« L'Europe construit un sport sans frontières », selon Me Michel Pautot

Les institutions européennes ont bouleversé le paysage sportif et accéléré l’internationalisation des équipes européennes. Les arrêts Bosman de 1995  et Malaja de 2002 ont permis aux clubs de « s’engouffrer » dans la voie de la mondialisation. La multiplication des transferts s'est aussi accompagnée de surenchères financières, synonymes d'endettements massifs...


Me Pautot Michel
Me Michel Pautot, avocat des sportifs de haut niveau, rédacteur en chef de "Legisport" et auteur d'ouvrages sur le sport en Europe qui font références (photo : Philippe Léger)

Les arrêts Bosman de 1995 (liberté de circulation des travailleurs communautaires posée par le Traité de Rome) et Malaja de 2002 (interdiction de la discrimination en raison de la nationalité en ce qui concerne les conditions de travail posées par les accords européens) ont permis aux clubs de « s’engouffrer » dans la voie de la mondialisation. La multiplication des transferts s'est aussi accompagnée de surenchères financières, synonymes d'endettements massifs... Le paysage sportif s'en est trouvé totalement transformé et l’internationalisation des équipes européennes a été accélérée.

 Ce qui a changé depuis la disparition des quotas 
« Grâce à l'Union européenne, un club peut jouer sans un seul joueur de la nationalité du pays du club ! Avant, cela était impossible en raison de l'application des quotas », explique Me Michel Pautot, le défenseur de la basketteuse Malaja.
Cet avocat marseillais est la bête noire de Joseph Sepp Blatter, l'inamovible président de la Fifa puisque « l'arrêt Malaja » concerne tous les sports, y compris le football !
Depuis lors, les transferts des joueurs étrangers se sont multipliés dans les grands clubs européens, notamment de football... démultipliant leurs endettements. Toute médaille a son revers !
Pour remédier aux problèmes, Michel Platini, qui préside l'Union des associations européennes de football (couramment désignée par le sigle UEFA pour Union of European Football Associations), soutient le "fair play financier" afin  d'inciter les clubs à poursuivre une discipline budgétaire, rationaliser leurs finances... et éviter l’explosion de leurs masses salariales, souvent contractées par l’achat à prix d’or de stars étrangères.

« Les meilleurs avec les meilleurs »
« Des clubs anglais et italien ont été les premiers à tirer les conséquences de ces deux arrêts... en débutant leurs saisons avec 100% de joueurs étrangers ! Chelsea FC en 1999, Arsenal et l’Inter Milan en 2005... Vainqueur en 2010 de la Champions League, l'Inter Milan était composée pour 92,85% de joueurs étrangers car un joueur italien, un seul, est entré sur le terrain... à une minute de la fin ! » Si Me Michel Pautot était interrogé sur le football par Julien Lepers à "questions pour un champion", il serait imbattable. Ce Marseillais est une véritable encyclopédie du ballon rond !
Dernièrement, l'arrivée de Zlatan Ibrahimovic au Paris SG illustre et confirme la stratégie en cours dans les grandes clubs européens, celui d’un « football sans frontières ». Une stratégie que Me Pautot révèle dans son dernier ouvrage : « Sport et Nationalités » (9ème édition, décembre 2011. Edition Légisport). Le recrutement de stars étrangères n’est pas nouveau, même à une période où la présence des joueurs étrangers était limitée dans les clubs en raison des « quotas ». 
« Les meilleurs ont toujours été avec les meilleurs », pour Marcel Desailly, un des plus grands joueurs de l’histoire de l’équipe de France de football. Dans la préface de l'ouvrage de Me Michel Pautot  « Le Sport et l’Europe – les règles du jeu » , Marcel Desailly livre ses impressions : « j’ai joué au Milan AC. C’est peut-être ma plus belle expérience de footballeur. C’est sans doute en Italie que j’ai le plus progressé car j’ai côtoyé ce qui se faisait le mieux au monde ». 
Pour l'intarissable Me Michel Pautot, « dans la prestigieuse histoire des clubs, on voit que les légendes se sont bâties grâce aux exploits de leurs joueurs étrangers : Alfredo Di Stefano (Argentine), Ferenc Puskas (Hongrie), Raymond Kopa (France) au Réal Madrid, Johan Cruyff (Hollande) au FC Barcelone… »
Dans les années 1980-1990, les présidents du Milan AC et de l’OM n’hésitaient pas à recruter les meilleurs étrangers. Si le trio néerlandais Frank Rijkaard – Marco Van Basten – Ruud Gullit a fait les beaux jours du Milan AC, l’OM avait acheté au prix fort Chris Waddle (Angleterre) et embauché Rudi Völler, Champion du Monde avec l’Allemagne. Le club phocéen qui avait recruté comme entraîneurs le célèbre « Kaizer » Franz Beckenbauer (Allemagne), un des deux seuls à avoir gagné la Coupe du Monde comme joueur et entraîneur, et « Raymond la Science » Goethals (Belgique), souhaitait même recruter le prodige Diego Maradona ! 

