Lampedusa : plus proche d'un camp de concentration que d'un centre d'accueil ?

En Italie, une vidéo enregistrée sur l'île de Lampedusa fait scandale. On y voit des clandestins exténués, traités comme des chiens... Des gardiens hurlent sur eux, s'en moquent, les affolent, les obligent à se mettre nus pour une séance de désinfection en plein air, dans la froid de décembre...

Comité Européen Marseille

« On nous a soumis à un traitement contre la gale comme de vulgaires voitures au tunnel de lavage
 », s'indigne Khaled, un clandestin syrien, l'auteur de la vidéo, au journal télévisé TG2 de la Rai 2. 
Giusi Nicoli, maire et élue du parti des Verts de cette île située à l'extrême sud de l'Italie, clame son indignation. C'est la toute première élue à avoir dénoncé les pratiques innommables en vigueur sur cette île, au cœur du dispositif de l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex). « Des pratiques dignes d'un camp de concentration » commente-t-elle avec émotion.

« Migrants, la video choc de Lampedusa. Nus et gelés pour la désinfection » titre Alessandra Ziniti, journaliste à Palerme de La Republica (édition du 18 décembre 2013). « Ceux qui ont fait le mal paieront, s'emporte le ministre de l'Intérieur italien, Angelino Alfano, qui juge le traitement infligé aux immigrés indigne d'un pays civilisé », propos rapportés par la Stampa.
Depuis, c'est tout le peuple italien qui s'indigne du traitement réservé à  « des êtres humains dont le seul crime est de venir rechercher en Europe la paix, la dignité et l'espérance d'une vie meilleure qu'on leur refuse dans leur pays.»

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Chaque année des milliers et milliers de clandestins meurent noyés, pas moins de 400 début octobre aux abords de l'île. Comme la traversée, la prise de contact avec l'Europe est démentielle. Pour tous les clandestins : hommes, femmes, enfants...
L’administrateur-délégué de la coopérative Lampedusa accoglienza (le centre d'accueil), se défend d'avoir des pratiques dignes d'aspirant au nazisme. Selon lui, « à un moment, des réfugiés se sont impatientés et ont commencé à se déshabiller; ils ont clairement mis en scène ce qu’on a vu ensuite à la télévision. Il faut remettre les choses dans leur contexte : il n’y a ni lager (camp) ni camp de concentration, et les séances de désinfection sont organisées pour le bien des réfugiés
« Alors que le centre ne compte que 250 places, 497 réfugiés y sont actuellement accueillis », selon La Repubblica. Dans ces conditions, « on pare au plus pressé , l'accueil en souffre, le respect de la dignité humaine devient le cadet des soucis de gardiens à la mentalité de garde-chiourmes, d'un centre qui reçoit entre 30 et 50 euros par migrant depuis cinq ans » traduisent des esprits lucides.
Cecilia Malmström, la commissaire européenne aux Affaires intérieures a déclaré les images de Lampedusa « épouvantables et inacceptables » et menacé Rome de sanctions. 
Le gouvernement italien a choisi de remplacer les dirigeants du centre d'accueil... « pour leur bien », ajouterait une personne ironique.
Les drames de l'immigration sont inscrits à l'ordre du jour de la réunion des chefs d'État et de gouvernement de l'UE qui se tient aujourd'hui et demain à Bruxelles. Philippe LEGER

 

Pulizia etnica a Lampedusa Video shock trasmesso dal Tg2

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