(Biens) communs. Un enjeu stratégique pour l'économie sociale et solidaire

Pierre Thomé nous rappelle l'urgence de développer les expériences alternatives qui ouvrent sur un monde solidaire. Il vient de publier "(Biens) communs, quel avenir? Un enjeu stratégique pour l'économie sociale et solidaire". Nous avions découvert son travail lors de la Rencontre avec Médiapart que nous avions organisée au Frioul en juillet 2014.

Au Frioul, il était intervenu sur le thème "Ressources naturelles et biens communs" et son texte est toujours disponible dans notre édition. Il a poursuivi et enrichi sa réflexion sur ce thème, articulé avec celui de l'économie sociale et solidaire dans"(Biens) communs, quel avenir? Un enjeu stratégique pour l'économie sociale et solidaire" , écrit avec la contribution de Jean Huet et une préface de Christian Laval,aux éditions Yves Michel (Gap), collection Société civile. Par ces temps où terreurs et dictatures menacent, son rappel que les citoyens peuvent et doivent reprendre l'initiative et le développement des communs est des plus nécessaires. Voici la présentation qu'il nous a communiquée.

Ce livre cherche à clarifier  le concept de COMMUN défini, non comme un bien, mais comme un processus, le plus souvent à l'initiative de citoyens associés, mais aussi d'élus locaux ; processus débouchant sur une construction sociale solidement ancrée à un territoire et dont la gouvernance peut rassembler autour de la même table : collectifs de citoyens, acteurs publics et acteurs institutionnels privés. En France, il semblerait que le modèle récent de Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC) soit bien adapté à ce type de co-gouvernance, plusieurs exemples sont présentés.
Cet essai fait principalement état de COMMUNS se rapportant aux ressources naturelles les plus vitales (eau, terre arable, énergie...), il est donc beaucoup question de ruralité, d'alimentation, d'environnement...
Ce livre devrait intéresser les acteurs d’initiatives citoyennes : associations, coopératives, élus locaux, mais aussi des parlementaires attentifs à développer l’identification de ce vaste mouvement en veillant à ce que les législations s'adaptent à cette réalité des communs en plein développement.
Sa concision, un langage clair et de nombreux exemples le rendent accessible à un large public.

 

"On ne changera pas le monde avec des mots, mais on peut au moins choisir ceux qui diront et accompagneront les changements nécessaires"  [Alain Rey, 2013]

 

Résumé : qu’est-ce qui rapproche les comités de l’eau à Cochabamba (Bolivie) et l'agropastoralisme coopératif du Versant du soleil en Tarentaise ? Un processus tout simplement, celui des COMMUNS !

 

Un mot n’est peut-être qu’un mot, mais il est, ce qui a son importance, puisqu’il peut sous-tendre des idées et des pratiques, ainsi en est-il pour COMMUN, et ce mot devient concept quand il est associé à d’autres tels ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE (ESS).

 

"L'enclosure" des ressources naturelles les plus vitales au nom du sacro-saint droit de propriété foncière, conduit à des tragédies à répétition pour l'humanité et seules des initiatives citoyennes collectives sont en mesure de changer le cours des choses. C'est ainsi que se créent des COMMUNS dans une triple dimension : économique, sociale, écologique, et qui s'inscrivent le plus souvent dans le cadre institutionnel de l'ESS (associations, Scop, Scic).
Cet essai, concis, clair et empirique, met en évidence un "FAIRE EN COMMUNS" inspiré par "lo publico" bolivien, le "consortage" du Valais suisse, les "albergements" moyenâgeux de la Tarentaise. De nombreuses pratiques sont mises en lumière à propos de l'eau (Paris, Cochabamba), de l'agriculture (Foncière Terre de liens...),  de l'alimentation en circuits courts (Scic la Galerie Paysanne...) , de l'énergie renouvelable (Scic Enercoop...), de la finance éthique (Scop la Nef), de la santé (Scic Viv' la Vie), de l'information (Scic Altermondes)... Et de multiples autres expériences pourraient à juste titre figurer dans cet ouvrage...
Reste une question-clé : ce concept de COMMUN peut-il participer à la reconstruction d'un récit politique fort appauvri et à la recherche de sens ? Pour Pierre Dardot et Christian Laval un tel projet "ne peut se concevoir qu'articulé à de pratiques de nature très diverses, économiques, sociales, politiques, culturelles.. À la condition que des lignes de forces communes finissent par se dégager suffisamment à la faveur de liens entre les acteurs de ces pratiques; une "signification imaginaire" peut finir par cristalliser et donner sens à ce qui semblait jusqu'alors n'être que des actions ou des prises de position dispersées, disparates, voire marginales" ("Communs.Essai sur la révolution au XXIe siècle". 2014 La Découverte).

 

 

 

 

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