Frioul 2014: un foyer de contagion

Quelle idée de situer notre « cinquième Rencontre avec Médiapart » sur l’archipel du Frioul ? Ces trois cailloux pelés dont l’histoire est surtout militaire et dont la plus belle construction, l’hôpital Caroline, appelé aussi « l’hôpital du vent », fut un lazaret ?

Les îles du Frioul Les îles du Frioul
Quelle idée de situer notre « cinquième Rencontre avec Médiapart » sur l’archipel du Frioul ? Ces trois cailloux pelés dont l’histoire est surtout militaire et dont la plus belle construction, l’hôpital Caroline, appelé aussi « l’hôpital du vent », fut un lazaret ?

C’est que nous pouvions en donner une autre image. A celle du terrain militaire protégeant Marseille, opposer l’ouverture sur le large, à celle de l’île de la quarantaine contre la peste et la fièvre jaune, opposer la « contagion heureuse » par le principe du « Commun ». 


hopital Caroline hopital Caroline
D’autant plus que  nous n’étions pas les précurseurs. En juillet 1997 fut créée la « République libre du Frioul » avec un premier ministre « convoyeur du verbe » suivie en 2012 d’une nouvelle République dont la devise est : « Pour l’art et l’insolence, sans insolation ». Et, pour la 29e édition du festival MIMI, les musiques innovatrices façonnaient les courants du vent nocturne.

Et la beauté ! Dès le pied mis sur le bateau. Partir du Vieux Port sous un soleil sans retenue, doubler le  fort Saint Jean et le fort Saint Nicolas construits en 1660 sur ordre de Louis XIV afin de mater l’esprit d’indépendance de la ville de Marseille, apercevoir le MUCEM, conçu par l'architecte Rudy Ricciotti, découvrir derrière le château d’If les falaises dénudées de l’archipel, nous mettaient déjà en joie.

La bienveillance était convoquée pour mettre de l’huile dans les rouages d’une organisation complexe assumée par des bénévoles. Nous étions en disposition d’entendre Roland Gori nous raconter la galéjade des « deux Francis » et montrer que la politique du chiffre et de la performance fait disparaître l’humain. C’était parti. Le débat pouvait avoir lieu. (Dans d’autres billets nous déclinerons la richesse du contenu).

 © JP NAIL © JP NAIL

Je voudrais mettre l’accent sur le besoin que nous ressentons de ces « rencontres » en présence. Le virtuel a d’énormes qualités, mais il appelle, pour pallier ses insuffisances, ces moments face à face, côte à côte. Le sentiment de solidarité en présence est fort. Nous sommes des êtres de raison mais aussi de sensibilité. Nous savons tous que nous en aurons besoin dans les moments dangereux qui se profilent.

Zora Berriche et Louise Fessard © j Zora Berriche et Louise Fessard © j

Les paroles échangées  n’étaient pas des paroles en l’air. Elles  furent confirmées et confortées par les expériences magnifiques et rudes  racontées tout au long du week-end. Celles-ci montrent que pour sortir d’une pensée individualiste néo-libérale nous avons besoin de mettre en pratique une logique du Commun. Pour relier ces expériences, qu’elles soient embryonnaires ou ancestrales, apparaît la pertinence de ce principe politique : « C’est à dire l’activité de délibération par laquelle les hommes s’efforcent de déterminer ensemble le juste ainsi que la décision et l’action qui procèdent de cette activité collective » (Dardot et Laval « Commun »).

Si les vents qui balayent le Frioul pouvaient permettre à ces idées et ces actions qui traversent Médiapart  de modifier l’horizon du plus grand nombre, alors nous aurions tous participé à la beauté du monde. 

CAMédia  une partie de l'assemblée © JP NAIL CAMédia une partie de l'assemblée © JP NAIL

 

 

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