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Carnets d'Europe

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Billet de blog 5 janv. 2021

2020 - Europe : le temps presse. « The clock is ticking... ! » Par Monique Beltrame*

L’année 2020 a été frappée par une série de bouleversements, menaçant l’UE jusque dans ses fondements. En dépit du Brexit et de la pandémie du coronavirus, qui bouleverse les économies et les finances des 27, les Européens ont renforcé leurs liens. Rappel des faits par Monique Beltrame, présidente du Comité Européen Marseille.

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De gauche à droite : David Frost, Boris Johnson, Ursula von der Leyen, Michel Barnier. Bruxelles - CE/Berlaymont - 10/12/2020 © Co-opérateurs: Photographe: Etienne Ansotte Union européenne, 2020 Source: EC - Service audiovisuel

Le 31 janvier le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne selon le souhait du Premier ministre britannique, Boris Johnson.
« The clock is ticking ! » s’exclame Michel Barnier, négociateur européen du Brexit.
Les exigences, contradictoires, de Boris Johnson empêchent toute avancée.
De longues tractations s’ensuivent dans une mer d'incertitudes, géopolitiques et économiques. 
Puis, telle une malédiction, la pandémie de la COVID 19 s’abat sur l’Europe…

Face au covid : des États désunis... La commission européenne prend la barre


Pour empêcher un chaos sanitaire et économique, Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission, prend toutes les mesures en son pouvoir pour aider les pays en difficulté... organiser les transports, gérer les frontières, briser les tabous de rigueur budgétaire ;  pendant que Christine Lagarde, Présidente de la Banque Centrale Européenne, annonce le rachat des dettes des États membres pour éviter un effondrement sur les marché financiers.
Le temps pressant, le Président français et la Chancelière allemande montent au créneau pour établir la cohésion entre les partenaires.
Répondant à la suggestion d’Emmanuel Macron, Angela Merkel accepte l’idée d’un fonds de relance économique. Les deux chefs d’Etat parviennent le 23 avril à un accord des 27 États membres de l’UE.
Aux forces d’obstruction la Cour européenne de Justice oppose la prééminence du Droit européen sur le Droit national.

Brexit : dans la tempête, Britannia affale ses voiles... mais l'Union Européenne est déterminée à avancer !

Le 1er juillet 2020 la présidence tournante de 6 mois de l’UE échoit à l’Allemagne. Il faut avancer. Avec détermination et une volonté à toute épreuve Angela Merkel prend les commandes de l’Europe.
Dès le 21 juillet elle obtient la ratification par le Conseil Européen extraordinaire pour ce Plan de relance qui atteindra 750 milliards d’€, adossé au budget 2021-2021 de 1074 milliards, après 4 nuits et 5 jours d’âpres négociations.
« Le meilleur accord, parce que c’était le seul possible », explique l’ambassadeur, Michael Claus, représentant permanent de l’Allemagne auprès de l’UE. Le meilleur car indispensable pour faire face à l’effondrement de l’économie européenne et le seul possible parce qu’il a fallu faire des concessions pour rassurer les pays frugaux  tout en restant, d’autre part,  un peu vague sur les problèmes d’entorse à l’État de Droit qui visent la Pologne et la Hongrie dont le comportement anti-démocratique inquiète.
The clock is ticking. Il est urgent de faire valider ce plan par le Parlement Européen. Les responsables politiques espéraient que l’accord du Parlement ne serait sinon une formalité mais du moins serait réglé en septembre pour pouvoir passer à la dernière phase : celle de la ratification par les Parlements nationaux avant la fin de l’année afin de lever les fonds dès janvier, scénario d’autant plus indispensable avec la deuxième vague épidémique.
C’est oublier que l’UE est un complexe politico-économique démocratique qui avance selon des règles précises, des contrôles administratifs et des valeurs humanistes exigeantes qui sont le socle de sa fondation.
Mais les députés exigent que la Hongrie et la Pologne, toutes deux sous le coup d’une procédure pour violation des valeurs fondamentales de l’Union, rectifient leur trajectoire. En réponse à leur refus d’obtempérer, les parlementaires adoptent une résolution de « conditionnalité à l’État de Droit » prévoyant de couper les fonds de l’UE aux États membres faisant fi de la démocratie. Cette disposition provoque l’ire des deux pays incriminés qui prennent l’UE en otage en bloquant le Plan de relance. Enivrés par le rattrapage économique grâce aux fonds de cohésion européens en soutien aux régions défavorisées, Viktor Orban, premier Ministre de Hongrie et Mateusz Morawiecki, Président du Conseil des Ministres de Pologne, veulent donner l’illusion d’avoir reconquis la souveraineté de leur pays.

