Europe : le pessimisme n'est plus de mise - Par Monique Beltrame*

Les élections européennes en France ont laissé un goût amer de gâchis et d’incompréhension : le quart des élus français envoyés au Parlement européen appartient à un parti qui n'a d’autre ambition que celle de défaire l’Union européenne.

Comité Européen Marseille

Monique Beltrame, présidente du Comité Européen Marseille © Philippe Léger Monique Beltrame, présidente du Comité Européen Marseille © Philippe Léger
En analysant les résultats sur une grande échelle, une lecture plus optimiste peut se faire. Aucun des grands pays n’a eu une réaction aussi négative. 
Malgré cette crise venue d’outre Atlantique et amplifiée par l’endettement incontrôlé des Etats, l’Espagne a manifesté sa réprobation par une forte abstention. En Italie, le phénomène Beppe Grillo s’est dégonflé face à l’attitude déterminée de Matteo Renzi. En Allemagne, le résultat reflète la confiance du gouvernement en place. La Pologne joue un rôle toujours plus important au sein de l’UE grâce à sa réussite économique fulgurante depuis son entrée dans l’Union. Les petits pays les plus secoués comme la Grèce, l’Irlande ou le Portugal remontent la pente sans rejeter l’Europe. Aucun Etat, pas même la Grèce, n’a souhaité quitter la monnaie unique.

L'extrême droite réduite au rôle de figurant
La forte progression des partis d’extrême droite n’aura que très peu d’influence sur la marche de l’UE.
En effet, il faut s’organiser avec sept pays pour pouvoir constituer un groupe politique au sein du Parlement. Or ces partis hyper nationalistes n’ont pas vocation à collaborer avec les étrangers. Le FN est le seul à vouloir sortir de l’euro.

L'euro sort renforcé de la crise.
Zone euro : 15 participants en 2008... 19 en 2015 !
Ces réactions de rejet des électeurs sont une conséquence normale de la plus grande crise économique qui a secoué l’UE depuis 1930.
Sans structure économique et budgétaire commune, l’Europe aurait dû éclater. C’était le scénario envisagé par les marchés. Or, cette Europe indisciplinée qui, après la création de la monnaie unique, avait mis sous le tapis l’Union économique et la rigueur budgétaire a, du jour au lendemain, créé les instruments de solidarité entre les pays membres.
Même le Royaume Uni a participé au sauvetage de l’euro !
Pour éviter l’intervention des Etats en cas de krach bancaire, tout un dispositif unique, sous le nom d’Union bancaire, s'est mis en place.
L’intervention de la BCE, la politique des nations ont redressé la situation : on comptait 15 Etats dans la zone euro en 2008, au 1er janvier 2015  on sera 19 ! 

Le prochain président de la Commission européenne aura plus de légitimité pour représenter l'Union.
Malgré ces turbulences, ces élections vont marquer un tournant dans l’intégration démocratique du fonctionnement des institutions européennes. Avec le rejet du traité instituant une constitution pour l’Europe, la politique européenne a glissé de la méthode communautaire vers l’intergouvernementale avec les conséquences que l’on sait. Le traité de Lisbonne, très prudemment, pour marquer une évolution, suggère aux chefs d’Etat et de gouvernement de choisir en 2014 un président de la Commission, dans la majorité du parti issu des élections. Un bras de fer s’est engagé. Forts de l’augmentation des eurosceptiques les chefs d’Etat et de gouvernement ont été tentés de revenir à leur ancienne pratique en nommant une personnalité à l’écoute des marchandages inter étatiques. Mais le Parlement a pris les devants en nommant d’emblée avant les élections un chef de fil de chaque parti représenté. Ainsi M. Jean-Claude Juncker devrait être le président pressenti et représente à lui seul plusieurs millions de voix d’avance sur n’importe quel chef d’Etat et de gouvernement de l’Union. Cette légitimité devrait l’emporter. Un pas de géant vers l’intégration démocratique politique de cette entité sui generis qu’est l’UE, serait franchi.
Il reste beaucoup à entreprendre pour la génération montante. Il y a du travail sur la planche : mettre en œuvre avec détermination tout ce qui est essentiel de mutualiser sur le plan de l’approvisionnement énergétique, l’environnement, la recherche, la politique étrangère ou la défense. Le pessimisme n’est plus de mise.

Monique Beltrame, Présidente du Comité européen Marseille
http://www.comiteeuropeen.eu

 

 

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