Philippe LEGER
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Carnets d'Europe

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Billet de blog 8 oct. 2018

La Commission européenne mouillée dans le nettoyage du Vieux Port de Marseille

Samedi 6 octobre à 14 h 30, après une alerte à la "bombe", la grande opération de nettoyage du Vieux-Port de Marseille a donné lieu à un débat citoyen sous l'ombrière, organisé par la Commission européenne et l'association marseillaise Septentrion Environnement sur le thème : “Protection des mers et des Océans, comment agir mieux ensemble?"

Philippe LEGER
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Alain Dumort, chef de la Représentation régionale de la Commission européenne en France :  « d'abord, on est venu plonger pour donner un coup de main à toute l'équipe de nettoyage du Vieux Port. C'est un acte citoyen qui engage aussi la commission européenne, présente à Marseille [depuis 1986]... Nous avons beaucoup de politiques qui se traduisent en action et soutiens financiers dans le domaine de la protection des mers et océans ». 

De gauche à droite : Bruno Fetelian, chef d'unité à Bruxelles - Alain Dumort, chef de la Représentation de la Commission européenne à Marseille © Philippe Léger

Le matin même, en sportif accompli, Alain Dumort a plongé avec son collègue Bruno Fetelian, chef d'unité à la Commission Européenne à Bruxelles, comme une centaine d'autres plongeurs mobilisés par la FNS 13 - Fédération des Sociétés Nautiques des Bouches-du-Rhône... ceux des clubs locaux, treize marins-pompiers du bataillon de Marseille, treize pompiers de Béziers, vingt plongeurs de la Légion Étrangère et seize apnéistes parisiens (association « Apnée Passion »). 
Il s'agissait de remonter les déchets du Vieux-Port, « dans l’eau ou sur la terre, de le débarrasser de tout ce qui pollue », pour reprendre les mots de Michel Lamberti, président du FNS 13. Pas moins de 500 bénévoles ont prêté leur concours à l'opération.
À terre, l’association « Un déchet par jour/One Piece of Rubbish » s’est occupée de nettoyer les rues proches du Vieux-Port.
À noter la participation des hôteliers du Groupe Accor. Ils ont offert 22 nuitées aux plongeurs venus de loin.
Une cinquantaine de bénévoles des hôtels du groupe Accor, des salariés du Centre-Bourse, Citeo, Starbuck Café, Heineken, les Galeries Lafayette... sont venus renforcer l'organisation.
L’ensemble des membres des sociétés nautiques du Vieux-Port ont complété le dispositif.
L'opération de nettoyage a donné lieu à toute une série d'événements, du vendredi 5 octobre 19 h au samedi 6 octobre 17 h 30 (voir programme sur le site "made in Marseille).

Plongeurs - Nettoyage du Vieux Port 2018 © Ph L

Face à l'ampleur du problème mondial posé par les déchets en plastique, la commission européenne encourage le retraitement et l'économie circulaire


Le débat citoyen, annoncé pour le 6 octobre 13 h 45, a été repoussé à 14 h 30. La raison ? « Un 'engin' datant de la 2e Guerre mondiale, remonté le matin même du fond du Vieux Port, était exposé, comme trophée sous l'ombrière de Norman Foster»,  à en croire la rumeur... au milieu du village où se tenaient les conférences, les retransmissions sur écran géant, et les stands associatifs qui renseignaient le public !  
Stand Eurocircle-Europe Direct Marseille © Philippe Léger
Au même moment, des milliers de personnes soutenant le navire de sauvetage Aquarius et son association SOS Méditerranée, s'apprêtaient à rejoindre les abords de l'ombrière, point de rassemblement d'une immense vague orange qui allait déferler sur l'esplanade du Mucem – Musée des Civilisations de l'Europe ! Pendant 2 heures, le Vieux Port (et ses abords) a été évacué. Finalement, la bombe ou plus exactement l'obus était « inactif » ! On s'en doutait plus qu'un peu mais il ne faut jamais plaisanter avec ce genre d'engin. L'obus est un projectile, comme le boulet, qui a pour but de perforer ou détruire sans être pour autant explosif. Encore fallait-il être sûr de la nature de l'engin. Le doute a été rapidement levé par les spécialistes du déminage. Tout le contraire des déchets qui empoisonnent les océans, un problème compliqué à résoudre.

