Philippe LEGER
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Carnets d'Europe

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Billet de blog 16 janv. 2022

Présidence française du Conseil de l'UE : un projet ambitieux... et épaulé !

Le programme de présidence française du Conseil de l’Union européenne vient de commencer pour six mois, en interférence avec l’élection présidentielle française. Un projet ambitieux : « relance - puissance - appartenance ». Or, Le traité de Lisbonne limite la présidence tournante à un pouvoir… d’impulsion. Ni plus ni moins. Le risque : que la montagne accouche d’une souris. Mais rien n'est joué !

Philippe LEGER
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Réunion inaugurale de la Présidence française du Conseil de l'Union européenne avec la Commission européenne Photo de gauche à droite : Janez Lenarčič, Ylva Johansson, Helena Dalli, Didier Reynders, Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen, © Coopérateurs : Photographe : Dati Bendo Union européenne, 2022 Droits d'auteur Source : CE - Service Audiovisuel

Beaucoup s'interrogent sur les chances de la présidence de notre pays d’aboutir dans un laps de temps très bref, perturbé par les élections présidentielles. La présidente de la commission européenne dans son discours  devant l’Assemblée Nationale (le 7 janvier dernier) évoque « une ambition énorme  » ... Interprétant ses propos, certains en tirent la conclusion que cette ambition ne serait qu'une déclaration d'intention, qu'un slogan, de la "gonflette électorale". Le projet serait irréalisable en 6 mois. Est-ce vraiment ce que la présidente a voulu dire ?
Il faut replacer ce projet ambitieux dans son contexte historique, le remettre en perspective, pour en montrer la logique et la crédibilité.

Relance : la France n'est pas seule... Elle n'est pas seule !

Parmi les grandes priorités il y a évidemment la relance économique, planifiée et concrétisée par NextgenerationEU,  un plan signé le 21 juillet 2020 lors de la Présidence allemande, épaulée par la France… qui exerce aujourd’hui la présidence tournante dans le cadre d’un nouveau trio formé avec la République Tchèque et la Suède.
De manière prévisible, il y a continuité dans l’action… Chaque présidence se préoccupe de répondre aux défis du moment, mais elle n’est jamais assurée seule ! La continuité est assurée en trio au niveau du Conseil européen ; c'est une chaîne ininterrompue d'États qui se relaient, reprennent l'ouvrage, travaillent dessus, en commun, n'hésitant pas à y apporter leurs touches personnelles, toutes leurs activités s'accomplissant avec le soutien d’autres institutions européennes :  Commission, Parlement, Banque Centrale etc. La présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, est aussi vice présidente du Conseil. Elle exerce un véritable pouvoir de supervision, qu'on pourrait confondre avec un leadership.
Lors de la présidence allemande, il s’agissait de faire face à la menace d’un effondrement dû à la pandémie. L’ambition était aussi de réorienter l’économie pour répondre aux exigences environnementales et climatiques.
Grâce à la puissance de frappe du premier endettement solidaire de l’histoire de l’Union, les avancées d’innovations scientifiques et numériques constituent aujourd’hui le fer de lance de la nouvelle économie.
Thierry Breton, Commissaire européen, chargé du Marché intérieur veille scrupuleusement à sa gestion. Il est à la tête du plus gros portefeuille de la Commission pour assurer la libre circulation des biens et des services. Il conduit la transition verte et numérique de l’industrie européenne pour assurer la souveraineté technologique de l'Europe, des données, de l'intelligence artificielle, de la 5G, de l’industrie spatiale et de la défense. Un observateur tant soit peu attentif relève deux démarches qui relèvent du paradoxe : celle de l'Allemagne a pour but d'unifier le continent européen, car elle ne se résout pas à le voir se dissoudre et disparaître dans la mondialisation ; celle de la France est de protéger ses industries. Et faire entendre sa voix en donnant de la puissance à l'organisation supranationale.

La puissance :  pour passer du rôle de figurant à celui d’acteur sur la scène internationale

La force économique ne saurait suffire pour assurer la pérennité de l’Europe. C’est le message que le Président Macron a fait passer le 13 janvier dernier à Brest (Ateliers des Capucins), aux ministres de la Défense des pays partenaires. Pour les convaincre d’organiser le vieux continent en tant que puissance. Pour s’exprimer et se faire respecter dans le monde.
Jouer sur la scène internationale implique une défense commune. Or, l’absence d’armée européenne est alarmante aujourd’hui.
La mise en œuvre du Fonds européen de défense et le plan d’action sur la mobilité militaire ont certes avancé. Emmanuel Macron est bien décidé de faire adopter les bases d’une autonomie dont les principes seront définis par une « boussole stratégique » qui sera proposée au vote à l’unanimité au Conseil Européen des 24 et 25 mars à Bruxelles.
Il ambitionne d’impliquer les 27 pays partenaires sur le plan géopolitique et prévoit la signature d’« un Traité avec l’Afrique » sous l’égide de l’UE. Ce serait un grand pas dans la logique européenne plus à l’aise en géoéconomie qu’en géopolitique.
L'Europe en unifiant ses forces « pourra poursuivre la réalisation de l'une de ses tâches essentielles : le développement du continent africain » stipule déjà Robert Schuman dans sa Déclaration du 9 mai 1950.

Appartenance : un destin commun à construire ensemble

Si nous remontions aux sources de cette union sus generis, nous verrions que la Déclaration de Robert Schuman est d’une actualité surprenante.
Peut-être cache-t-elle même la réponse au troisième concept de la devise : l’appartenance, c’est-à-dire la conscience d’avoir en héritage la même culture et la certitude d’être sur le même bateau pour se diriger vers un destin qu’il nous appartient de construire ensemble.
La tension regrettable entre les pays partenaires est en partie due à l’incompréhension du projet européen. Pour certains à l’Est ce problème est lié à l’absence d‘expérience démocratique tandis que d’autres à l’Ouest le relie au syndrome du « plombier polonais ».
Pourtant les critères d’adhésion à l’Union européenne sont stricts et complets. Pour accompagner cette adhésion, des aides structurelles et logistiques sont mises en place afin d’aider les nouveaux entrants à rattraper leur retard social et économique.
D’où viennent ces réticences, ces incompréhensions, ces blocages ?
Certains pays ont été d’excellents élèves pour mettre à profit le système de subventions, en confondant parfois la tolérance avec le laisser-faire et l’Union Européenne avec un tiroir-caisse !
La difficulté de se penser en Européen parait être la cause première du piétinement du processus d’intégration. La Déclaration de Robert Schuman pourrait servir de base aussi bien sur le plan politique que civique pour faire émerger le sentiment d’appartenance si essentiel à la cohésion du continent.

La dignité humaine est au centre du projet européen :

l'éthique comme critère d'adhésion ?

La question qui se pose désormais : ne faudrait-il pas ajouter un troisième critère, l’éthique, et l’inclure dans les traités d’adhésion ?
La Déclaration de Robert Schuman éclaire sur le sens de cet édifice si fragile : rendre la guerre impossible par la solidarité, créer la prospérité par l’organisation économique fondée sur l’intérêt commun.
Ce document pourrait servir de préambule au processus d’adhésion tandis qu’on pourrait le faire figurer aussi dans les Constitutions nationales pour rappeler le sens de la politique actuelle : édifier une nouvelle puissance qui abrite un modèle de société unique au monde dans lequel la dignité de l’Homme est au centre du projet.

Monique BELTRAME
(Le 15 janvier 2022)

Titre, chapeau, intertitres, premier et deuxième paragraphe (rewriting) , sélection photo: Philippe LEGER

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