"Nos Deux Rives" : plein cadre sur l’éducation à l’image et le leadership féminin

Le dynamisme culturel méditerranéen est à l’affiche à Marseille. Le programme culturel « Nos Deux Rives » (1), associé au « Sommet des deux Rives, Forum de la Méditerranée » (2), propose jusqu’en novembre projections, conférences, débats, musique, danse, rencontres, colloques, expositions photographiques...

De gauche à droite : Jamal Idoumjoud (président de l'association Espoir - Tiznit - Maroc) - M X - en robe jaune, Marlène Superbie (volontaire en service civique à Eurocircle) - La juriste internationale Naïma Korchi (AWF - African Women's Forum - Maroc ) - Hafsa Kedadouche (étudiante en littérature française à l’Université de Béjaïa - Algérie). Accroupi : Tayeb Kouceila Mahfoud  (preneur de son stagiaire, de Béjaïa - Algérie), - Mme X -  au premier plan, Rahma Benhamou El Madani ( cinéaste - productrice et écrivaine - présidente des cinéastes non-alignées ) - en robe noire, Lea Lazic (chargée de projets européens à Eurocircle) - Maxime Devaud - premier plan, Florian Zappa (chargé de projets européens au Centre Information Europe Direct Marseille). © Philippe Léger De gauche à droite : Jamal Idoumjoud (président de l'association Espoir - Tiznit - Maroc) - M X - en robe jaune, Marlène Superbie (volontaire en service civique à Eurocircle) - La juriste internationale Naïma Korchi (AWF - African Women's Forum - Maroc ) - Hafsa Kedadouche (étudiante en littérature française à l’Université de Béjaïa - Algérie). Accroupi : Tayeb Kouceila Mahfoud (preneur de son stagiaire, de Béjaïa - Algérie), - Mme X - au premier plan, Rahma Benhamou El Madani ( cinéaste - productrice et écrivaine - présidente des cinéastes non-alignées ) - en robe noire, Lea Lazic (chargée de projets européens à Eurocircle) - Maxime Devaud - premier plan, Florian Zappa (chargé de projets européens au Centre Information Europe Direct Marseille). © Philippe Léger

Le 26 juin dernier, le Centre d'information Europe Direct Provence a accueilli l’événement « Imagine in Air » organisé par « Plein Cadres », représentée par Rahma Benhamou El Madani.
Cinéaste - productrice et écrivaine, présidente des cinéastes non-alignées à Paris, Rahma Benhamou El Madani  a visiblement plus d’une corde à son arc.
Elle a présenté « Tais-toi et parle », un documentaire de 50 minutes (1998) qu'elle a réalisé avec les élèves d’un collège ZEP d’un ancien bassin minier du nord de la France.
Pour aider des adolescents d’une classe de 3e « à prendre de l’assurance, à grandir, à mûrir », le professeur Henri Parmentier et ses collègues accompagnent le projet d’une radio locale privée au sein du collège : Radio C - FM 90,5 (Ndr : « C », probablement pour collège).
Laura, Sabrina, Reda, Virginie, Fatima, Schiano et les autres se piquent au jeu, se partagent les rôles… studio, technique, communication… Les élèves préparent leurs émissions, rédigent certaines de leurs interventions et les chronomètrent avant de s'exprimer sur les ondes, répondent aux auditeurs, inventent des programmes, des magazines, réalisent des micro-trottoirs. On les reconnaît, on les félicite. Ils sont devenus des vedettes dans leur ville. Ils forment une véritable équipe qui veut toujours faire plus et mieux… Ils apprennent les mille trucs de la radio, mais aussi à tempérer leur caractère. Ils deviennent plus calmes, plus disciplinés, plus patients, plus persévérants. Rahma Benhamou El Madani n’hésite pas à leur prêter ses caméras pour filmer en dehors du collège, notamment à l’occasion d’un concert de Faudel.
Au final ces élèves ont progressé sur tous les fronts et dans toutes les disciplines. Ils ont mûri. L’expérience est une réussite pédagogique qui a demandé beaucoup d’investissement et de suivi de la part des enseignants… Avec le départ à la retraite du professeur qui instruisait les fastidieuses demandes de subvention, l’expérience s’arrête.

