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Carnets d'Europe

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Billet de blog 4 janvier 2026

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Pourquoi les Européens doivent se ressaisir - Par Monique Beltrame

Le 27 juillet 2025, pressée par le Président agressif et incontrôlable des États-Unis, Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, signe dans le golf privé de Trump en Écosse un accord cadre (1). Le 7 août 2025, Bruxelles fait savoir que les investissements réclamés ne sont en aucun cas contraignants. Trump fulmine... il croyait avoir signé le deal du siècle !

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Illustration 1
Poignée de de main entre Donald Trump et Ursula von der Leyen © Source CE - Service audiovisuel Coopérateurs Producteur : CE - Service audiovisuel Photographe : Fred Guerdin Copyright Union européenne, 2025

En réponse, le 20 novembre 2025, l’Union Européenne est traitée d’une manière humiliante et agressive dans un document officiel de la Maison Blanche portant la signature martiale de Donald Trump. Le National Security of the United States of America réaffirme son mépris et sa colère à l'égard des Européens, déjà mille fois exprimés. 

Trump Gros-Jean comme devant

Cet accord signé dans le golf privé de Trump en Écosse est un accord cadre. Il soumet l’UE à des droits de douane exorbitants, augmentés par des exigences de 1 400 milliards d’investissements européens dans l’économie américaine et 750 milliards d’achat d’énergie  - dont l’UE n’a nul besoin. Or, la Présidente de la CE ne dispose d’aucun mandat pour obliger les États à investir à l’étranger et Bruxelles le fait savoir  à son retour.
La Commission européenne est seule habilitée  à négocier les accords commerciaux au nom des 27 États membres de l'Union européenne, sur mandat du Conseil de l'Union européenne...  Son rôle n'est pas de donner des ordres d'achat aux États membres ou de se substituer aux entreprises ! Xavier Blot, Professeur associé Innovation & Entrepreneurship à EM Lyon, donne d'intéressantes précisions dans sa tribune :  "sur le plan juridique, l'Union européenne n'a pas le pouvoir exécutif pour imposer ces achats auprès des États membres et des entreprises de la zone. Idem côté américain, le gouvernement ne vendant pas directement de combustible et de technologie"  (voir sa Tribune).
L'avertissement du Conseil de l'UE est un camouflet pour Trump qui s'est retrouvé Gros-Jean comme devant.

Un accord de dupes ?

La question du mandat se pose de manière plus large pour la partie américaine : les droits de douane imposés par le Président Trump en 2025 sont-ils constitutionnels ? La Cour suprême des États-Unis affiche son scepticisme. Sa décision n'est pas attendue avant plusieurs semaines (lien vers le journal les Échos : "La Cour suprême affiche son scepticisme face aux droits de douane de Trump").
Voir aussi sur le site du Club des Juristes : "La Cour suprême face aux droits de douane de Trump". 

Renouer avec le projet des "pères fondateurs" de l'Europe

Dans son délire de chamboulement des équilibres mondiaux, le Président des États-Unis se comporte en Seigneur du Vieux Continent qu’il vassalise, s’arrogeant même le droit de s’immiscer dans la politique intérieure de l’UE, en prenant notamment fait et cause pour les parties extrémistes nationalises anti-européens.  
Cette maltraitance l’avons-nous méritée ? Le péché originel : on a trahi le combat de la génération des "Pères Fondateurs" par le manque de respect du principe de base de la construction européenne : l’Union. 
Le Marché unique n’est même pas parvenu à son terme. Nos chers concitoyens pourtant liés par une communauté de destin, sont allés souvent négocier seuls dans l’Empire du milieu... Ils s’étonnent soudain de voir leurs industries, copiées, puis concurrencées, et enfin reléguées au second plan. 
Ce n’est pas l’incapacité technique ou scientifique qui manquent aux Européens, c’est l’oubli de l’acte fondateur, l’unité dans l’effort, le partage et la solidarité qui ont fait sortir des cendres un continent pour bâtir ensemble une entité nouvelle : la première démocratie transnationale, modèle de vivre ensemble. Sans conscience de ce que nous sommes, le monde qui bascule dans la violence primitive, nous engloutira. 

Question marché, l'Europe fait le poids face aux États-Unis

En réalité l’UE, modeste et pacifique, est forte de son Marché aussi prospère que celui des États-Unis.  Elle fonctionne dans un cadre de démocratie solide avec un nombre d’habitants ((450 millions d'Européens) largement supérieur à celui de la   Russie (147millions d'habitants) et même des USA (347  millions ).  L’Espagne la Russie est équivalent à celui de l'Espagne malgré un potentiel naturel immense si Poutine savait l’exploiter au lieu de massacrer ses voisins.  
Sur le plan numérique les Européens réagissent aussi. Ils se sont fait prendre dans la toile numérique des GAFAM. Ces entreprises numériques géantes ont tissé leur filet sur la planète, à tous les niveaux du quotidien.  Aujourd’hui la mise en place d’un marché unique que Thierry Breton, ancien Commissaire européen, avait planifié pour rattraper le retard de l’UE en numérique, entre en fonction. En activant pour la première fois le mécanisme de sanctions du DSA (Digital Service Act) dans le cadre du règlement sur les services numériques, Bruxelles inflige une amende de 120 millions d’euros à X, le réseau d'Elon Musk. Devant cette audace le milliardaire propriétaire de X et ancien conseiller du Président Trump, exige   le 8 décembre 2025 le « démantèlement » de l’UE ! 

Mais où est l’armée européenne ? 

Ce projet d'armée européenne était prévu par les Pères fondateurs. On se réarme dans l’urgence, le service militaire est rétabli dans nombre de pays, mais chacun de son côté. Aujourd’hui les États européens membres de l'Otan affichent un total de 1,5 million de militaires engagés contre 1,13 million pour la Russie, la somme des budgets nationaux devancent largement celle de la Russie. Le manque d’unité et de cohésion de petites armées non entrainées en dévoile l’inefficacité.   Les plans maintes fois réitérés proposés par la France   pour une armée européenne avec des armes construites en Europe et non achetées aux USA comme les F35 dont l’utilisation n’est pas exempte du contrôle étasunien, sont restés malgré quelques soubresauts lettre morte. Pire le projet d’avion de combat européen du futur, le SCAF, n’est pas sûr de voir le jour.  
Pourtant l’UE est capable de décision rapide. Ainsi   dans les 28 points du plan de paix, le Président Trump prévoyait le partage   des avoirs russes placés à Bruxelles avant le conflit, entre l’Amérique et la Russie.  Vendredi 12 décembre les Européens l’ont pris de court et ont acté l’immobilisation des fonds afin de garantir un prêt par la Commission pour continuer de soutenir l’Ukraine par un emprunt commun. 
Joyeux Noël ! Les Européens tenus à l’écart des négociations, ont réussi à mettre pour le moment l ’Ukraine à l’abri de l’appétit glouton de l’homologue russe de Donald Trump. L’année 2026 s’annonce plus réactive à condition que les Européens se ressaisissent et se mettent au travail pour résister à l’emprise impérialiste du Président américain.
Il est urgent de refonder le projet européen en se ré-ancrant dans l’esprit des principes des Pères fondateurs sans domination déguisée de l’un ou l’autre des partenaires.


Monique Beltrame, Présidente du Comité Européen Marseille

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