Miroirs.

Il m'arrive de discuter du fait qu'on peut difficilement différencier la droite de la gauche, et ça n'a rien à voir avec ce qu'on nomme “la politique”. Or cela a son importance pour un humain s'il souhaite communiquer avec un semblable.

Avant d'aborder mon objet, une petite blague: vu que j'ai déjà du mal à comprendre ce que peut bien signifier “la politique”, on comprendra qu'il m'est encore plus difficile de comprendre ce que pourrait être “une politique de gauche” opposée à “une politique de droite”. D'autant plus si y on ajoute que j'ai des problèmes de latéralisation donc du mal à différencier ma gauche de ma droite...

Pour ces problèmes de latéralisation je me soigne et j'ai même trouvé des méthodes pour pallier à mes difficultés. Comme je le raconte parfois, je parvins à différencier l'indifférenciable quand on m'apprit que j'étais “droitier”, que la main qui me servait habituellement pour réaliser un travail de précision, entre autres pour dessiner et écrire, était celle dite droite. Ce qui a au moins la vertu de ne pas me troubler trop quant à une symbolique conceptuelle associée aux mains: j'ai la main droite adroite et la main gauche gauche. Si comme mon père j'avais été “gaucher”, on imagine le trouble: la main gauche adroite et la main droite gauche... Pour ma sœur c'est pire, en tant qu'ambidextre, comme ce nom l'indique elle a les deux mains adroites. Ce début est une manière que j'espère plaisante d'exprimer le fait que différencier la gauche de la droite n'a rien d'intuitif ni d'évident.

Il importe pourtant de les différencier, non pour soi (factuellement j'ai toujours un problème avec cette question mais ça ne me gêne pas dans mon action, je n'ai pas à m'interroger sur la question de savoir si telle main est “la gauche” ou “la droite” quand je décide de mobiliser ma main la plus habile) mais dans le cadre des relations avec ses semblables: quand on se trouve en vis-à-vis avec un humain il a toutes les caractéristiques de sa propre image, sinon que c'est une “image inversée”, que contrairement à l'image dans le miroir il mobilise sa main symétrique et non sa main parallèle en tant que “la même”: si je tend la main “droite”, mon image tendra la main “gauche”, celle “à droite” de mon point de vue, l'humain en vis-à-vis tendra sa main “droite”, celle “à gauche” de mon point de vue. C'est ce qui me permet de savoir que l'être en face de moi n'est pas mon image, mon reflet: nous nous saluons de la même main, donc celle “de l'autre côté”, symétrique et non parallèle. D'où le problème fondamental que posent les gauchers chez une espèce massivement droitière: ils sont des sortes de reflets, des êtres d'une réalité douteuse, des êtres qui semblent venir de “l'autre côté du miroir”.

Notre accès à la réalité est indirect et “en miroir”, ce qui nous constitue comme individus: entre le “soi” et la réalité extérieure il y a une membrane qui l'en isole et l'en protège, mais pour sa survie il doit obtenir des informations sur cette réalité, pour se préserver de risques toujours possibles, probables,  et pour trouver des ressources vitales. Lesquelles ressources sont, soit de l'énergie, soit de la matière. Dans tous les cas il s'agit de disposer d'énergie, si du moins l'on peut proprement faire la différence entre énergie et matière: l'énergie permet de mouvoir ou de transformer la matière, celle-ci sert à stocker de d'énergie ou à former des structures qui tirent partie de l'énergie ou lui servent de point d'appui pour se mouvoir. Je l'ai décrit plusieurs fois dans ces pages et de manière plus détaillée par ailleurs, la manière d'obtenir des informations sur la réalité extérieure est assez simple dans son principe même si parfois complexe dans sa réalisation: on place des capteurs sur la face interne de la membrane et si besoin des senseurs sur sa face externe, la membrane pouvant faire elle-même office de senseur. Les capteurs relaient le signal transmis par les senseurs vers un centre d'analyse et de régulation. L'univers est abrasif. Je parle là de mon point de vue, il s'agit d"une opinion non d'un fait: l'univers est changeant, les changements qui s'y déroulent ont toujours le même aspect, de la matière devient énergie, de l'énergie devient matière, du point de vue d'un être vivant les changements sont nécessaires mais dangereux, cette perception d'abrasion découle de ce que la membrane est faite de matière et le temps passant sa partie en contact avec le reste de l'univers transfère de l'énergie vers l'extérieur donc perd de la matière, “s'use”. Le but général d'un être vivant est de maintenir sa structure et si possible de l'étendre, ce qui se révèle assez délicat parce que pour ce faire il doit contrevenir à deux principes incontournables, les premier et deuxième de la thermodynamique:

 

  • Le premier principe de la thermodynamique, ou principe de conservation de l'énergie, affirme que l'énergie est toujours conservée. Autrement dit, l’énergie totale d’un système isolé reste constante. Les événements qui s’y produisent ne se traduisent que par des transformations de certaines formes d’énergie en d’autres formes d’énergie. L’énergie ne peut donc pas être produite ex nihilo; elle est en quantité invariable dans la nature. Elle ne peut que se transmettre d’un système à un autre. On ne crée pas l’énergie, on la transforme.
    Ce principe est aussi une loi générale pour toutes les théories physiques (mécanique, électromagnétisme, physique nucléaire...) On ne lui a jamais trouvé la moindre exception, bien qu'il y ait parfois eu des doutes, notamment à propos des désintégrations radioactives. On sait depuis le théorème de Noether que la conservation de l'énergie est étroitement reliée à une uniformité de structure de l'espace-temps.
    Elle rejoint un principe promu par Lavoisier: «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme».
  • Le deuxième principe de la thermodynamique, ou principe d'évolution des systèmes, affirme la dégradation de l'énergie: l'énergie d'un système passe nécessairement et spontanément de formes concentrées et potentielles à des formes diffuses et cinétiques (frottement, chaleur, etc.) Il introduit ainsi la notion d'irréversibilité d'une transformation et la notion d'entropie. Il affirme que l'entropie d'un système isolé augmente, ou reste constante.
    Ce principe est souvent interprété comme une «mesure du désordre» et comme l'impossibilité du passage du «désordre» à l'«ordre» sans intervention extérieure. Cette interprétation est fondée sur la théorie de l'information de Claude Shannon et la mesure de cette «information» ou entropie de Shannon.
    Ce principe a une origine statistique: à la différence du premier principe, les lois microscopiques qui gouvernent la matière ne le contiennent qu'implicitement et de manière statistique. En revanche, il est assez indépendant des caractéristiques mêmes de ces lois, car il apparaît également si l'on suppose des lois simplistes à petite échelle.

 

Repris de l'article de Wikipédia sur la thermodynamique. Si vous consultez cet article vous y lirez deux autres principes mais ils n'ont pas la même valeur, ce sont plutôt des observations dépendantes des contextes que proprement des principes. Comme mentionné dans l'article, «Ce principe a une origine statistique»; la suite, «à la différence du premier principe», m'étonne un peu car le premier aussi est statistique, en fait, toute observation de l'univers et de ce qui s'y passe est fondamentalement statistique. Comme le dit sagement Nicolas Martin, le producteur-animateur de l'émission de France Culture La Méthode scientifique, quand il annonce le programme de la prochaine émission, elle sera ainsi «jusqu'à preuve du contraire», car on ne peut jamais préjuger que ce qui advint jusque-là comme prévu se déroulera ainsi ultérieurement. Comme précisé encore dans l'article à propos du premier principe, «on ne lui a jamais trouvé la moindre exception, bien qu'il y ait parfois eu des doutes, notamment à propos des désintégrations radioactives». On peut même dire que le principal labeur des scientifiques est de tenter d'invalider les principes, hypothèses et théories les mieux établies, ce qui arrive assez rarement mais qui arrive tout de même. De l'autre bord, ce sont moins des invalidations que des interprétations plus précises de certaine réalités: la théorie de la relativité restreinte proposée par Einstein en 1905 et plus encore celle de la relativité générale de 1916 invalident en partie les interprétations galiléenne et newtonienne de la relativité, de l'inertie, de la gravitation, de l'espace et de quelques autres principes et théories sans invalider pour cela leurs théories dans les contextes pour lesquels ils les établirent. Comme il m'arrive de l'écrire, les principes et théories de Ptolémée sur la Terre et l'univers sont inexactes mais restent globalement valides pour une personne qui ne se déplacera jamais à plus de quelques centaines de kilomètres de son lieu habituel de résidence et qui ne compte pas voyager dans l'espace ou mettre en place un GPS. Bien sûr, quand les prémisses sont inexactes on est assez vite confronté à des “exceptions à la règle” qui amènent à inventer tout un tas de règles secondaires plus ou moins étayées quant à leur explication et plus ou moins confirmées statistiquement. Même si les explications ont changé depuis le tournant des XVIII° et XIX° siècles où ils furent établis, les deux principes de la thermodynamique statistique restent valides dans leur énoncé «jusqu'à preuve du contraire», et pour l'heure les quelques fois où ils ont semblé pouvoir ne plus être valides ont conduit à une meilleure compréhension des phénomènes physiques, ce qui les a finalement confirmés.