 « Unis vers Kateb »

Dans le second film (27 mn - 2019), « Unis vers Kateb », pilote d'un long métrage en devenir (et en recherche de financement), le comédien Mahfod Lakroune échange avec des jeunes de Béjaïa.
« L'acteur fétiche », selon Rahma Benhamou El Madani, du dramaturge et grand écrivain algérien Kateb Yacine, conseille ces étudiants qui désirent remettre au goût du jour la pièce « Mohamed prends ta valise ».
Cette farce drôle et mordante de l’inoubliable auteur de Nedjma, raconte l’histoire d’un jeune homme dont la vie est partagée entre la France où il travaille et l’Algérie... où vit sa femme Aïcha.
En tournant des "rushs" en 2019 à Béjaïa, la capitale de la petite Kabylie, Rahma Benhamou El Madani a filmé des manifestations dénonçant, pêle-mêle, le chômage, l’islamisme et le pouvoir militaire qui a succédé au régime Bouteflika. Elle a assisté aux prises de paroles de comédiens algériens et remarqué que leurs slogans renvoient aux maux dénoncés par Kateb Yacine en son temps.
La discipline des jeunes Algériens, leur conception de la liberté, de la dignité, du respect de l’autre, leur sens du partage, exprimés par les comédiens, sont autant de valeurs qui les relient à Kateb Yacine. Leur détermination est impressionnante, comme leurs manifestations sur la place publique. Les images tournées par Rahma constituent un précieux témoignage sur une révolution en cours.

Le leadership féminin en action sur la Rive Sud et au-delà

La projection des 2 documentaires  a été suivie d’une conférence et d’un débat sur « l’éducation à l’image » et « le leadership féminin », en partenariat avec AWF (Africa Women's Forum), une association panafricaine représentée par sa fondatrice, Naïma Korchi, juriste internationale, et « Espoir », une association de Tiznit (Maroc) représentée par son  président, le réalisateur Jamal Idoumjoud.
Naïma Korchi a dénoncé « l’image de la femme de la Rive Sud (et au-delà) que renvoient les médias occidentaux. Celle d’une femme soumise, souvent victime, incapable de s’assumer et d’agir pour faire évoluer les pratiques dans son pays. Cette image laisse des traces dans les esprits, imprègne la mentalité des personnes originaires de la Rive Sud, conforte leur jugement sur leur incapacité à faire bouger les lignes. »
Naïma Korchi a renversé la table des idées reçues et fait remarquer : « au Rwanda, les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans la représentation nationale. Leur pays est premier au classement mondial de la représentation des femmes dans les parlements nationaux. L’Afrique du Sud occupe la dixième place ».
Premier pays européen, la Suède n’est qu’en quatrième position dans ce classement, le seul État occidental à apparaître dans les 10 premiers !
La France est en 17e position mais derrière la Namibie (7e) l’Afrique du Sud (10e) et le Sénégal (11e).
Sur la Rive Sud et au-delà il reste encore du chemin à parcourir, mais le mouvement est lancé. Et les résultats obtenus montrent que les femmes au Sud peuvent faire plus fort qu'en Occident.
Le débat a aussi mis en exergue la nécessité d’un leadership féminin, celui des hommes paraissant inadapté pour mobiliser les énergies et atteindre les objectifs fixés lorsqu’il s’agit de former des femmes. Partout dans le monde.
Rahma Benhamou El Madani illustre ses propos en faisant référence à « Girls don’t fly » (4), un documentaire de Monika Grassl, membre des « Cinéastes non-alignées », qui montre « une ONG dirigée par un Occidental qui gruge les filles en leur faisant miroiter une nouvelle vie.»
Pour le réalisateur Jamal Idoumjoud, diplômé du Conservatoire libre du cinéma Français, président de l’association Espoir (Tiznit Maroc), et directeur du FICMT (Festival international du court métrage de Tiznit) « l’éducation et la libération de la parole des femmes s'avèrent d’une importance cruciale ».