« The clock is ticking... ! »

"The White Rabbit in Herald's Costume" by John Tenniel (illustrateur britannique 1820-1914) © John Tenniel

L’heure tourne. La situation est extrêmement grave pour l’UE. Le texte clé du Plan de relance qui autorise la Commission à emprunter sur les marchés, ne peut être ratifié qu’à l’unanimité. Malgré l’urgence l’Europe se débat, tiraillée par les forces populistes. Boris Johnson continue d’épuiser les diplomates pour un accord qu‘il ne veut, en fait, pas négocier avec l’UE qu’il cherche à ébranler par des arrangements séparés avec les 27. Pendant ce temps la Chine signe, le 15 novembre 2015, le plus important « marché commun » au monde, l’accord Asie-Océanie, le RCEP (Partenariat régional économique global) dans cet accord figurent avec 14 autres pays asiatiques, dont le Japon... l’Australie et la Nouvelle Zélande, membres du Commonwealth, perles de la Couronne de sa gracieuse Majesté. L’Amérique trouvera aussi au lendemain de la politique twittée de Donald Trump une carte commerciale bouleversée. 
L’Union européenne a traversé des moments exceptionnellement éprouvants. Les deux frondeurs ont réellement cru que les Européens, devant le danger d’une bascule économique feraient marche arrière et se contenteraient de faire la leçon comme d’habitude. Mais les temps ont changé. L’UE a gagné la bataille populiste. Le mécanisme de conditionnalité à l’État de droit sera, non pas à l’unanimité mais à la majorité qualifiée au Conseil européen. 

En moins d'un an, l'Europe a renforcé l'intégration du continent à pas de géant

En 10 mois l’Europe s'est transformée. Elle a stoppé la dérive libérale et retrouvé l’intérêt commun à l’échelle du continent, voulu par les Pères fondateurs.
La Commission européenne qui n’avait aucune compétence en matière de santé, gère aujourd’hui la vaccination contre la Covid19 pour tous les citoyens européens. Le Plan de relance projette le futur et restructure l’économie, dans le respect de l’environnement avec l’ambition d’assurer à l’UE l’indépendance stratégique grâce aux nouvelles technologies et la maîtrise du numérique. Pour assurer l’avenir, il ne doit pas peser sur les générations futures. La route est tracée pour la Next Generation EU. Les aides financières apportées par l’UE doivent s’inscrire dans un objectif précis correspondant aux ambitions du plan dont les effets doivent innerver l’ensemble du continent. L’Emprunt s’étale sur 30 ans pendant lesquels il faudra travailler pour faire fructifier cette nouvelle économie. De plus une fiscalité commune commencera à voir les jour par la création de essources propres à l’UE qui facilitera le remboursement de la dette. La taxe sur le carbone des produits importés sera mise en œuvre au 1er janvier 2021, suivie par d’autres prélèvements aux frontières.
« The clock is ticking » et les événements se précipitent. Touché par la magie de Noël, Boris Johnson a renoncé à un no-deal dévastateur. Un Brexmas (Brexit Christmas) a été déposé sous le sapin grâce aux efforts inlassables de 4 ans et demi de pourparlers.  Michel Barnier, ce diplomate ferme et clairvoyant, est le Maître d’œuvre de cette unité inattendue des 27 face aux épreuves. On a évité «le Singapour sur la Tamise». Le cadre est fixé, ; à présent  des accords sont à trouver secteur par secteur dans le calme indispensable à des négociations. Mais les liens économiques, scientifiques et militaires sont si étroits qu’on peut déjà poser la question : pourquoi cet arrachement du Royaume Uni au continent ?
L’Europe s’est fortifiée pendant cette année.  Unie, enfin, dans la diversité, elle avance dans la douleur par le combat et une foi retrouvée en sa mission. Tout en luttant contre les ravages de la pandémie, les portes ont été déverrouillées pour assurer la survie de notre civilisation.  2021 sera l’année des possibles pour surmonter de nouveaux défis. La Présidence allemande aura marqué l’histoire.  L’Europe sort de sa chrysalide et doit déployer ses ailes. La Présidence française, prévue pour le premier semestre 2022, est déjà sur le pont.

*Monique Beltrame, présidente du Comité Européen Marseille.

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