Puisque les êtres vivants ne peuvent contrevenir à ces deux principes, et bien, ils doivent négocier avec le reste de l'univers pour parvenir localement et temporairement à créer une situation illégale, se mettre en contravention. Pour le premier principe ça porte sur ceci, «l’énergie totale d’un système isolé reste constante»: un être vivant fait semblant de constituer un système isolé, c'est un système ouvert très perméable dont la seule partie presque fermée est le centre de contrôle et de régulation. La membrane dont je parlais est globalement fermée uniquement à ce qui constitue un accident dans l'univers, la “matière” composite, par contre elle est perméable à l'énergie sinon, et en partie, dans une frange limitée nommable “la lumière”, qui s'analyse comme la frange de l'énergie électromagnétique perceptible comme une onde de la fréquence allant d'environ 4,3×1014 Hz à 7,5×1014 Hz, nous dit l'article de Wikipédia sur les ordres de grandeur de fréquence. L'autre manière de l'exprimer, qui n'en dit pas tellement plus, est: «Nos yeux sont sensibles à des fréquences lumineuses entre 0,43 PHz (rouge) et 0,75 PHz (bleu)». Sinon bien sûr la mention «à des fréquences lumineuses entre», une mention plus exacte est «à des fréquences électromagnétiques entre» puisque “la lumière” est précisément la frange de ce type d'ondes, la formulation aurait donc du être «Nos yeux sont sensibles à des fréquences électromagnétiques entre 0,43 PHz et 0,75 PHz», sans indication de couleur. PHz se déplie en pétahertz, ou “trilliard(s) de hertz», le hertz étant une unité de fréquence (1 hertz est quelque chose comme “une fréquence en une seconde”). C'est dans ce texte ou dans un autre en cours de rédaction que je parle des ondes? Il me semble que c'est dans l'autre. Je vérifie. C'est dans l'autre, intitulé «Transparence et opacité». Le concept d'onde est une construction découlant de nos limites de perception: pour constater la diffusion d'une perturbation dans le mouvement général de l'univers nous disposons de senseurs qui sont percutés par des mouvements de l'environnement proche et disposés de manière à déterminer où se trouve la source de cette perturbation; comme ces perturbations vont “d'un côté puis de l'autre” perceptivement c'est “quelque chose comme une onde” donc on dira que c'est une onde; effectivement c'est une diffusion stochastique du type dit “mouvement brownien” avec une certaine régularité lorsque la perturbation a un niveau assez élevé, voir l'article en lien pour plus de précisions sur ce type de diffusion. Matière et énergie élémentaires traversent assez facilement la membrane et tout ce qui constitue un être vivant, sinon donc l'énergie de type “lumière” et les franges d'ondes électromagnétiques proches des fréquences “lumière”; pour la matière élémentaire, les neutrinos, ils sont tellement infimes et tellement rapides qu'ils interfèrent très peu avec la matière composite et nous traversent sans nous percevoir et sans que nous les percevions.

Les êtres vivants sont des sortes de miroirs, ils “réfléchissent la réalité”, leur membrane interagit faiblement avec l'environnement et pour ceux complexes, tels que les humains par exemple, la partie de la membrane qui interagit le plus, poumons et tube digestif, est très protégée, les poumons moindrement que le tube digestif parce que cette interaction particulière, celle avec l'air, doit être constante et assez rapide.

 

 


À suivre (peut-être...).

 

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