La France, bon élève du recyclage en Europe

Un Océan de Vie © Philippe Léger

À la question posée par le modérateur Emmanuel Drocourt (voir vidéo sur la page facebook de la « commission européenne en France » sur «les problèmes soulevés par le recyclage et l'harmonisation à 27 », le chef de la Représentation régionale de la commission européenne a répondu en termes précis, nets et concrets, en faisant d'abord remarquer que « les pays des Balkans ont aussi vocation a adhérer à l'Union européenne. Et que nous sommes loin de disposer de tous les chiffres en matière de rejets... En France, nous produisons 245 millions de tonnes de déchets par an, dont 25 millions de tonnes de plastique... qu'on pourrait recycler en pétrole (Ndr : ce que font déjà les Chinois). Combien de millions de tonnes partent à la mer... ? On ne sait pas ! Mais notre pays est plutôt bon élève : il recycle 50% à 60% de ses déchets. La moyenne européenne est à 30%. Là, c'est faible, a-t-il déploré.

Les déchets sont déposés sur le quai © Ph L

On s'est fixé comme objectif de faire passer la moyenne européenne pour le retraitement des déchets à 55% dans les quinze ans, au plus tard 2050, pour tenir compte du retard pris par les pays de l'Est qui travaillent aujourd'hui à décharges à ciel ouvert ou par enfouissement.»
Alain Dumort ne s'est pas étendu sur le sujet, mais il aurait pu comparer la situation des Pays de l'Est à celle qui prévalait dans notre département des Bouches-du-Rhône jusqu'à une date récente. La tristement célèbre « décharge d'Entressens », a été longtemps considérée comme « la plus grande décharge à ciel ouvert d'Europe. »
Elle a été fermée définitivement en 2010 sous les injonctions, très fermes, de la commission européenne, qui a demandé des comptes à la France, devenue dès lors en matière de recyclage des déchets... « un des meilleurs élèves de l'Europe ! »

La Bicyclette Grise © Philippe Léger

Ouverte en 1912, cette décharge située... sur une nappe phréatique et très exposée aux vents, s'étendaient sur 80 hectares dans la plaine de la Crau. Elle recevait 460.000 tonnes d'ordures chaque année, provenant essentiellement de Marseille et des communes environnantes. Aujourd'hui, on a tourné la page, enfin presque : il y a toujours ce fichu « jus »de poubelle qui s'écoule de la décharge et se déverse dans la nappe phréatique... Selon les spécialistes, il faudra encore 30 ans années pour résoudre le problème posé par l'écoulement des « lixiviats », ce jus putride et empoisonné. En attendant, on produit de l'électricité à partir du méthane issu de la décomposition des déchets de la décharge. Encourageant.

De nombreux bénévoles sont venus prêtés main forte aux organisateurs. © Ph L


Alain Dumort a mis en exergue la dimension internationale du problème. « Elle réclame une gestion en commun des déchets entre tous les pays.... Où vont les déchets qui viennent d'Égypte ou du Liban ? À Chypre, apportés par les courants... Ce pays est entouré par des millions de déchets qui ne sont pas les siens. Notamment des plastiques. »

4 300 milliards de mégots de cigarettes jetés chaque année !

De gauche à droite : Emmanuel Drocourt - Solène Basthard-Boghain - Alain Dumort - Maliza Saïd Soilihi. L'événement était retransmis en direct ("live") sur la page Facebook de la Commission Européenne. On peut y trouver la vidéo. © Vidéo sur la page Facebook de la commission européenne en France.


Près de 85 % des déchets qui polluent les océans sont en plastique, et la moitié provient de produits jetables, souvent « à usage unique ». Un rapport de l’ONG Seas at risk fait le constat alarmant que, tous les ans, outre les sacs plastiques et autres déchets, les Européens jettent 580 milliards de mégots de cigarettes (pas moins de 4 300 milliards de mégots pour le monde entier, soit 137 000 par seconde - le compteur du site www.Planetoscope.com est très éloquent à ce sujet). Les filtres mettent  plus d'un siècle pour se décomposer ! Les Européens se débarrassent aussi de 46 milliards de bouteilles en plastique et 36,4 milliards de pailles. En mer, les plastiques empoisonnent, tuent, et mettent des dizaines d'années à se dégrader.
« Solutions radicales, reprend Alain Dumort, en interdire la production. C'est la solution préconisée par 25 États africains.

