Philippe LEGER
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Carnets d'Europe

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Billet de blog 23 sept. 2013

2e édition du Festival international de l'Estaque

Le 2e Festival international de la Caricature, du Dessin de Presse et de la Satire s'est tenu du 19 au 22 septembre 2013 à l'Estaque-Plage, dans les quartiers Nord de Marseille.

Philippe LEGER
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Un public populaire, familial et intergénérationnel, pour ce 2e Festival International de l'Estaque, une édition 2013 riche « d'expositions de prestige » et de séances de dédicaces offertes par de talentueux artistes. Il en a profité pour se faire tailler le portrait, « en direct », par les dessinateurs de la « grande presse » venus des quatre coins de  France, mais aussi d'Allemagne, de Belgique, d'Italie, du Liban, de Tunisie, d'Algérie, d'Iran.
À côté des dessins humoristiques et de leurs signatures prestigieuses, les organisateurs ont eu la bonne idée de présenter une exposition de dessins d'enfants, de l'École de l'Estaque. Quatre de ses classes ayant participé aux ateliers dirigés par Fathy Bourayou et Serge Scotto, deux dessinateurs membres du collectif.

Avec 38 invités, souvent prestigieux, venus des quatre coins de France, de l'Europe et de la Méditerranée, ce fut l'occasion de questionner l'actualité et, par l'humour, d'œuvrer pour la tolérance.
 Lors de la conférence de presse du jeudi 12 septembre à la Salle de Polyvalente de l'Estaque, en présence de la sénatrice Samia Ghali et de Nadia Boulainseur, conseillère régionale en Provence- Alpes Côte d'Azur, le professeur Georges Fernandes, qui préside le Comité des Fêtes de l'Estaque, avait d'emblée annoncé la couleur : « En cette année capitale, l'Estaque défend son droit à une fête populaire, intelligente, solidaire et humoristique ». Pari tenu. 

« Fini de rire »
Le 19 septembre, jour de l'ouverture, en présence de Slim (dessinateur de presse, l'Humanité, le Soir d'Algérie) et Pierre Ballouhey (2), le cinéma l'Alhambra a projeté le documentaire "Fini de rire" réalisé par Olivier Malvoisin (3). Le ton était donné. Le film a servi de support à la conférence, suivie d'un débat avec le public, du dessinateur iranien Kianoush Ramezani, qui vient d'être distingué avec 3 autres dessinateurs de son pays. « Le 3 mai 2012, M. Kofi Annan, Prix Nobel de la paix et Président d’honneur de “Cartooning for Peace” et M. Pierre Maudet, Maire de la Ville de Genève, ont remis pour la première fois le Prix International du Dessin de Presse à quatre dessinateurs iraniens, représentatifs d’une nouvelle génération d’artistes courageux et de grand talent. » (site de « Cartooning for Peace »)


Kianoush Ramezani

Devant le public de l'Alhambra de Saint Henri (un des « quartiers Nord » de Marseille), l'artiste et activiste persan Kianoush Ramezani a retracé son parcours d'exilé politique. Il vit aujourd'hui dans la région parisienne. Ses dessins sont publiés régulièrement sur les sites iraniens Gozaar et Khodneviset dans Courrier InternationalLe Maghreb, ainsi que sur la chaîne TV5 Monde.

Chichi et Panisse d'or au menu de clôture
Lors de la dernière journée, deux dessinateurs ont été distingués. Le Jury a remis son « Chichi d'or », le « chichi » étant une spécialité gourmande typique de l'Estaque. Le « Chichi d'or» a été remis à Rafagé, un des plus grands dessinateurs belges. Cet autodidacte adore « l'absurde » comme beaucoup de ses compatriotes (« de toute manière, on n'a pas le choix ! »). Il publie dans L'Avenir du Luxembourg, le Républicain Lorrain et Urban TV.
Le prix du Public, « la Panisse d'or » a été remise à Nadia Khiari. La panisse, à base de farine et de poids chiches, est une spécialité culinaire d'origine ligure qui a séduit les palais estaquéens dès l'Antiquité. N'oublions pas que Marseille, chargée de 2 6oo ans d'histoire, est la doyenne des villes de France !
Nadia Khiari, étudiante de l'école des Beaux Arts d'Aix -en-Provence (au début des années 90) enseigne aujourd'hui les Arts plastiques aux Beaux Arts de Tunis. Elle est très représentative des échanges entre les deux rives de la Méditerranée.
« Sa carrière de caricaturiste a débuté le 13 janvier 2011, exactement, se souvient-elle... avec un crayon et un calepin ». Elle a suivi « la révolution du jasmin » dans les pas des manifestants, dans les rues et sur les places publiques, n'hésitant pas à se hisser sur les barricades, croquant et annotant à la volée, sans en perdre une miette, les mouvements, les cris de révolte et d'espérance de la foule, et cela jusqu'à l'heure du couvre-feu. Tout de suite après, elle scannait ou prenait en photo les pages de son calepin pour les mettre en ligne. Sur sur sa page Facebook et son compte Twitter, on découvre l'humour décapant du chat « Willis from Tunis », un personnage qu'elle a créé et qui ne parle pas la langue de bois ! Fanatiques de la dictature laïque comme de la dictature théocratique, n'ont qu'à bien se tenir. Tous en prennent pour leurs grades... Plantu et Siné sont les plus fervents admirateurs de Nadia. Le premier la soutient avec son ONG Cartooning for Peace, qui défend les dessinateurs du monde entier. Tous les mois, Siné mensuel lui offre de publier une « carte postale » de Tunisie. 
Aujourd'hui, Nadia Khiari a la reconnaissance et l'admiration du public marseillais. L'occasion de rappeler les liens plusieurs fois millénaires entre les habitants de Tunis (Carthage) et Marseille (Massalia), deux antiques villes méditerranéennes, deux sœurs. Ici, on entend dire « qu'il n'y a pas si longtemps, quand un Algérien était débouté de sa demande de visa et éprouvait le besoin vital de respirer un air ressemblant à celui de l'Europe, il se rendait en Tunisie. »

