, les écoles primaires, les centres de loisirs et dans les centres sociaux. Un travail de qualité, salué par les parents d'élèves, les artistes, les enseignants et les animateurs. Cela génère deux équivalents temps plein sur les dix salariés de TEC. Nous faisons la promotion du spectacle vivant ou de l'art contemporain sans élitisme, mais avec de réelles prises de risques. Notre rôle, c'est de mettre en relation l'œuvre artistique et l'enfant. Nous mettons en place des résidences d'artistes, musiciens, cinéastes, photographes, danseurs ou comédiens avec des établissements scolaires ou des centres sociaux. Cette année, 13 500 enfants ont eu accès au moins une fois à une œuvre d'art. C'est un engagement d'éducation populaire avec l'idée d'amener la culture au plus près des gens. En 2000, la Drac a reconnu notre travail et nous a fait signer une convention de jumelage avec l'Education Nationale, puis en 2012, un Parcours d’éducation artistique et culturelle expérimental en direction du péri-scolaire et le hors temps scolaire. Si les services de l'Etat soutiennent ce travail, c'est un gage qui devrait inciter d'autres partenaires à s'engager avec nous ou à augmenter leur participation. Nous avons l'ambition d'être conventionné par la région Rhône-Alpes.

 

Quels sont les moyens de luttes que vous avez initiés pour faire connaître et soutenir l'action de TEC ?

Soutenir TEC aujourd'hui est un choix politique ! Nous devons convaincre les comités d'entreprises, les associations comme les collectivités territoriales de nous aider pour continuer ce travail de proximité. Nous avons lancé une pétition qui récolte de plus en plus de signatures. Les dix salariés comme les membres des amis de TEC, nous n'hésitons pas pour défendre cet outil de travail, indispensable à tous, pour l'accès à la culture. Nous allons régulièrement à la rencontre des décideurs, du public et de la presse pour promotionner notre travail et ainsi contribuer à son développement.

Propos recueillis par Olivier Perriraz

 

EPCC TEC, 42, rue Jules Guesde 38550 Saint-Maurice-l'Exil. Tél. : 04 74 29 45 26. Courriel : info@travailetculture.com. Site : www.travailetculture.com/

 

 

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