En mai dernier, une directive européenne a été adoptée pour réduire l'utilisation des plastiques à usage unique, comme les assiettes en plastique, les touillettes ou les tiges supportant les ballons gonflables*. Là encore, la France se montre bon élève en allant plus loin que les autres. Il s'agit de récupérer et valoriser les déchets, on peut aussi les transformer en énergie, dans le cadre de l'économie circulaire » s'est félicité Alain Dumort.

L'équipe, venue tout droit de Paris, a géré de main de maître la retransmission de l'événement sur la page Facebook de la Commission européenne en France. © Philippe Léger

À Marseille, des spécialistes du milieu marin, passionnés de plongée

Solène Basthard-Boghain, directrice adjointe de « Septentrion-Environnement » et plongeuse... elle aussi ! a présenté son association, « créée à Marseille il y a 11 ans, et affublée d'une double casquette puisqu'elle regroupe des biologistes marins et des plongeurs professionnels.... Ses missions : recherche, formation des spécialistes à la plongée appliquée à l'écologie marine, éducation et l'environnement. Des spécialistes du milieu marin, passionnés de plongée, aident les laboratoires à acquérir de la connaissance sur le terrain. » Concrètement : masque, tuba... et à la baille !
Solène Basthard-Bogain a simplifié la présentation de son association pour le public de l'Ombrière, mais les précisions données sur le site internet de « Septentrion environnement » sont édifiantes : « consultations techniques et scientifiques... développement d'outils... opération hyperbare... formation universitaire... formation de professionnels de la mer... école de plongée sous marine expérimentale… »

Dominique Tian, premier adjoint au maire de Marseille, sort de l'eau. Mission accomplie ! © Philippe Léger

Cette pluridisciplinarité est renforcée par une forte expérience de terrain, « qui permet d'investir dans des actions de recherche et de gestion ; des programmes de formation appliquée ; des activités de valorisation de l’environnement marin. »
Pour Septentrion-Environnement, « il s'agit d'être l’interface entre les acteurs et pratiquants de la mer, d'œuvrer en faveur de la connaissance et de la gestion. Pour que notre littoral reste un espace naturel en bonne santé, un lieu de vie et d’activité, un espace de loisir pour le bien être de chacun. » 
S'adressant au public de l'ombrière, Solène Basthard-Boghain  a montré un aspect du travail effectué dans le parc national des Calanques (créé en 2012) : « constater, mieux mesurer sur la base de critères, de normes bien définies, des changements significatifs. À notre échelle locale, on peut définir des zones témoins. Sur les 43 500 hectares d'aire marine du parc national des calanques, seules 2% sont dits en 'excellent état' de conservation et 20% en 'bon état". L'idée est déplacer le curseur, d'améliorer l'état général... »

Protection des Océans. © Philippe Léger

Des personnes du public ont débattu avec les orateurs en débordant du thème fixé par les organisateurs. Elles ont notamment dénoncé la destruction d'une pinède pour l'extension de Keydge à Lumigny... mais étrangement aucune question sur les rejets d'Alteo dans les aires marines des Calanques.
Maliza Saïd Soilihi, conseillère municipale, déléguée aux Crédits européens, Site Internet de la Ville de Marseille, avait la tâche délicate de répondre...
La conférence était retransmise en direct (« live ») sur la page Facebook de la Commission européenne. Elle s'y trouve toujours. Prenez plaisir à la découvrir, si ce n'est déjà fait !

 Programme complet de l'événement 2018 « Nettoyage du Vieux Port » sur le site « Made in Marseille – l'info en ligne de la région marseillaise »

*récipients pour aliments ; récipients et gobelets pour boissons, bouteilles pour boissons à usage unique en plastique ; bâtonnets de coton-tige ; couverts, assiettes, pailles, bâtonnets mélangeurs pour boisson ; tiges pour ballons en plastique et ballons en plastique ; récipients alimentaires et gobelets pour boissons en plastique ; sachets et emballages (par exemple pour les chips et les sucreries) ; produits du tabac avec filtres (tels que les mégots de cigarettes) ; les lingettes humides ; sacs en plastique léger ; serviettes hygiéniques et lingettes humides.

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