 « la Médiathèque des Frères Lumière sera une véritable oasis d’échanges, de découverte et de connaissances » promet l’association Espoir de Tiznit (Maroc)

 Avec l’association Espoir, Jamal Idoumjoud promeut « l’art et la culture comme outils de changement positif dans la société. » 
Il ambitionne de créer le premier Complexe Cinématographique de Tiznit, « une alternative qui ouvrira ses portes aux jeunes passionnés par le cinéma et l’art, favorisant la création et l’innovation dans un cadre de liberté d’expression et d’indépendance… La ‘Médiathèque des Frères Lumière’ permettra l’accès à la culture et au cinéma en particulier à tous les citoyens de Tiznit et au-delà, devenant un véritable oasis d’échanges, de découverte et de connaissances. »
L’association Espoir Tiznit a sollicité l’aide de la Cinémathèque française
« Image in Air » a fait une large place aux jeunes dans ce débat, à Hafsa Kedadouche, Tayeb Kouceila Mahfod et Houssam Khaled étudiants de Bejaia (Algérie) qui ont participé au tournage de « Unis vers Kateb ». Et au jeune réalisateur marocain, Jamal Idoumjoud, au leadership incontestable, qui semble promis à un bel avenir.
L’événement « Image In Air » du 26 juin au Cied Marseille a permis de confronter des points de vue, balayer les idées reçues. Constater les échanges et l'entremêlement des cultures. Philippe LEGER




(1) Partenaires : Plein Cadres, Festival Marsatac, Musée d’histoire de Marseille, Friche la Belle de Mai, Aflam, Festival de Marseille, Institut Catholique de Méditerranée, Avitem, OpenmyMed, les Apprentis de l’espérance, la 10e Rencontre internationale de Cybèle, CPIE Bastia U Marinu (Mer en Fête et Med’Educ), Arteco, France Volontaires (projet Tero), association Homere France, Meditalents.
Étrangement, le programme « Nos Deux Rives » ne dispose pas de son propre site.
Le programme le plus complet se trouve à l’adresse :  https://www.terrasse-en-ville.com/agenda-blog-marseille-sortie-concert/2019/6/23/23-et-24-juin-nos-deux-rives-marseille.

(2) Marseille a accueilli les 24 et 25 juin dernier le « Sommet des deux rives, Forum de la Méditerranée ». Il s’agit de relancer une politique méditerranéenne au bilan mitigé.
En 2018, la haute Représentante de l’UE, Federica Mogherini, et les ministres des Affaires étrangères des 43 pays membres de l’Union pour la Méditerranée, ont estimé « qu’une dynamique plus coopérative représente l’unique moyen de mettre fin aux conflits en cours, de créer des emplois et d’assurer une croissance durable pour nos populations » (site FMES). Donnant ainsi le feu vert à une initiative française.
Onze ans après la naissance de l'Union pour la Méditerranée, les défis sont légion : guerres, conflits frontaliers, terrorisme, crise migratoire…
Les « Engagements pour une nouvelle ambition en Méditerranée » (à découvrir sur le site France Diplomatie), signés à Marseille par les ministres des Affaires étrangères du 5+5, suffiront-ils à assurer le succès des projets proposés par la société civile ? Apporteront-ils une réponse collective aux défis communs en Méditerranée ?

 (3) Avec le soutien du MEAE (Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères) et du FNADT - Fonds national d'aménagement et de développement du territoire. 

(4) Girls don’t fly », un film de Monika Grassl. Documentaire / 90min / 2016 – Sortie cinéma Novembre 2016 – Production : INDI FILM (Allemagne) / MISCHIEF FILMS (Autriche).

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5+5 = 5 pays de la Rive Nord (Espagne, France, Italie, Malte, Portugal) + 5 pays de la Rive Sud (Algérie, Libye, Mauritanie, Maroc, Tunisie).

L’Union pour la Méditerranée (UpM) a fêté ses dix ans d’existence en 2018. Institution intergouvernementale (secrétariat général à Barcelone) elle réunit 43 pays dont les 28 Etats membres de l’Union européenne. Basée sur une co-présidence paritaire entre les deux rives sud et nord de la mer Méditerranée, son objectif est de promouvoir le dialogue et la coopération dans la région euro-méditerranéenne.

Les vraies raisons de l'échec du processus de Barcelone  (Ambitions Sud International - 2008  N° 67- page  24 : Union pour la Méditerranée : l'Appel de Marseille - Philippe Léger).

Du processus de Barcelone à l'Union pour la Méditerranée : une gouvernance introuvable (site de l'Académie géopolitique de Paris)





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