CAMédia s'arrête là

L'assemblée générale extraordinaire de CAMédia, réunie le 21 février 2018, a décidé de dissoudre l'association.

Henri Michaux, dans sa préface de Ailleurs, dit quelque chose de ce qui nous arrive : la fin d'un voyage, quand on revient chez soi, car on "n'a pas une résistance infinie". "Derrière ce qui est, ce qui a failli être, ce qui tendait à être, et qui, entre des millions de "possibles" commençait à être, mais n'a pas su parfaire son installation".

CAMédia a été créé en mars 2010 "afin d'impulser et fédérer des initiatives individuelles ou collectives visant à faire connaître et soutenir Mediapart" (voir sa charte ). Jusqu'en 2015, notre collectif a fait preuve d'une belle énergie : faire vivre notre édition participative, animer des séances dans des cafés associatifs, participer à des forums, organiser des réunions publiques, constituer des partenariats, organiser des "Rencontres avec Médiapart" (très stimulantes et réussies) contribuer à la solidarité avec des lanceurs d'alerte, avec Médiapart quand il a dû affronter des poursuites judiciaires, avec les abonnés en difficulté financière... Vous pouvez trouver les annonces, vidéos et articles à propos de toutes ces activités dans l'édition.

Depuis 2015, nous avons renoncé à organiser les "Rencontres avec Médiapart", malgré leur succès. Trop de travail, pas assez de relève. Nous avons aussi renoncé aux réunions publiques. Nous nous sommes centrés sur l'animation de débats dans notre édition participative et sur la solidarité. A partir de là, l'activité s'est beaucoup réduite et l'intérêt est retombé. Le nombre de membres actifs ainsi que leur motivation et leur investissement personnel ont considérablement diminué.

Quel sens maintenant à notre action?

Il n'y a plus besoin de faire connaître Médiapart, qui a trouvé sa place dans le paysage médiatique et se passe aisément de notre relais entre les lecteurs et la rédaction.

Mais surtout notre désir – que nous avons mieux compris en cours de route – notre désir de développer une construction collective du participatif dans Médiapart, se heurte à des obstacles majeurs:

  • Peu d'abonnés se sentent concernés.

  • La rédaction de Médiapart n'a pas la volonté de donner un contenu à la participation des lecteurs autre que l'expression dans le Club. La participation au Club n'a nul besoin d'une association de lecteurs-contributeurs.

Lors de notre assemblée générale de 2017, nous avions décidé de maintenir CAMédia en vie et de relancer la question du participatif dans Médiapart. La démarche, commencée en Février 2017 par un article dans notre édition suivi d'une synthèse des propositions des abonnés, aboutissait le 3 mai à une réunion à Paris avec la rédaction (François Bonnet, Sabrina Kassa, Bruno Doguet). Aux côtés de CAMédia (Pascal Maillard et Roger Evano), participait un groupe d'abonnés. Nos propositions d'université d'été, de groupes thématiques associant lecteurs et journalistes, et de soirées avec les abonnés, co-organisées par CAMédia et Médiapart, ne reçurent pas de réponse favorable. Seules quelques pistes pour améliorer la modération dans le Club purent être envisagées; de même, la création d'un observatoire des pratiques participatives sembla intéresser les représentants de Médiapart mais ne fut suivie d'aucun début de réalisation. Manifestement Médiapart ne souhaitait pas travailler en collaboration avec ses lecteurs.

Des responsables de l'association sont partis : décédés, contrariés, malades, désabonnés, investis ailleurs ... D'autres sont en désaccord avec l'orientation, qu'ils considèrent comme partisane, prise par la ligne éditoriale du journal, en ce qui concerne la laïcité et l'islamisme. Ils ne peuvent donc personnellement continuer à soutenir le journal.

La conclusion, au vu de ce constat, s'impose, CAMédia n'a plus de raison d'être.

Nous arrêtons l'édition participative (tout en laissant accessible son contenu) à partir du 16 mars 2018, date de résiliation de notre abonnement comme association.

L'argent que nous gérions pour le fonds d'abonnement solidaire, aujourd'hui 850 €, va être reversé à Médiapart pour permettre à des abonnés en difficulté financière de bénéficier d'un abonnement de soutien pendant un an. Depuis que ce fonds est en place il a permis, de financer environ 130 abonnements. C'est l'occasion de remercier vivement Corinne N. du travail effectué bénévolement depuis cinq ans et tous les donateurs de ce fonds.

 L'argent de CAMédia, environ 3000 €, va être versé en soutien solidaire :

- à Raphaël Halet, lanceur d'alerte dans l'affaire LuxLeaks1

https://helpraph.wordpress.com/soutien/

- au Collectif Agir -Pays d'Aix et d'Aigues, qui coordonne l'aide aux réfugiés

https://collectifagir.com/

- au CREAL 76 (Comité de réflexion et d'action laïque de Seine-Maritime)

http://www.creal76.fr/

Merci à toutes celles et ceux qui ont fait un bout de chemin avec nous, ce chemin qui apparaît en cheminant. Celles et ceux qui ont imaginé, réfléchi, écrit, peint, dessiné, filmé, parlé, joué, chanté, aménagé les lieux, fait le courrier, répondu au téléphone, installé la sono, accueilli les gens, échangé, cuisiné, lors de nos activités nomades.

Malgré ce que nous considérons comme un échec de la participation, Médiapart montre toute son importance dans l'univers médiatique français dominé par les médias de milliardaires préoccupés plus de la défense de leurs intérêts que d'information de qualité.

Nous continuerons, individuellement, à entretenir les amitiés et les conversations que CAMédia nous a découvertes. L'expérience commune a constitué un beau viatique pour continuer ailleurs dans la même direction, celle qu'Ariane Mnouchkine nous souhaitait à tous dans ses voeux, offerts sur Médiapart en 2014 : "Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu'à être expérimentées et mises en pratique avec audace et prudence, avec confiance et exigence. Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres. Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif. Expérimentons nous-mêmes, expérimentons humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l'échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes, afin de progresser concrètement dans notre recherche d'une meilleure société humaine."

 

1A lire, deux billets dans le Club de Médiapart :

https://blogs.mediapart.fr/fabien-grasser/blog/141016/raphael-halet-la-solitude-du-lanceur-d-alerte

https://www.mediapart.fr/journal/economie/110118/pour-le-luxembourg-antoine-deltour-est-enfin-un-vrai-lanceur-d-alerte

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