Philippe LEGER
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Carnets d'Europe

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Billet de blog 28 mai 2022

Philippe LEGER
Ancien journaliste. Secrétaire général du Comité Européen Marseille
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Retraite à 60 ans, « Frexit »... et autres entourloupes populistes

Dans sa géographie du cauchemar, l'écrivain Sylvain Tesson n'inclut pas la France. Cet aventurier a roulé sa bosse partout dans le monde. Selon lui, les Français exagèrent les plaies et les bosses de leur petit monde... "Leur ressenti est amplifié, instrumentalisé par les populistes", s'indigne avec raison la présidente du Comité Européen Marseille. Elle remet les faits en perspective.

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Monique Beltrame, 24 mai 2022 - Selon la célèbre assertion de Sylvain Tesson : « La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer ». En parodiant une chanson d'Alain Souchon, on pourrait décrire les populistes comme des gens « Qui pleurent tout le temps / Qui sont carrément méchants/Jamais contents... »
Exploitant le mal-être d’une partie de la population et les problèmes inhérents à notre époque, ils en remettent une couche afin de proposer des remèdes séduisants. Électoralement porteurs. Des remèdes dignes de charlatans.

La retraite à 60 ans : un attrape-nigaud électoraliste

La retraite à 60 ans est un de leurs appâts pour gagner les électeurs à leur cause.
Ce n’est qu’après la deuxième guerre mondiale que le système de retraite a vu le jour en France  pour les salariés.  Le principe du fonctionnement est basé sur les cotisations des actifs d’aujourd’hui qui servent à financer les pensions des retraités. À l'époque, l'âge minimum pour percevoir une retraite complète était fixé à 65 ans. L'espérance de vie en 1950 était de 63 ans pour les hommes et 69 ans pour les femmes. Or, en 2020, l'espérance de vie à la naissance s'élevait à 85,1 ans pour les femmes et 79,1 ans pour les hommes...
Les populistes de droite prétendent pouvoir dispenser les jeunes de moins de 30 ans de contribution à l’impôt. Peut-on parler de solidarité entre les générations si, pris en charge dans sa jeunesse, un retraité peut encore espérer vivre un quart de siècle en rentier aux crochets d’une population active de plus en plus réduite ?
Comment peut-on oublier que le confort d’une vie assurée correspond à une richesse en capital considérable, fondée sur la solidarité et le labeur des classes actives, sur l’imposition de personnes qui travaillent ?
Soulignons que plus de 50% des citoyens en France ne paient pas d’impôt, tout en bénéficiant d’aides de l'État, ce qui pourrait expliquer que la majorité de la population peut ne pas avoir conscience de la contribution à l’effort national.
On vit mieux que si on était un rentier du XIX ° siècle. Les retraites sont le fruit du travail et non du superflu volé par les riches. Notre pays n’a pas de trésor caché dans le sous-sol et pas de rente pétrolière.

Vouloir dispenser les jeunes adultes de contribuer à la marche du pays ou offrir la retraite à 60 ans, peut être qualifié de duperie électoraliste.
Beaucoup de pays européens ont déjà prolongé l’âge de la retraite au-delà 65 ans ... l'Allemagne préconise 67 ans... L'Italie 69 ans, afin d’ajuster les pensions à un niveau pouvant être financé.

La bannière étoilée agitée par tous les populistes comme un chiffon rouge 

Pour préserver la planète, les populistes de gauche prônent la réduction des besoins, la diminution de l’activité... la suppression du nucléaire... une nouvelle sanction appelée écocide. Tout en s'élevant contre une « baisse du pouvoir d’achat ».
Or, le niveau de vie a légèrement progressé en 2020 grâce aux aides d'État. Mais ce sont surtout les industries et les start up innovantes, l’investissement de capitaux, qui ont impulsé une nouvelle dynamique économique et une nette réduction du chômage.
La réussite du virage économique, dans le respect des conditions de notre vie sur terre, devrait permettre la mutation écologique qui requiert la mise en œuvre de toutes les connaissances acquises par notre civilisation et la mobilisation des énergies des hommes de bonne volonté. Tel est le le projet européen.
Tout le monde ne l'entend pas de cette oreille.