Hisser le PSG parmi les grands d'Europe
Depuis l’arrivée du Qatari Nasser el-Khelaïfi à la présidence du PSG, l’objectif est clair : « hisser le club de la capitale parmi les grands d’Europe. » Pour y arriver, le président n’hésite pas, avec l’aide de son directeur sportif Léonardo (Brésil), à recruter quelques des plus grandes stars étrangères du ballon rond, au prix fort.
Selon Me Michel Pautot, « l’internationalisation du PSG a débuté lors de l’été 2011 avec le transfert de Javier Pastore (Argentine) et a été amplifié lors de l’hiver 2012 avec l’arrivée du technicien Carlo Ancelotti (Italie) au poste d’entraîneur et le vrai-faux transfert de David Beckham (Angleterre). L’été 2012 est celui de tous les records avec l’arrivée au PSG du géant Zlatan Ibrahimovic (Suède), considéré comme l’un des meilleurs attaquants au monde, quelques jours seulement après celles du défenseur Thiago Silva (Brésil) et de l’attaquant Ezequiel Lavezzi (Argentine). »
Pour Me Michel Pauto, c'est sûr : « Le club parisien imite ainsi la légendaire politique des Galactiques du Réal Madrid CF initiée par le Président Florent Perez, et aussi celle menée en Angleterre par Chelsea FC et Roman Abramovitch (Russie), ou encore celle récente de Manchester City. »

Le talent n'a pas de prix...
Les grands clubs européens se comportent comme des trous noirs qui attirent de manière irrésistible les « stars » de la galaxie sportive, notamment du football. Pour cette raison, explique Yann Duvert de L'Expansion.L'Express.fr « les structures les plus riches s'endettent, surenchérissent pour s'attacher les services des plus grands joueurs, et gagnent ainsi des titres. Porté par Michel Platini, le projet de fair-play financier vise donc à "garantir la stabilité à long terme du football" en instaurant une discipline budgétaire et en rationalisant les finances des clubs » (L'Expansion.L'Express.fr, 26/01/2012, article « Football: le fair-play financier pour les nuls »). 
Ce fair play financier pourrait-il mettre un terme à la boulimie monstrueuse des grands clubs ou, à tout le moins, limiter les transferts ?
Prudent, Me Michel Pautot, estime « qu'il est toujours difficile de prédire l’avenir » et constate que « le fair-play financier ne concerne pas, à première vue, la limitation des transferts des joueurs mais plutôt l’assainissement des finances des clubs en raison de leur endettement. La loi française du 2 Février 2012 visant à renforcer l’éthique du sport veut favoriser l’équité sportive, la pérennité des compétitions en évitant l’explosion de la masse salariale (souvent contractée par l’achat à prix d’or de stars étrangères) et l’endettement catastrophique des clubs.
Les mesures de fair-play financier pourront aboutir à une réduction des mouvements des joueurs mais favoriseront, comme par le passé, les clubs les plus riches. Le talent d’exception repousse, par définition, les limites de la pratique normale des prix. Lorsque nous commencions à nous intéresser au football, le transfert le plus cher était celui de Diego Maradona (Argentine) à Naples, aujourd’hui c’est Cristiano Ronaldo (Portugal) au Réal Madrid. Imaginons si le prodige Lionel Messi (Argentine), triple Ballon d’or quitte le Barça… Le talent n’a pas de prix. Les appétits existent toujours, l’exemple du Qatar en est la parfaite illustration. »
« Par delà l'aspect financier, le sport n'est-il pas le terrain privilégié de la rencontre des hommes et du brassage des cultures ? » s'interroge Me Michel Pautot, paraphrasant à sa manière Jean Monnet, un des pères fondateurs de l’Europe : « nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes ! ».

 

Docteur en droit, avocat au barreau de Marseille, à l’origine de l’arrêt Malaja
Auteur de l’ouvrage « Le Sport et l’Europe – les règles du jeu » (Presses Universitaires du sport, Ed. Territorial). Auteur de l’étude annuelle Légisport « Sport et Nationalités. »

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