 "Le crayon est une arme plus redoutable que la kalash"

Pour Fathy Bourayou, la cheville ouvrière de ce festival, lui-même un caricaturiste talentueux qui sévit dans les pages du Ravi, « le crayon est une arme plus redoutable que la kalash ». Cet ancien élève de l'École supérieure des Arts d'Alger a trouvé refuge à Marseille dans les années 90, des fanatiques assassinant, jour après jour, sans relâche, professeurs et élèves de son établissement ! À Marseille,il a fondé dans un même jet l'association « Bled Culture » et lancé la galerie Anissa, lieu très prisé des artistes des deux rives.
Pour les organisateurs, «pendant trois jours, les dessins et les messages sortis de l'Estaque ont apporté une lumière différente, emprunte de liberté d'expression et de luttes utiles contre toutes sortes de dictatures et d'oppressions. C'est une fierté de voir les quartiers nord de Marseille porter ces combats ».


"Le commencement du culte de la personnalité, Edwy...?"


Ce festival de la satire donne l'occasion de parler culture dans des quartiers très défavorisés. Il remet à l'honneur le charmant port de l'Estaque, un lieu prestigieux de notre histoire artistique agréable à vivre. Il favorise l'éclosion de projets, comme celui d'une Maison de la Culture à la Bastide du Val Ombré, pour les habitants des quartiers nord.

Les 38 artistes ont marché sur les traces d'illustres prédécesseurs
Sans perdre le charme et le pittoresque d'un village de pêcheurs, l'Estaque s'est étendu et industrialisé à la fin du XIXe siècle, devenant avec ses paysages naturels et industriels une source d'inspiration pour de grands artistes français qui y séjournèrent entre 1870 et 1914 et, plus récemment, pour Robert Guédiguian, le réalisateur du film « Marius et Jeannette », une comédie généreuse, véritable ode à la classe ouvrière.
Paul Cézanne y fit de fréquents séjours. Sa fascination pour l'Estaque et ses paysages contrastés et colorés, qui font exploser la palette, fut partagée par Georges Braque, André Derain, Raoul Dufy, Othon Friesz, Albert Marquet... Les paysages de l'Estaque ont exercé une influence certaine sur le fauvisme et favorisé l'éclosion du cubisme.
« L'Estaque-Plage », lieu de villégiature bourgeoise et station balnéaire sous Napoléon III jusqu'à la Première Guerre mondiale, reste très apprécié des Marseillais pour ses belles demeures, sa promenade, sa bouillabaisse et ses oursins. Et l'éclatante lumière du Golfe de Marseille.


Le public est venu en nombre pour la 2e édition et en redemande. Rendez-vous en 2014 pour la 3e édition du Festival international de la caricature, du dessin de presse et de la satire Philippe LEGER

Photo d'accroche :
Affiche de Phil Umbdenstock, prix Panisse d'or 2012 (prix décerné par le public du Festival de l'Estaque) 

  1. Les membres du Comité d'Organisation : Fathy Bourayou, Thomas Ghalmi, Malik Benmazouz, Serge Scotto, Juliette Grégoire, Agnès Mazzocco. 

  2. Fluide Glacial, 60 millions de Consommateurs, Notre Temps, The Gardian, The New-Yorker... Pierre Ballouhet enseigne le dessin à l'école Émile Cohl de Lyon. 

  3. Diffusé pour la première fois en avril 2013, sur Arte. Dans ce documentaire de 52 minutes, Olivier Malvoisin rencontre 40 dessinateurs à travers le monde, suite à l'affaire des caricature de Mahomet. Véritable « baromètre de la liberté d'expression » le dessinateur de presse, selon Plantu, « témoigne des tabous d'un pays : religieux, économiques, historiques... » S'esquisse alors une véritable carte des tabous, des interdits, à travers des témoignages de dessinateurs recueillis en 2006 dans le monde entier.

  4. Kofi Annan : Prix Nobel de la Paix, ancien secrétaire général de l'Onu.

  5. L’Amiral, Luc Arnault, Aurel, Ballouhey, Batti, Bauer, Biz, Brito, Djony, Fathy Bourayou, Gibo, J.M. Gruet, Goubelle de VSD, Habib Haddad (journal londonien El Hayat), Kap (grand dessinateur espagnol), Nadia Khiari de Tunis, Jac Lelièvre, Djamel Lounis, Moine, Nalair, Pichon, Marlene Pohle, Rafagé, Kianoush Ramezani, Red, J.M. Renault, Rousso (Siné Hebdo), Ugo Sajini d'Italie, Serge Scotto, Slim, Sondron, Nicolas Tabary (le fils de Jean, le père de la célébre BD Iznogoud), Teyssié, Tignous, Trax, Phil Umbdenstock, Wingz, Ysope.

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