Les populiste rêvent de faire d'une pierre deux mauvais coups

« Désobéir aux Traités », pourrait constituer la base d'un programme commun à tous les populistes. Concrètement, cette expression signifie rejeter l’État de droit, démanteler 70 ans d’efforts vertueux qui ont bâti un continent démocratique, envié dans le monde. Les populistes rêvent de "Frexit", de sortir la France de la construction européenne... et des nationalisations, de la banque à l'énergie en passant par les transports !
Frexit et nationalisation ou comment faire d'une pierre deux mauvais coups !
Ne nous y trompons pas : la déconstruction de l'Europe serait sans espoir de retour.  S'en relever sera très difficile pour la France.  Notamment dans les départements et régions d'outre-mer, qui bénéficient de la structure sociale de la métropole et des aides au développement de l’Union européenne... et de la protection de leurs droits, scellés par les traités européens !

Une vision "poutinienne" 

Sur le plan international tous les populistes se rejoignent sur le rejet des États-Unis, de l’Otan... Un rejet quasi obsessionnel qui tourne à la psychose sur les réseaux sociaux.  Ils font preuve d'indulgence à l'égard de la  Russie avec une forme d’attraction pour l’autoritarisme. La guerre en Europe, le martyre du peuple ukrainien serait-il ramené au rang d’un feuilleton pour une partie des électeurs ? On aboutit à la remise en cause de la démocratie représentative sous la pression de  la rue.
Comment répondre à ces slogans qui remontent à des idéologies négatives ? Regarder l’avenir et bâtir pour tous et non contre une catégorie de la population selon des convictions éthiques et ambitieuses. On s’aperçoit alors que l’Europe constitue la structure indispensable à la pérennité de notre civilisation.

Non, la France ne subit pas l'Europe !

La France ne subit pas l’Europe, elle la bâtit et l’inspire sans cesse. Le 9 mai, Journée officielle de l’Europe, en est le symbole.
À la même date, le défilé martial sur la place rouge, "Jour de la Victoire" en Russie, n’a pas été le triomphe escompté du locataire du Kremlin avec l’écrasement de l’Ukraine.
La meilleure réponse à la volonté du Kremlin d'écraser l'Ukraine sous sa botte, de mettre l’Europe à sa botte, est venue de Strasbourg, par la voix du Président du Conseil de l’Union européenne, le Président de la République française, qui s'exprimait devant le Parlement  : « C'est notre obligation historique que d'y répondre aujourd'hui… d’assembler notre Europe dans la vérité de sa géographie, sur l'assise de ses valeurs démocratiques, avec la volonté de préserver l'unité de notre continent et en conservant la force et l'ambition de notre intégration. … Cette organisation européenne nouvelle permettrait aux nations européennes démocratiques adhérant à notre socle de valeurs de trouver un nouvel espace de coopération politique, de sécurité, de coopération en matière énergétique, de transport, d'investissements, d'infrastructures, de circulation des personnes et en particulier de nos jeunesses… » 
Cette Communauté politique européenne sera mise en chantier par les 27 dès l’automne pour accueillir les États non membres ou non encore membres de l’UE, voire qui ne le sont plus pour stabiliser la démocratie et refonder les conditions de la paix sur le continent. « Ce sont des rêves fous, des ambitions inédites. » Un avenir à inventer pour enthousiasmer la jeunesse ! Monique BELTRAME, Présidente du Comité européen Marseille.


Lien recommandé : 
https://www.laicite.be/magazine-article/limposture-populiste/

Article de Jean-Paul Marthoz, "L'imposture populiste" - Espace de libertés | Mai 2019 (n° 479)
https://audiovisual.ec.europa.eu/fr/photo-details/P-057326~2F00-01

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