La marche chaotique de l'UE ou les limites de l'Europe communautaire

"Trois événements révèlent la marche chaotique de l'Europe. Ils ne mettent pas fin au rêve fédéraliste mais montrent les limites de la méthode communautaire" (billet de Monique Beltrame, présidente du Comité Européen Marseille.)

Comité Européen Marseille

"Jeudi 23 juin 2016, c’est une première dans la courte histoire de l’unification de l’Europe. On a vu un Etat-membre décider unilatéralement de quitter le navire vers un avenir incertain. Depuis la Grande-Bretagne se débat avec une devise dévaluée et se prépare au Brexit, un divorce qui semble impossible de mener à bien.

Jeudi 7 octobre 2016, c’est une première dans la courte histoire de l’unification de l’Europe que d'entendre, à l’occasion du 17e anniversaire de la Fondation Jacques Delors, le Président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, déclarer au lendemain de l’annonce de la Première ministre britannique sur le Brexit : « C’en est fini des États Unis d’Europe… Nous ne pouvons plus induire en erreur les citoyens européens qui ne veulent pas des Etats-Unis d'Europe… Ils ont besoin de proximité immédiate…C’est la fin du rêve fédéraliste… Je crois que nous devons cesser de parler des Etats-Unis d’Europe. » *1
Le Chef de la Commission européenne, gardien du respect des Traités, s’apprêterait-il à commémorer avec des chrysanthèmes le 60e anniversaire des Traités de Rome ? A moins que ce soit une tactique pour désamorcer la virulence des antimondialistes et antieuropéens !

Le quatorze octobre 2016, c’est une première dans la courte histoire de l’unification de l’Europe : une petite région de la Belgique, en conflit avec ses concitoyens flamands, décide de torpiller un traité commercial international, compétence exclusive de la Commission Européenne. 
La Belgique, suite à de graves tensions entre communautés linguistiques, est scindée en plusieurs régions qui ont toutes un droit de veto sur le gouvernement central - situation inadmissible et incompréhensible pour une nation membre de l’UE dont la capitale est Bruxelles! Que deviendrait une petite province wallonne seule dans le concert des nations ? 

Les limites de la méthode communautaire 
Faut-il rappeler que les peuples du vieux continent doivent leur prospérité à la Commission européenne qui incarne l’intérêt général grâce au partage de la souveraineté de chacun au profit de tous ?
L’Europe, première puissance commerciale, ne compte que 7% des habitants de la planète elle représente 30% du commerce international, 20% de la richesse mondiale et accueille 30% des investissements étrangers. En Europe des millions d’emplois dépendent des exportations. De cette richesse découle une protection sociale unique au monde. 
Si l’UE s’impose à toutes les grandes puissances, c’est parce que les Européens négocient unis et parlent d’une seule voix en confiant cette responsabilité à la Commission européenne. 
L’UE ne conclut d’accord que dans le respect de tous les règlements européens comme par exemple la sécurité alimentaire ou la protection de l’environnement. 
Les différentes étapes des négociations sont soumises au Parlement européen, représentant démocratique, élu au suffrage universel. Ainsi a-t-on obtenu que la règlementation des gouvernements soit respectée par les multinationales et qu’un tribunal permanent soit mis en place dès l’application du CETA avec 15 juges professionnels nommés par l’UE et le Canada.
On ne peut que regretter que la méthode communautaire - c’est-à-dire le travail de la Commission en accord avec le Conseil européen sous contrôle du Parlement - n’ait pas réussi à s’imposer dans tous les domaines. 
Avec une Union politique et une Défense commune, l’Europe n’aurait pas laissé une vacuité à ses frontières, devenues le champ de bataille de puissances ennemies, la sécurité de notre continent serait alors assurée. 
A l’occasion de l’épisode théâtral wallon qui connaîtra un happy end, espérons qu’il en soit un jour de même pour notre vieux continent. 
Avec le CETA un rebond des échanges devrait s’amorcer et apporter de nouvelles perspectives d’avenir." Monique BELTRAME, présidente du Comité Européen Marseille.



1 - « Affaires étrangères » France Culture 8 octobre 2016

2 - COMPREHENSIVE ECONOMIC AND TRADE AGREEMENT (CETA)

ACCORD ÉCONOMIQUE ET COMMERCIAL GLOBAL (AECG)

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.